Congo-Brazzaville : Paris réclame des explications après l’agression de journalistes, Washington condamne

Par Jeune Afrique avec AFP

Denis Sassou Nguesso quitte un bureau de vote à Brazzaville, le 20 mars 2016. © Marco Longari/AFP

La France a demandé jeudi des explications au Congo après l'agression dont ont été victimes la veille à Brazzaville des journalistes du quotidien Le Monde et de l'AFP couvrant l'élection présidentielle. Ceux-ci avaient été molestés par des hommes se présentant comme des policiers. Une agression également condamnée par Washington.

« Notre ambassadeur est immédiatement intervenu auprès des autorités » afin que « toute la lumière soit faite sur cet incident », a déclaré lors de son point-presse quotidien le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal.

Washington dénonce l’agression

Quelques heures plus tard, c’était au tour de Washington de condamner l’agression. « Nous appelons le gouvernement de la République du Congo à assurer le respect des libertés d’expression, de rassemblement et de mouvement », dénonce dans un communiqué le porte-parole du département d’État, Mark Toner.

Les trois journalistes, accrédités pour couvrir le premier tour de l’élection présidentielle de dimanche, ont été agressés par quatre individus en civil alors qu’ils sortaient du domicile du candidat de l’opposition Jean-Marie Michel Mokoko. Ce dernier venait de contester devant la presse les résultats préliminaires officiels du scrutin, remporté dès le premier tour par Denis Sassou Nguesso avec 60,39% des voix.

Les hommes se sont présentés comme des policiers, mais ont refusé de leur montrer leurs cartes professionnelles. Ils ont molesté les journalistes, frappant notamment au visage l’un d’entre eux avant de les dépouiller de leur matériel professionnel et de leurs affaires personnelles, dont leurs papiers d’identité. Alertés par les appels au secours, des policiers en tenue d’un commissariat tout proche sont venus sur les lieux mais ne sont pas intervenus.

Condamnation du ministre de la Communication 

L’ambassadeur français est aussi intervenu auprès des autorités « afin que leurs effets leurs soient restitués sans délai », a ajouté Romain Nadal. Les trois journalistes ont récupéré la majeure partie de leurs affaires jeudi auprès de la police locale. À l’exception des cartes mémoires de la caméra de l’AFP contenant notamment les images du point de presse du général Mokoko.

À la mi-journée, les trois journalistes ont été reçus par le ministre de la Communication et des Médias congolais, Thierry Moungalla, également porte-parole du gouvernement. « Nous condamnons fermement l’agression dont vous avez fait l’objet en tant que journalistes dans votre travail », leur a déclaré ce dernier.

La France et les États-Unis préoccupés par le scrutin

« Nous nous engageons à discuter avec les services compétents pour que cette affaire soit élucidée », a-t-il ajouté, incitant les journalistes à porter plainte.

Mardi, la France avait dénoncé le contexte « préoccupant » dans lequel s’est déroulée l’élection présidentielle au Congo, où les communications ont été coupées plusieurs jours avant d’être rétablies dans la matinée du 24 mars. Paris avait insisté sur la « transparence » et « l’équité » du scrutin.

Même son de cloche à Washington. « Les États-Unis demeurent préoccupés par (le manque de) transparence et la crédibilité du processus électoral, notamment sur des informations concernant des irrégularités et sur le blocage prolongé des communications », a pour sa part protesté le porte-parole du département d’État américain.

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