Programme spatial au Nigeria : Muhammadu Buhari dans l’espace ?

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Le ministre nigérian des Sciences et de la Technologie assure que les performances spatiales permettent de protéger les intérêts nationaux. © Glez

L’Afrique n’a-t-elle pas d’autres priorités que le développement de programmes spatiaux ? Le Nigeria soutient que la conquête de l’espace permettra de résoudre des problèmes nationaux. Il entend envoyer un homme dans l’espace avant 2030…

On n’en voudra jamais assez à Mobutu Sese Seko d’avoir rendu l’Afrique risible. Lorsqu’il est question de programme spatial africain, on ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire, l’esprit traversé par la vision de cette tentative ubuesque de lancement de fusée zaïroise, pendant les années 1970.

Si YouTube avait existé à l’époque du maréchal à toque de léopard, sûr qu’aurait été virale la vidéo de la trajectoire pitoyablement parabolique de l’engin vautré sur le sol katangais, bien loin de la stratosphère. Repopularisée par un documentaire de Thierry Michel, l’image culte de ces essais spatiaux burlesques inspira même, 40 ans plus tard, la bande dessinée Mobutu dans l’espace

Pourtant, et même si la croissance africaine semble marquer le pas, pourquoi l’Afrique ne rêverait-elle pas d’espace, elle qui sera –Alassane Ouattara vient de le rappeler– le continent le plus peuplé au monde dans 35 ans ? Un an après sa mise en place, le régime de Muhammadu Buhari confirme les appétences spatiales du Nigeria avec le projet qui reste toujours le plus ambitieux en la matière : envoyer un astronaute dans l’espace ; objectif 2030 pour ce qui devrait être une première africaine. C’est ce que vient d’annoncer l’Agence Nationale pour le développement et la recherche spatiale du Nigeria (NASRDA), informant de la visite prochaine d’une délégation à des partenaires chinois capables de fournir le savoir-faire pour une mission spatiale habitée.

Des performances spatiales pour protéger les intérêts nationaux ?

Pris à la gorge par la menace terroriste et les difficultés économiques, le Nigérian moyen pourrait considérer comme accessoire la conception de catapultes à fusées. Mais le ministre des Sciences et de la Technologie, Ogbonnaya Onu, assure que les performances spatiales permettent de protéger les intérêts nationaux.

Insuffisance de performances du secteur primaire ? Des satellites comme «Nigeria Sat-x» permettent déjà l’analyse de données climatiques et l’amélioration des pratiques agricoles. Guerre contre le terrorisme ? La surveillance depuis le ciel devrait permettre la localisation des otages de Boko Haram. Et puis les « nouvelles frontières », ça devrait galvaniser. Galvaniser dans le bras-de-fer économique avec l’Afrique du Sud –déjà avancée en matière de programme spatial–, comme la compétition spatiale rythmait la guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique. Galvaniser aussi dans la course à l’affirmation de l’Afrique dans le monde. En 2012, c’est bien pour tancer l’Occident que son meilleur ennemi africain, Omar el-Béchir, déclarait que l’Afrique avait « besoin de sa propre agence de recherche spatiale ».

Bientôt, les extra-terrestres pourraient découvrir le ndolé et l’attiéké…

Le continent n’a pas attendu le controversé président soudanais. Non loin de Khartoum, existe déjà, à Addis-Abeba, le premier observatoire spatial d’Afrique de l’Est, sur le mont Entoto. Au Cap, la Fondation pour le développement spatial, « Africa2Moon », existe depuis 2009 et ambitionne l’envoi sur la lune d’un engin spatial 100% africain, pour diffuser via internet des images satellites dans les écoles africaines.

Certains pays comme l’Égypte ou l’Angola se sont déjà dotés de satellites. Il reste à combiner les technologies nationales pour propulser cette quête de propulsions encore timide. En 2009, des scientifiques d’Afrique du Sud, du Nigeria, d’Algérie et du Kenya signaient un accord dans le cadre de l’African Resource Management Satellite Constellation (ARMC) dont le but est la mise sur orbite d’un ensemble de satellites pour améliorer la valorisation des ressources africaines. Bientôt, les extra-terrestres pourraient découvrir le ndolé et l’attiéké…

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