Décès « suspect » de Jacques Bihozagara, ancien ministre rwandais, dans une prison burundaise

Jacques Bihozagara avait été ambassadeur du Rwanda à Paris puis à Bruxelles au lendemain du génocide de 1994, puis plusieurs fois ministre. © Capture d'écran Youtube

Incarcéré au Burundi depuis décembre, accusé d'espionnage, l'ancien diplomate et ministre rwandais Jacques Bihozagara est mort subitement dans sa prison le 30 mars. Dans un contexte extrêmement tendu entre les deux pays, Kigali demande des éclaircissements.

« Les circonstances de sa mort sont suspectes. » C’est par ces mots que réagissait à chaud, mercredi 30 mars, une source proche du président Paul Kagame alors que la mort de l’ancien diplomate rwandais Jacques Bihozagara, dans une prison burundaise, venait d’être confirmée officiellement. Il est vrai que son décès soudain, dans le contexte délétère qui prévaut depuis plusieurs mois entre les deux pays sur fond de crise politique au Burundi, a de quoi susciter la méfiance de Kigali.

« M. Jacques Bihozagara est l’un des nombreux ressortissants rwandais au Burundi décédés de mort violente ou suspecte au cours des derniers mois », déclarait jeudi matin Eugène Ngoga, directeur Afrique au ministère rwandais des Affaires étrangères. Nous souhaitons obtenir des autorités burundaises des informations précises sur les circonstances de sa mort ainsi que des éclaircissements sur les motifs de sa détention depuis décembre 2015. »

Figure emblématique du FPR

Ambassadeur du Rwanda à Paris puis à Bruxelles au lendemain du génocide de 1994, plusieurs fois ministre jusqu’à son retrait de la vie politique, Jacques Bihozagara fut l’une des figures emblématiques du Front patriotique rwandais (FPR) au temps où ce mouvement politico-militaire était en lutte contre le régime de Habyarimana – de 1990 à 1994. Depuis plusieurs années, il était devenu homme d’affaires au Burundi. En 2015, lorsque la vague de contestation anti-Nkurunziza s’est traduite par un durcissement des relations diplomatiques entre les deux faux jumeaux de la région des Grands Lacs, sa situation à Bujumbura est devenue périlleuse. « Un de ses associés avait préféré quitter le Burundi, le temps que les choses se calment, et lui avait conseillé d’en faire de même », témoigne une source à Kigali.

En décembre 2015, Jacques Bihozagara était arrêté par les services de sécurité burundais, accusé d’espionnage et incarcéré à la prison centrale de Mpimba, à Bujumbura. Une « détention illégale », selon les autorités rwandaises, qui s’étaient toutefois abstenues à l’époque de manifester publiquement leur désapprobation. Au matin de son décès, Jacques Bihozagara semblait en pleine forme – selon des détenus de la prison qui peuvent communiquer par portable. Il aurait été pris d’un malaise dans la journée et serait décédé de manière soudaine. « Difficile de ne pas penser à un empoisonnement », témoigne une source rwandaise qui suit de près la situation au Burundi, et qui précise que le soupçon a déjà été évoqué par les familles dans plusieurs cas de décès semblables.

Le silence de Willy Nyamitwe

Depuis l’arrestation de Bihozagara, en décembre, les relations entre Bujumbura et Kigali n’ont cessé de se détériorer, les autorités burundaises considérant le Rwanda comme la principale tête de pont de leur opposition en exil, et en particulier des groupes armés qui cherchent à écarter Pierre Nkurunziza du pouvoir. Le 27 mars, le président du CNDD-FDD (parti présidentiel), Pascal Nyabenda, lançait une énième charge contre le président rwandais dans un communiqué au vitriol : « Le laboratoire du génocide est au Rwanda car le président Kagame, l’ayant expérimenté chez lui, [veut] l’exporter au Burundi pour jouer au petit impérialiste », écrivait-il.

Pour l’heure, les autorités burundaises n’ont pas apporté de précisions sur les circonstances de ce décès « suspect ». Habituellement volubile sur les réseaux sociaux, le conseiller en communication du président Nkurunziza, Willy Nyamitwe, a, sur ce dossier, préféré s’abstenir, comme il s’en explique dans un Tweet : « Vue l’orientation biaisée que prend ce débat et les mensonges qui circulent, j’ai préféré garder le silence. Mes condoléances. »

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici