Madagascar : qui est Olivier Mahafaly, le nouveau Premier ministre ?

Olivier Mahafaly (à dr.), le nouveau Premier ministre, au côté du président Rajaonarimampianina, dimanche 10 avril 2016 à Antananarivo. © Présidence malgache

L'ancien ministre de l'Intérieur Olivier Mahafaly Solonandrasana a été nommé dimanche soir à la tête du gouvernement malgache.

À 51 ans, la nomination à la tête du gouvernement de Olivier Mahafaly Solonandrasana, membre fondateur du parti présidentiel HVM (parti Forces nouvelles pour Madagascar), représente pour beaucoup d’observateurs « le changement dans la continuité ». Sur le papier, Mahafaly a tout du parfait soldat loyal et fidèle, à deux ans de la présidentielle 2018. Ami proche de l’actuelle première dame, Voahangy Rajaonarimampianina, il fait figure d’homme de confiance. « Avant de devenir ministre de l’Intérieur, il n’avait jamais assumé de fonction politique ou électorale, c’est le président Hery en personne qui avait imposé son nom. Il lui doit tout », explique un proche de la présidence.

Sur le papier, il a le CV du grand serviteur de l’État. Homme de conviction et de principes, passionné de philosophie et de questions religieuses, ce catholique de naissance aurait même préparé le petit séminaire, pour devenir prêtre avant de renoncer pour se lancer dans la carrière plus prestigieuse d’administrateur civil. Diplômé de l’École nationale de l’administration de Madagascar (Enam) en 1998, cet homme originaire du Nord de la Grande île, gravira tous les échelons de sa hiérarchie – sous-préfet préfet, secrétaire général de région, puis superviseur électoral au ministère de l’Intérieur.

Bilan sécuritaire contesté

« C’est à lui, ministre de l’Intérieur, qu’on a le plus reproché de ne pas s’attaquer au problème sécuritaire, alors que les attaques de bandits armés se sont multipliées ces derniers temps avec le trafic de zébus, de même que les vols à main armée », estime Lova Rabary, journaliste à L’express. L’opposition lui reproche aussi d’avoir participé à la propagation d’un islam jugé radical. Depuis 2014, le ministère de l’Intérieur a en effet autorisé l’ouverture de plus de 2 000 mosquées à Madagascar, « sans contrôle, ni véritable réflexion sur ce nouvel islam malgache, alors que la plupart des nouveaux lieux de culte sont financés par l’Arabie saoudite qui exporte le wahhabisme », confie un proche de l’ancien gouvernement.

Enfin en janvier dernier, une polémique a éclaté par voie de presse, évoquant – photos et enregistrements à l’appui -, des pressions qui seraient venues de sa part à l’encontre de maires et de responsables de l’Administration territoriale afin que ces derniers encouragent le vote en faveur des candidats HVM aux élections sénatoriales du 30 décembre dernier. Mahafaly avait alors plusieurs fois démenti ces accusations.

Ravalomanana en embuscade

À l’origine, selon plusieurs sources proches de l’exécutif, le président Hery Rajaonarimampianina voulait nommer l’ancien président Marc Ravalomanana au poste de Premier ministre. La stratégie était double. D’abord, restaurer l’autorité de l’État en choisissant à ce poste un poids lourd de la vie politique malgache. Ensuite, rendre responsable et solidaire le candidat déclaré à la prochaine présidentielle de la politique menée par l’actuel président. C’est sous la pression de la communauté internationale, inquiète de voir revenir au tout premier plan le président renversé par la foule en mars 2009, que le chef de l’État aurait finalement opté pour un candidat moins polémique.

La tâche s’annonce ardue pour le nouveau Premier ministre dans un contexte économique et social très tendu

« Mais jusqu’à preuve du contraire son prédécesseur, Jean Ravelonarivo, n’a officiellement pas démissionné », s’amuse Lova Rabary. En effet, vendredi dernier, Jean Ravelonarivo s’était exprimé en ces termes : « Jusqu’à maintenant, je n’ai pas encore démissionné. Cependant, dans l’intérêt supérieur de la nation, je vais remettre ma démission à un moment plus opportun », avait-il poursuivi, sans avancer toutefois de date.

Une chose est sûre, la tâche s’annonce ardue pour le nouveau Premier ministre dans un contexte économique et social très tendu, alors que malgré une croissance légèrement en hausse (3% en 2015), le pays continue de s’enfoncer dans la misère. Selon les chiffres de la Banque mondiale, deux Malgaches sur 3 vivent sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un dollar par jour.

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