Nigeria : nouvelle saison de rapprochements entre banques ?

Access Bank et First City Monument Bank rachètent deux établissements en difficulté. Leurs confrères restent pour l'instant attentistes, tout comme les institutions étrangères.

Des hauts, des bas, des bulles et des crises : le secteur bancaire nigérian a beau être un fidèle adepte du capitalisme débridé venu des États-Unis, il ne s’en sort pas si mal. Et de la sévère crise qui l’a frappé depuis deux ans, le voilà qui pourrait bien désormais tirer profit. Des dix banques mises au tapis à la suite d’un audit général, avant d’être sauvées par une injection massive de liquidités de la part de la Banque centrale, deux ont redressé seules la barre. Les autres ont été priées par le gouverneur, Lamido Sanusi, de présenter un programme de recapitalisation dont les grandes lignes commencent à être connues.

Intercontinental Bank, la neuvième banque par le total de bilan, va ainsi s’adosser à Access Bank, la septième, pour créer un groupe bancaire affichant près de 9 milliards de dollars de total de bilan (environ 6,3 milliards d’euros). Une bonne opération pour Access car, entre-temps, Intercontinental Bank se sera déchargé de ses actifs douteux auprès de l’Asset Management Corporation of Nigeria (Amcon), qui réalise d’ailleurs cette opération auprès de toutes les banques.

Mode d’évolution

First City Monument Bank (FCMB) a également annoncé son intention de recapitaliser puis de racheter une autre banque en difficulté, FinBank. L’opération permettra à FCMB, jusqu’à présent orienté vers le corporate et la banque d’investissement, de rentrer dans le top 10 nigérian et, mieux encore, de développer une stratégie retail aujourd’hui très limitée.

En revanche, Oceanic Bank, sixième acteur du marché et donc le plus important des établissements en difficulté, et First Bank of Nigeria, le numéro un, ont renoncé officiellement à se regrouper. Semblant donc mettre un terme à un nouveau round de consolidation entre banques, du type de celui qui, en 2005 et 2006, avait fait passer le nombre d’institutions en activité de 92 à 26.

Une telle évolution est-elle aujourd’hui probable ? L’ampleur des difficultés qu’ont connues les banques nigérianes reste un frein à la consolidation. Parmi les leaders, plusieurs – Diamond Bank, Guaranty Trust Bank, Skye Bank, United Bank for Africa et Zenith Bank – ont annoncé ne pas être candidats à la reprise d’établissements en difficulté. Leurs priorités sont ailleurs : gérer leur propre redressement et éviter des opérations de rachat aux débouchés incertains. Du coup, les capital-investisseurs se sont engouffrés dans la brèche, profitant de la passivité des grandes banques. Union Bank of Nigeria recevra ainsi 750 millions de dollars d’un consortium mené par African Capital Alliance. Afribank touchera quant à lui 387 millions de dollars de Vine Capital Partners et d’autres partenaires financiers.

Rien n’est figé

Reste une inconnue : le comportement des banques étrangères, qui sont restées pour l’instant à l’écart des opérations de rachat. Le sud-africain Standard Bank, qui possède déjà un établissement de taille moyenne, Stanbic IBTC, en profitera-t-il pour se hisser parmi les plus importantes banques du pays ? Surtout, son compatriote FirstRand, qui a annoncé ses intentions de se développer hors d’Afrique australe, cherchera-t-il à reprendre une banque nigériane défaillante ? Cela paraît désormais peu probable. Mais rien n’est encore totalement figé. « Le secteur bancaire nigérian est très concurrentiel, et les stratégies défensives et de rétention de parts de marché devraient naturellement faire surface en réponse aux changements en cours », conclut Adesoji Solanke, analyste bancaire pour Renaissance Capital.