Mines : c’est le moment d’investir en Afrique !

Le site d’extraction de charbon de Moatize, au Mozambique, géré par le géant brésilien Vale. © Marcelo Coehlo

Bien que les cours de nombreux minerais soient en chute libre, les majors continuent d'investir dans des mégaprojets. Et de nouveaux investisseurs, notamment indiens, sont en chasse pour rafler des gisements à bas coût en Afrique. Panorama d'un paysage minier africain en plein bouleversement, mais pas si mal en point.

Il faut pardonner aux Cassandre qui pleurent sur le sombre avenir du secteur minier. La conjoncture actuelle leur donne quelques arguments. L’économie mondiale semble patiner, la croissance de la Chine, grande consommatrice de minerais, est moins forte ; l’Europe et le Japon sont en récession ; et les États-Unis sont privés des effets stimulants de la planche à billets.

L’addition de tous ces éléments ne donne pas le moral, particulièrement sur le continent, où le secteur minier représente près d’un tiers du PIB. Si la demande pour les ressources minières vient à flancher, beaucoup imaginent un impact majeur : baisse des taxes et des impôts, diminution importante de la dépense publique, pertes d’emplois… mais aussi annulation ou report dans le temps de l’entrée en production des projets.

Pourtant, la réalité est bien plus nuancée. Tout d’abord, contrairement au reste des matières premières, certains cours de minerais et de métaux ont progressé ces derniers mois. Alors que le fer perdait plus de 40 % de sa valeur durant l’année 2014, entraînant le gel des projets ouest-africains trop coûteux, les prix de l’aluminium, du zinc, mais aussi du nickel, étaient quasi stables ou en hausse. Un pays comme le Burundi, dont le sous-sol recèle de belles réserves de ce dernier minerai, a vu croître l’intérêt des investisseurs. La mine de nickel de Musongati est ainsi enfin entrée en exploitation fin 2014… après quarante ans de tergiversations des différents partenaires privés du projet.

Les plus importants acteurs du secteur minier en Afrique – Anglo American, Rio Tinto et Vale – confirment le développement de leurs grands projets dans la région.

Autre marché qui semble plutôt bien orienté, celui du cuivre. Même si son cours a perdu 14 % de sa valeur sur l’ensemble de l’année 2014, la majorité des analystes prévoient une pénurie du minerai dans les prochains mois. Le 10 décembre 2014, lors de sa journée « investisseurs », Ivan Glasenberg, patron du géant du négoce et des mines Glencore, qui dispose d’exploitations parmi les plus rentables au monde dans la ceinture de cuivre en Zambie et en RD Congo, allait dans ce sens et affirmait la poursuite de ses investissements dans cette filière. Quant à l’or, son cours progresse depuis novembre dernier, même s’il n’a toujours pas rattrapé son niveau de début 2014. Par ailleurs, la forte baisse des prix du pétrole entraîne mécaniquement une baisse des coûts de transport et d’électricité des mines, ce qui améliore les marges.

Temporaire

Si l’on creuse un peu plus, d’autres éléments penchent en faveur d’une analyse moins pessimiste. Les plus importants acteurs du secteur sur le continent – Anglo American, Rio Tinto et Vale – confirment le développement de leurs grands projets africains. Moins sensibles à la volatilité des prix que les « juniors », car plus solides financièrement, ils sont habitués aux cycles miniers. Ils savent qu’une bonne partie de la baisse provient d’une surcapacité, mais que celle-ci n’est que temporaire, puisque la demande en presque tous les minerais continue de progresser. Ces acteurs affirment même qu’il faut investir maintenant pour être prêts à produire au moment de la remontée des cours.

Toutefois, ils ont une approche plus sélective des nouveaux projets, privilégiant les « mégagisements » leur permettant des économies d’échelle et un meilleur étalement des investissements. C’est le cas de Rio Tinto, qui poursuit le développement de la mine de fer du Simandou, en Guinée, mais aussi de Vale, qui a démarré, en mai 2011, son exploitation de charbon de Moatize, au Mozambique, fonctionnant à pleine cadence depuis 2014 avec la mise en place d’un corridor logistique optimisé. Et ce en dépit de cours du fer et du charbon déprimés.

Dans cette conjoncture incertaine pour les miniers, petits ou grands, l’analyse des risques politiques et logistiques est passée au premier plan. Du coup, l’attitude des investisseurs varie énormément d’un pays à l’autre. Pour s’en rendre compte, il suffit de noter le contraste entre la Côte d’Ivoire, où le secteur extractif est encore embryonnaire, et l’Afrique du Sud, première puissance minière du continent. Dans la nation Arc-en-Ciel, AngloGold et Anglo American, pourtant nés dans le pays, ont adopté une position extrêmement frileuse du fait de différends sociaux et fiscaux avec les syndicats et le gouvernement, mais aussi de leurs inquiétudes sur leur approvisionnement en électricité. Ils préfèrent lancer de nouveaux projets ailleurs sur le continent et dans d’autres pays émergents, notamment en Amérique latine.

