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Période fertile pour les phosphates

Les prix du minerai se maintiennent à un niveau élevé, alors que la demande en engrais ne cesse d'augmenter. Une aubaine pour le continent, et notamment pour le Maroc, deuxième producteur mondial.

Le marché des fertilisants est en pleine expansion (ici en Côte d'Ivoire) Le marché des fertilisants est en pleine expansion (ici en Côte d’Ivoire) © Vincent Fournier pour J.A.

Dans la foulée d’une demande agricole en plein boum, les perspectives du marché mondial des engrais et, par ricochet, de l’une de ses principales matières premières, le phosphate, restent prometteuses. L’Afrique, premier exportateur mondial de ce minerai, dont les sous-sols renferment près des trois quarts des réserves identifiées de la planète, ressemble de fait à un véritable coffre-fort.

Échangée aujourd’hui autour de 150 euros, la tonne de phosphates a certes baissé de moitié par rapport à la flambée de 2008, mais les cours restent encore dix fois plus importants qu’il y a cinq ans. Tiré par la hausse des besoins alimentaires liée à la croissance démographique mondiale, « le marché devrait progresser de 2 % à 3 % par an en moyenne », estiment les experts de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) durant les prochaines décennies.

Fleurons

Avec six pays (Maroc, Tunisie, Égypte, Afrique du Sud, Sénégal et Togo) dans les quinze premiers producteurs mondiaux, selon le classement établi chaque année par l’Association internationale des industries des engrais (IFA), le continent entend bien profiter de l’aubaine qui se profile. Surtout qu’il compte dans le secteur quelques fleurons industriels, à commencer par le leader mondial marocain, l’Office chérifien des phosphates (OCP), assis sur les plus importants gisements de la planète et qui représente à lui seul plus de 45 % des exportations mondiales de minerai brut.

Sous la houlette de son patron, Mostafa Terrab, le groupe s’est lancé ces dernières années dans un impressionnant plan de développement, avec le double objectif de conforter son leadership tout en bénéficiant du niveau élevé des prix. Après avoir déjà bien profité du pic de 2008, en doublant son chiffre d’affaires à plus de 5,8 milliards d’euros, l’OCP veut investir 3 milliards d’euros dans l’ouverture de nouvelles mines et d’usines flambant neuves, pour faire passer sa production de 30 millions à 50 millions de tonnes par an à l’horizon 2015. Le Maroc détrônera alors les États-Unis, loin devant la Chine, qui complète le top 3 des producteurs mondiaux. En attendant, peut-être, l’Irak, où les deuxièmes réserves mondiales ont été découvertes en septembre.

Club élargi

À l’ombre du Maroc, les autres poids lourds du continent ont plus de mal. Cinquième producteur mondial, la Tunisie traverse une période délicate depuis le mois de janvier. Son industrie tourne à moins de 50 % de ses capacités de production, en attendant la confirmation des projets, toujours d’actualité, de l’australien Celamin dans l’ouest du pays. À Dakar, les Industries chimiques du Sénégal (ICS) ont repris des couleurs depuis l’arrivée de l’indien Iffco en 2008, mais devront attendre « 2012 ou 2013 », selon Alassane Diallo, directeur général, pour atteindre les 600 000 t de production annuelle fixées par les repreneurs.

Au Togo, la filière attend toujours une sortie de crise. Les investisseurs ont bien répondu présent, mais le dossier de la restructuration de la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) n’avance pas depuis plus de trois ans. « Nous espérons une décision du gouvernement avant la fin de cette année », s’impatiente Michael Hale, directeur de l’australien Sultan. À bout de souffle, la SNPT a extrait de ses mines 700 000 t l’an passé, très loin des 5,4 millions de tonnes produites en 1997, lorsque le secteur représentait encore 40 % du budget national.

Pendant que les « historiques » se remettent en ordre de bataille, le club des pays producteurs devrait bientôt s’élargir en Afrique. De nombreux projets doivent prochainement voir le jour grâce aux investissements canadiens en Guinée-Bissau et au Congo, australiens en RD Congo et en Angola, indiens au Gabon ou encore chinois en Namibie. Au risque de provoquer une baisse des cours et de tuer la future poule aux œufs d’or. 

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