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Guinée : le ministre des Mines a du pain sur la planche

Contrats d'exploitation à réviser, litiges à trancher, usines qui tournent à moitié… Mahmoud Thiam, confirmé au poste de ministre des Mines, devra agir vite pour rassurer un secteur en péril.

Le gouvernement du nouveau Premier ministre, Jean-Marie Doré, devra assurer la relance de l’activité minière – vitale pour l’économie guinéenne – et rassurer les investisseurs, après le vent de panique que fait souffler la junte sur le secteur depuis son accession au pouvoir, fin 2008.

Selon la Banque mondiale, la bauxite (minerai de base pour produire de l’aluminium) et l’alumine représentent 63 % des exportations du pays et plus de 400 millions de dollars de recettes. Le sous-sol du « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest » recèle un tiers des réserves planétaires de bauxite, ainsi que d’importants gisements de fer, d’or et de diamants. Mais au lieu de faire des mines la « vache à lait » du pays (selon les déclarations tonitruantes de Dadis Camara), la junte n’a réussi qu’à créer de l’inquiétude avec des révisions minières qui s’éternisent. Et à raviver l’intérêt d’acteurs moins regardants en matière de bonne gouvernance. Ainsi, le pays a signé fin octobre un contrat faramineux avec le China International Fund (CIF) pour un montant de 7 milliards de dollars. Une opération qui pose question. Le pouvoir avait trop besoin de trouver un soutien financier chinois après les massacres du 28 septembre, et l’on sait peu de chose sur cette affaire, mis à part un principe d’échange entre des contrats miniers et la construction d’infrastructures. L’opposition avait d’ailleurs dénoncé cet accord opaque. Une fois aux affaires, elle pourrait le remettre en question.

Mais le dossier le plus « chaud » est sûrement le litige avec le groupe RusAl, qui gère la Compagnie des bauxites de Kindia et la raffinerie de Fria (transformation du minerai en alumine), privatisée en 2006. Le gouvernement sortant jugeait trop bas le prix obtenu pour cette privatisation, accusait RusAl d’évasion fiscale et lui réclamait pas moins de 860 millions de dollars. Le remuant ministre des Mines reconduit dans ses fonctions, Mahmoud Thiam, a même tenté de faire capoter l’entrée de RusAl à la Bourse de Hong Kong, le 27 janvier dernier, exigeant qu’une partie des fonds récoltés serve à dédommager son pays. En vain : l’introduction s’est plutôt bien passée et aucun dollar supplémentaire n’a atterri dans les caisses guinéennes.

Groupes en conflit

Du coup, à Fria, les salariés sont inquiets : « Les Russes refusent d’investir dans la mine tant que dure ce conflit. Notre production a nettement baissé en raison des pannes liées aux pièces détachées manquantes », explique Noël Gnimassou, laborantin à RusAl et auteur d’un blog sur la ville minière. « À ce niveau de production, la Guinée engrange moins de dividendes et nous craignons pour notre avenir. » Pour débloquer cette situation, l’État acceptera-t-il un dédommagement moindre, en échange d’investissements importants ?

Un autre litige sérieux attend Mahmoud Thiam : celui du gisement de fer de Simandou, l’un des plus importants de la planète, dans les monts Nimba. Deux groupes miniers se partagent la zone, l’australien Rio Tinto et l’israélien BSGR. Le premier, initialement le seul exploitant du site, s’est vu dépouillé du lot nord (attribué fin 2008 au second) à la suite d’un conflit avec l’État. La société australienne continue de clamer ses droits sur ce lot, mais s’en est physiquement retirée, tandis que BSGR assure avoir bien avancé les études de faisabilité. Il faudra au nouveau gouvernement de l’entregent pour assurer une coordination industrielle minimale entre les deux groupes, notamment pour le transport du minerai entre cette zone isolée et la côte, à 1 000 km de là. Pour le moment, aucun des deux n’envisage de collaborer avec l’autre…

Autre dossier sensible, celui de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) -, qui exploite le plus grand gisement au monde, à Sangarédi -, détenue à 51 % par le consortium Halco Mining (qui réunit Alcoa, Rio Tinto et Dadco) et à 49 % par l’État. À la fin de l’année 2009, la production stagnait à 11,2 millions de tonnes, contre 13,5 millions de tonnes habituellement. Un niveau faible qui, selon un cadre de l’entreprise, serait lié au fait que le consortium ne peut vendre qu’à ses actionnaires, alors que la demande, asiatique notamment, est assez forte. Une révision des contrats est en cours à l’échéance 2012 et pourrait élargir le périmètre des clients.

Enfin, le secteur du diamant méritera aussi un examen attentif. Selon un spécialiste guinéen, le marché est « très calme » et certaines mines peu organisées, notamment dans la région de Forécariah, frontalière de la Sierra Leone. Le ministre n’aura pas la tâche facile mais elle sera cruciale : en Guinée, quand les mines toussent, c’est toute l’économie qui s’enrhume. 

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