Jeux vidéo : que vaut « Aurion : l’héritage des Kori-Odan », le premier jeu de rôle en ligne 100% africain ?

Le personnage principal du jeu vidéo Aurion : l'héritage des Kori-Odan, sorti le 14 avril 2016. © DR

Deux « gamers» ont testé pour Jeune Afrique « Aurion : l'héritage des Kori-Odan », le nouveau jeu vidéo 100% camerounais lancé officiellement il y a une semaine.

Le jeu vidéo du studio camerounais Kiro’o Games « Aurion : L’Héritage des Kori-Odan » est sorti le 14 avril sur la plate-forme américaine Steam. C’est le premier jeu de rôle accessible sur PC développé sur le continent africain. Également inspiré de la mythologie africaine, The True Ananse, lancé en 2012 par le studio ghanéen Leti Arts n’était accessible que sur mobile.

En apparence, Aurion se rapproche des « Tales of » (contes, en français), ces célèbres jeux de rôles japonais. C’est un jeu vidéo de fantasy à la mode africaine dans lequel le héros, Enzo Koni-Odan, principe de Zama, cherche aux côtés de sa fiancée, Erine Evou, à retrouver son trône, usurpé par son beau-frère. Depuis que l’idée lui est venue sur le bancs de l’université de Yaoundé, Olivier Madiba, fondateur de Kiro’o Games, a dû patienter treize ans pour voir le projet aboutir.

Les testeurs : Lamine, 29 ans qui se décrit volontiers comme un « geek » ou un « gamer » et Serigne, 26 ans, développeur informatique installé aux États-Unis attendaient sa sortie avec impatience. Les deux Sénégalais, membres de l’association SenGames spécialisée dans la promotion des jeux vidéos, l’ont testé pour Jeune Afrique.

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Lamine, 29 ans, et Serigne, 26 ans, membres de l'association Sengames, le 19 avril 2016. © DR

L’Afrique, bien plus qu’un décor exotique

« Ils sont parvenus à créer un univers authentique, rempli de références aux contes africains », commente Serigne, visiblement séduit. « Contrairement aux jeux vidéos japonais ou occidentaux, le héros n’est pas là pour empêcher un fléau ou sauver le monde, il est là pour se retrouver et se reconnecter avec ses ancêtres. La trame repose entièrement sur une quête spirituelle ».

Le pari semble réussi pour Kiro’o Games dont l’un des objectifs était de casser la « barrière exotique » souvent associée au continent. « On s’attache rapidement aux personnages », renchérit Lamine, conquis par la qualité des dialogues et des épisodes de narration. « Il y a une ambiance d’ ‘Africa Manga' », les concepteurs du jeu ont réussi à véritablement mixer les deux univers ».

 

Petit budget et beau rendu graphique…

Par ailleurs, « le jeu est très beau » et le graphisme très bien fait, poursuit Lamine, qui insiste aussi sur la qualité de la bande son. Un point de vue largement partagé par Serigne, agréablement surpris du résultat compte tenu du maigre budget dont a bénéficié le jeu vidéoLui-même avait répondu à l’appel à contribution lancée par l’équipe  de Kiro’o Games mi-2013 auprès de la communauté des gamers via une campagne de crowdfunding (financement participatif).

Une levée de fond réussie en avril 2015 avait permis au studio camerounais de rassembler 120 millions de francs CFA (plus de 182 500 euros), une somme plutôt modique dans cette univers mais qui avait permis de poursuivre le développement du jeu. En comparaison, le jeu de rôle The Witcher 3 : Wild Hund, l’un des plus gros succès commerciaux de l’année 2015 développé par l’éditeur polonais de jeux vidéos CD Projekt, a bénéficié de quelques 72,5 millions d’euros.

Plate-forme Steam [Copie écran]

… Mais quelques bémols

Sans doute pour cette raison, les principales réserves exprimées par les deux gamers portent sur l’aspect technique. « C’est un jeu de rôle en 2D classique », sans grande surprise, commente Lamine. Pour un joueur de son calibre, il en faut peut-être un plus pour rester scotché devant l’écran.

C’est au niveau de sa jouabilité qu’Aurion pêche le plus. « Les combats sont bien faits, mais, le jeu est mal dosé au niveau de la difficulté et manque de rythme. Par ailleurs, l’écran est trop chargé ce qui complique la navigation », ajoute Serigne.

On attend la suite !

Les deux joueurs sénégalais, séduits dans l’ensemble et qui restent d’ardents défenseurs du projet, se veulent encourageants. « Le jeu a répondu à ses promesses. Il m’a séduit en tant qu’Africain mais aussi en développeur informatique car je sais la tâche difficile et les difficultés matérielles auxquelles ils ont dû se confronter ». Lamine espère que la sortie d’Aurion n’est qu’un première étape : « On attend la suite !  »

 

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