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Tendai Biti : « Il n’y aura pas de diamants du sang au Zimbabwe »

Tendai Biti, ministre des Finances du Zimbabwe © Reuters

Financement des élections, gestion des ressources minières, réforme agraire… Cet opposant à Robert Mugabe devenu membre du gouvernement fait le point sur les chantiers indispensables à la relance du pays.

Présent à l’assemblée générale du Fonds monétaire international (FMI), à Washington, le 8 octobre, Tendai Biti a profité de l’occasion pour négocier l’aide américaine afin de garantir la monnaie du pays, le dollar zimbabwéen étant suspendu depuis 2009 et jusqu’en 2012 au profit d’un panier de devises (dollar, rand, euro…). Le ministre des Finances s’est aussi entretenu avec les responsables du FMI et de la Banque mondiale pour normaliser les relations du pays avec ces institutions. Quelques jours auparavant, de passage à Paris, il a pris le temps de répondre aux questions de J.A., entre deux avions.

JEUNE AFRIQUE : Le Zimbabwe se prépare pour des élections prévues en juin 2011 et qui devraient sortir le pays de la crise. Comment comptez-vous financer ces scrutins ?

TENDAI BITI : Nous avons estimé à un peu plus de 100 millions de dollars [plus de 70 millions d’euros, NDLR] le montant nécessaire pour l’organisation du référendum constitutionnel qui devrait se tenir l’année prochaine. Mais après il y aura des élections générales, qui, elles, coûteront certainement plus cher. Parce qu’il s’agira en fait de quatre élections en une (municipales, législatives, sénatoriales et présidentielle). Comment allons-nous financer ces élections ? C’est un défi que nous devons relever. Pour l’heure, il est primordial de finaliser les textes de la nouvelle Constitution.

L’exploitation de la mine de diamants de Marange, la plus prometteuse, bénéficierait de financements douteux en provenance d’Afrique du Sud et transitant par Maurice, considéré comme un paradis fiscal. Allez-vous vous attaquer à ce problème ?

C’est en effet un sujet sensible. Ce qu’il faut noter, c’est ce que nous avons négocié avec le comité de certification du processus de Kimberley [qui contrôle le commerce des diamants sous l’égide de l’ONU, NDLR]. Le Zimbabwe doit pouvoir certifier lui-même ses propres diamants, car ce sont ses ressources nationales. Cette exigence de notre part nous oblige donc à veiller à ce que toutes les ressources minières du pays soient exploitées dans le respect des lois, notamment du point de vue de la transparence… Et c’est ce que nous comptons faire, en nous assurant que les exploitations minières profitent aux populations.

Nous devons réfléchir à apporter de la valeur ajoutée à tous les produits que nous exportons.

Comment allez-vous procéder ?

Nous allons nous assurer que l’allocation des concessions minières se fasse dans la plus grande transparence. Il s’agit de savoir clairement qui attribue les concessions et selon quels critères, ou de savoir pourquoi tel investisseur obtient un droit de concession plutôt qu’un autre. Nous réfléchissons aux moyens de faire en sorte que les énormes ressources de notre pays ne servent pas au financement des ambitions personnelles des seuls hommes politiques. Aujourd’hui, nous savons tous qu’une guerre de succession fait rage entre les différentes factions du parti au pouvoir, le Zanu-PF. Nous allons veiller à ce que les richesses du pays ne soient pas utilisées dans ces conflits internes. Je m’assurerai qu’il n’y ait pas de diamants du sang au Zimbabwe.

La production de tabac a progressé cette année de plus de 100 %, à 122 000 tonnes. Cette croissance aurait été encore plus importante si la réforme agraire n’était pas dans l’impasse. Où en est l’audit des terres ?

Il n’y a aucune raison valable, si ce n’est des blocages politiques, pour expliquer que cet audit des terres cultivables n’ait pas démarré plus tôt. Nous avons estimé à un peu plus de 21 millions de dollars le budget nécessaire pour mener à bien ce processus. Mais on peut le commencer avec environ 3 millions de dollars. La vraie question concerne notamment la sécurisation des propriétés. Certains élus préconisent l’attribution de titres fonciers, tandis que d’autres sont favorables à des baux transférables et hypothécables. Faute de consensus sur ce sujet, près de 15 millions d’hectares de terres ne sont pas mis en valeur aujourd’hui. Cela pénalise sérieusement le pays, car cette superficie représente la moitié des terres arables. Actuellement, le rendement moyen de la culture du maïs au Zimbabwe est de 0,3 t par hectare, quand il devrait être de 7 à 15 t.

Comment voyez-vous l’avenir de votre pays ?

Quel que soit le parti qui remportera les prochaines élections, il est important qu’il développe une plus grande vision économique et judiciaire, dans l’intérêt national. Cela doit primer les ambitions politiques. Sur le plan économique, par exemple, nous produisons du tabac ainsi que des fleurs que nous exportons vers les Pays-Bas. Nous devons réfléchir à apporter de la valeur ajoutée à tous les produits que nous exportons.

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