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Dans cette conjoncture incertaine pour les miniers l’analyse des risques politiques et logistiques est passée au premier plan.

A contrario, les investissements à destination de la lagune Ébrié sont, eux, en nette progression. En témoigne l’entrée en production en janvier 2014 de la quatrième mine d’or ivoirienne, à Agbaou, gérée par le canadien Endeavour Mining, qui produit chaque année 3 tonnes du métal précieux.

Le bon état des infrastructures du pays et sa législation ont séduit les dirigeants de groupes miniers, tel Mark Bristow, le patron de Randgold, dont l’entreprise gère la mine de Tongon.

« Le gouvernement ivoirien a su écouter les investisseurs en renonçant à mettre en place un système fiscal trop contraignant tant que les projets n’avaient pas démarré. Et aujourd’hui, le pays a l’un des codes miniers les plus attractifs du continent ! » se félicite le Sud-Africain, qui détient également plusieurs licences d’exploration aurifère en Côte d’Ivoire, alors qu’il n’investit plus dans son pays natal.

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Autre territoire qui séduit : l’Éthiopie, appréciée des juniors minières pour ses réserves de potasse, de platine et d’or… et pour les encouragements fiscaux du gouvernement, qui souhaite tripler les revenus miniers du pays d’ici à 2024 (actuellement de 600 millions de dollars par an, soit 518 millions d’euros). Depuis 1992, Addis-Abeba a accordé pas moins de 209 licences. Il vient d’en révoquer 56 fin 2014, arrivées à échéance, qui seront à nouveau proposées aux investisseurs.

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La RD Congo et la Zambie sont deux pays où les investisseurs hésitent, là encore principalement pour des raisons politiques et logistiques.

Les groupes miniers ne peuvent passer outre les réserves faramineuses de cuivre de la RD Congo – Glencore et Freeport McMoRan y ont dopé leur production en 2014 – malgré sa piètre réputation en matière de gouvernance. Ils s’intéressent aussi aux gisements de coltan (le Kivu en détient 70 % des réserves mondiales) et de cassitérite (dont on tire l’étain), deux filières qui pourraient se développer si elles se structuraient, mais qui ont fait l’objet de trafics par des groupes armés.

Le volume des investissements miniers dans le pays dépendra essentiellement du climat politique à l’approche des élections présidentielles de 2016, mais aussi de la disponibilité en électricité, notamment au Katanga, ce qui handicape les industriels qui veulent augmenter leurs cadences.

À Lusaka, la mort du président zambien Michael Sata pourrait changer la donne en profondeur pour les groupes miniers. Quand il était au pouvoir, le chef de l’État avait augmenté les royalties, relevé la TVA sur les produits miniers et aboli la plupart des exemptions fiscales exceptionnelles.

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« Au moment du décès du président, en octobre 2014, Glencore et l’indien Vedanta étaient vent debout contre ces mesures, menaçant de suspendre leurs investissements dans le pays. Aujourd’hui, ils s’activent en coulisses pour que les candidats en lice reviennent sur ces dispositions », note Marc Guéniat, enquêteur pour l’ONG suisse La Déclaration de Berne, fin connaisseur du pays.

Opportunités

Ailleurs sur le continent, des reventes de projets miniers en difficulté à cause de la baisse des cours pourraient se multiplier, ce qui les relancerait. L’homme d’affaires australo-roumain Frank Timis, qui s’est constitué un véritable empire dans le fer en Afrique de l’Ouest, a ainsi racheté la mine sierra-léonaise de Marampa à London Mining, placé en redressement judiciaire. Il devrait l’adosser à son exploitation de Tonkolili, également en Sierra Leone, pour réaliser des économies d’échelle.

Randgold, l’un des rares groupes aurifères encore en bonne santé financière, indique aussi être à l’affût d’opportunités, attendant que de bons projets soient mis en vente à prix cassés. Et des groupes indiens sont également en quête de gisements africains : Rio Tinto, qui avait acquis à prix d’or – 3,9 milliards de dollars – une participation dans des mines de charbon au Mozambique, non rentable en raison d’une logistique inopérante, a fini par revendre une partie de ces actifs à International Coal Ventures, une société appuyée par New Delhi, pour 50 millions de dollars…

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« Quand les cours des minerais sont au plus bas, c’est le moment d’acheter ! » rappelle un banquier d’affaires londonien. Selon lui, plusieurs capital-risqueurs, comme Mick Davis, l’ancien directeur général de Xstrata (désormais absorbé par Glencore), appuyés par des compagnies et fonds indiens et japonais étudient attentivement les opportunités africaines. « Mick est en chasse en Afrique, mais il aura des compétiteurs féroces : les Indiens ont des portefeuilles bien garnis », conclut le banquier.

Les plus importants acteurs du secteur sur le continent – Anglo American, Rio Tinto et Vale – confirment le développement de leurs grands projets africains