Afro Trap – MHD : « J’ai ajouté une bonne touche africaine dans le rap en France »

Le rappeur MHD. © Capture d'écran YouTube

Le 15 avril, MHD, Mohamed Sylla, va sortir son premier album. Son style, l’Afro Trap, mélange de Trap et de musique afro, a conquis en l’espace de quelques mois le rap game hexagonal. Interview.

Cela faisait bien longtemps qu’une voix guinéenne n’avait pas résonné aux quatre coins de la France. Depuis la sortie de ses freestyles sur YouTube, MHD, jeune parisien d’origine guinéenne, a conquis de manière fulgurante la scène du rap français. Vues des millions de fois sur YouTube, ses vidéos ont conquis en six mois le pays. Invité en première partie de la tournée française de Booba, puis à Conakry pour le concert de Black M (Sexion d’Assaut), il a écumé tous les plateaux de télé, du Petit Journal à Clique. Rencontre avec un ex-livreur de pizzas de 21 ans, devenu l’espoir de la Champion’s League du rap français, et africain.

Jeune Afrique : Quel a été ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

MHD : C’est un parcours qui s’est construit très très vite. Je suis arrivé il y a 6 mois. Tout est parti d’une vidéo selfie entre potes pour délirer. Qui s’est transformée en clip, puis qui s’est transformée en buzz. Et enfin le buzz qui s’est transformé en album.

Tu écrivais déjà beaucoup avant ce buzz ?

Oui beaucoup. À la base j’avais un collectif qui s’appelait 1.9 réseau. On rappait entre nous, on mettait nos clips sur YouTube. Puis à un moment on ne le sentait plus trop, et on s’est dit qu’il fallait faire une pause. C’est à ce moment que je suis parti en vacances et que j’ai fait la première vidéo selfie qui a cartonné sur les réseaux sociaux.

Quand as-tu commencé à écrire ?

Ça fait longtemps, depuis 2009. À partir de 2011-2012 j’ai commencé à faire mes premiers clips et des petits concerts de quartier.

Tu as dit que tu écoutais plus de musique africaine que de rap. Quelles sont tes références ?

Déjà je suis Guinéen et Sénégalais, deux pays qui écoutent de la bonne musique, qui dansent beaucoup aussi. J’ai donc été habitué à cette ambiance de danse. Et au fur et à mesure du temps, je me suis accroché à la musique africaine. Tout ce qui est tendance Azonto (Danse ghanéenne qui émerge au début des années 2000, ndlr), tout ce qui vient du Ghana, du Nigeria. Des artistes comme Davido, Wizkid, P-Square, Emma Nyra. Ce sont des artistes que j’écoute au quotidien. Ce sont des sons qui me parlent beaucoup, même si je ne comprends pas la langue. Je me sens à l’aise quand j’écoute cette musique.

Comment expliques-tu que cette musique arrive seulement maintenant ici aux oreilles du grand public ?

Le délire afro a mis un peu de temps avant d’arriver en France. Quand j’ai commencé à écouter les artistes que je viens de citer, ici ils étaient inconnus. Maintenant on les entend en boîte. Cette musique m’a permis de m’imposer ici en tant que représentant africain dans le rap français. J’ai amené ma petite touche africaine… Je dirais même que j’ai ajouté une bonne touche africaine dans le rap en France !

Tu peux nous parler un peu de ton parcours ? Tu es né à Paris ?

Non, à la Roche-sur-Yon, dans le 85. Avec ma famille on est arrivé à Paris quand j’avais deux ans. Mes parents sont arrivés de la Guinée dans les années 1980. Ma mère est Sénégalaise mais elle a passé la moitié de sa vie en Guinée, où elle a rencontré mon père. De là ils sont partis à Nice, où est mon grand frère, puis à la Roche-sur-Yon et ensuite à Paris. J’ai un grand frère, une grande sœur, un petit frère et une petite sœur. Moi je suis au milieu.

Comment vivent-ils ce succès soudain ?

Ils suivent toujours l’actu, ils sont au courant de tout ce qui sort à mon sujet. Et ils veulent être au courant de tout. Ils sont vraiment impliqués parce qu’ils aiment bien ma démarche, ça représente un peu l’Afrique. Ils sont fiers de ma musique et de ses sonorités africaines, ça leur fait plaisir. Du coup chez moi tout le monde se sent concerné. Il y a une bonne ambiance.

Comment s’est passée ta tournée avec Booba ?

J’ai été bien accueilli, on a eu des conversations, il m’a donné quelques conseils. Et puis cette tournée m’a exposé sur la scène urbaine du rap français. Pareil pour Black M lorsque j’ai fait la première de son concert en Guinée à Conakry. C’était extraordinaire.

Tu vas souvent en Guinée, à titre personnel ?

Oui très souvent. À Conakry pour voir ma famille, ou encore à Boké. Mais pour le concert c’était la folie. Mon père était déjà sur place, puis le reste de ma famille est venu aussi.

Les gens connaissaient ta musique dans le public ?

C’est ce qui m’a surpris. Arrivé à l’aéroport, il y avait des pancartes MHD. Je ne suis jamais venu dans de telles conditions, ça m’a fait tellement plaisir. L’ambiance était parfaite, si c’était à refaire je le referais avec plaisir.

Il y en aura peut-être d’autres ?

J’espère. On va essayer de préparer une tournée africaine, de tourner partout : au Maghreb, dans le centre, à l’ouest et au sud.

On a lu dans plusieurs interviews que tu allais adoucir tes textes, parce que tu étais écouté par ta famille, des jeunes ?

Quand je dis adoucir ce n’est plus au point de ne plus avoir de crédibilité. Par exemple le titre Molo Molo, c’est ça : je vais y aller vraiment « molo molo » parce que je vois maintenant le public qui a été touché. Il y a des petits jeunes, des parents… Ils aimeraient pas trop entendre certaines histoires, même si bien sûr je ne suis pas dedans.

Moi, je ne joue pas de jeu. Je suis au quotidien comme on me voit dans mes clips. Je suis souriant, toujours en train de délirer, de danser. Je n’essaie pas de m’inventer un personnage mafieux. Je reste moi même.

Comment s’est passée ta rencontre avec Wati B ?

Ça s’est passé au moment du séjour en Guinée. Je suis parti avec leur équipe, avec The Shin Sekai. Il y a eu une affinité, le courant est bien passé, on s’est tapé de bons délires. ils m’ont invité ensuite sur une sorte de freestyle.

Et ils n’ont pas voulu te signer ?

Il y a eu une petite approche.

Tu as signé dans une maison de disque ?

Oui. Mais ce n’est pas encore officiel.

Le business fait aussi partie du jeu maintenant. Booba, l’exemple type de celui qui a réussi à mener son affaire en solo, t’inspire ?

Oui évidemment, c’est un vrai homme d’affaires. C’est un modèle pour tous : chaque album se vend bien, il gère sa marque de vêtements, il gère ses réseaux. J’avance doucement mais surement.

>> MHD sera l’invité de Planète Rap, toute cette semaine sur la radio française Skyrock. Sortie de son premier album le 15 avril. Concert à la même date à la Maroquinerie, à Paris.