Infographies – Cameroun : Paul Biya, le président aux 299 ministres

Paul Biya © Francois Mori/AP/SIPA

Qui sont les 299 ministres de l’ère du président Paul Biya ? C’est la question à laquelle ont tenté de répondre cinq journalistes camerounais en lançant le site "les gouvernements de Paul Biya.com". Une plongée fascinante dans les mondes ministériels du Cameroun de 1982 à nos jours - pour qui aime les chiffres !

299 ministres. Le tout en 34 ans de pouvoir. Après six mois de travail et de fouilles dans les biographies, coupures de presse et journaux officiels du Cameroun, cinq journalistes ont publié un ensemble de données sur les équipes ministérielles du président Paul Biya, de son accession au pouvoir en 1982 à nos jours. Un précieux travail de données, riche en enseignements.

Qui sont les ministres de Paul Biya ? De quelles régions viennent-ils ? Combien de temps restent-ils au gouvernement ? Quelle est la place des femmes ? Le site « les gouvernements de Paul Biya.com » propose de répondre à ces questions. Jeune Afrique a sélectionné les principales conclusions.

Combien d’équipes ?

Paul Biya est un adepte du remaniement. Sans être systématiquement synonyme de bouleversement, l’ajustement gouvernemental est une pratique courante chez le président camerounais depuis qu’il a pris les rênes du pays en 1982. Le chef de l’État aura « usé » 299 ministres et composé 34 équipes différentes.

Durant la seule décennie 1980-1989, il aura même composé treize gouvernements différents. Signe, sans doute, d’un exercice plus apaisé du pouvoir, Paul Biya remanie désormais de moins en moins. Depuis 2010, il n’a ainsi changé son équipe qu’à deux reprises.

Qui détient le record de longévité ?

Certains ministres de Paul Biya cumulent presque autant d’expérience du pouvoir que le chef de l’État lui-même. La référence en la matière ? Amadou Ali, né en 1943. Entré au gouvernement comme secrétaire d’État à la Défense le 24 août 1985, il a ensuite occupé le poste de ministre d’État délégué à la Présidence, chargé de la Défense (de 1997 à 2001), de ministre d’État chargé de la Justice (de 2001 à 2004), de vice-Premier ministre, de ministre de la Justice (2004 à 2011) et de vice-Premier ministre, ministre délégué à la présidence chargé des relations avec les assemblées (depuis 2011).

Chez ses homologues féminines, c’est Aïssatou Yaou, ministre de 1984 à 2000, qui décroche la palme de la longévité avec le portefeuille des Affaires sociales et de la Condition féminine. Tout comme Amadou Ali, cela ne l’a pas empêché d’être mise en cause dans une affaire de détournement de fonds publics en 2015, dans le cadre de l’opération Épervier. Elle est aujourd’hui directrice générale de Société nationale d’investissement.

Combien de ministres ?

« D’un point de vue numéraire, les gouvernements les moins denses sont ceux de la période tumultueuse de 1991 (avec 31 membres, dont une seule femme) et de la prise de pouvoir en 1982 (34 membres, dont deux femmes) », expliquent les auteurs de l’étude. En revanche, depuis les années 2000, l’heure est à l’agrandissement des équipes gouvernementales. Le record ? 63 ministres ou secrétaires d’État en ce moment même.

Quelle est la région la plus représentée ?

La région Centre domine – et de loin – les équipes gouvernementales de Paul Biya, avec 84 ministres depuis 1982. Suivent l’Ouest (42), le Littoral (29) et l’Extrême-Nord (28). En revanche, le Nord (15) et l’Adamaoua (11) ferment la marche.

Le Cameroun vers la parité ?

Le Cameroun est toujours très loin de la parité au sein de ses gouvernements successifs. À l’heure actuelle, seules dix femmes figurent au gouvernement. Un chiffre faible (sur 63 ministres ou secrétaires d’État), mais qui constitue déjà un record. Pendant vingt ans, de 1982 à 2002, moins de cinq ministères par gouvernement étaient attribués aux femmes.