Bénin : entre Talon et Zinsou, qui incarne vraiment la « rupture » ?

Patrice Talon et Lionel Zinsou. © Montage J.A.

Si Patrice Talon, qui affrontera Lionel Zinsou au second tour de la présidentielle au Bénin, est le candidat soutenu par la "coalition de la rupture", est-il vraiment celui qui incarne le mieux le changement ? Retour sur le parcours des deux prétendants à la succession de Thomas Boni Yayi et petit rappel de leurs alliés.

Qui incarne le mieux la rupture que le peuple semble appeler de ses vœux ? Zinsou, nouveau venu dans le marigot mais imposé et soutenu par le président sortant, auquel il devra en partie sa victoire le cas échéant ? Ou Talon, aujourd’hui principal opposant d’un régime dont il a longtemps profité ? Continuité ou rupture, la bataille des mots fait rage…

Entre l’ancien magnat du coton et le candidat soutenu par Yayi, lequel entraîna l’exil du premier, la lutte est sans sans merci. Zinsou et son ton professoral. Talon et son incroyable bagout. La dernière fois que les deux se sont vus en tête à tête, c’était dans les salons de l’hôtel Meurice à Paris. C’était en avril 2015, l’homme d’affaires était encore un exilé, et le banquier… un banquier. Ce jour-là, Patrice Talon, arguant que la classe politique était « nulle », avait demandé à Lionel Zinsou de rentrer au pays pour se présenter à l’élection présidentielle. Il ne pensait peut-être pas le retrouver en face de lui au second tour, dimanche 20 mars.

Lionel Zinsou

Le parcours

Le financier de 61 ans est un nouveau venu dans le monde politique béninois. Il n’est pas mêlé aux affaires de corruption. Lionel Zinsou a effectué la majeure partie de sa carrière en Europe. Il a été membre des différents cabinets de Laurent Fabius (Industrie et Primature) entre 1984 et 1986, a été associé-gérant de la banque d’affaires Rothschild et Cie de 1997 à 2008. À ce titre, il a créé et dirigé le groupe sectoriel des biens de consommation ainsi que la région Afrique-Moyen-Orient. Il a par la suite pris la tête du géant européen du capital-investissement, PAI Partners.

Zinsou a néanmoins collaboré avec le régime du président Thomas Boni Yayi. Il fut son conseiller économique spécial (à titre gratuit) de 2006 à 2011 et participa à la table ronde consacrée au Bénin à Paris en juin 2014. Enfin, sa famille a activement participé à l’implantation de Boni Yayi dans le sud du Bénin avant l’élection de 2006.

Les alliés 

À l’occasion du 1er tour, une partie de la population a clairement fait payer à Lionel Zinzou le fait d’être le candidat de Boni Yayi et de la coalition au pouvoir, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE). Il est vrai que plusieurs personnalités importantes du régime ont fait campagne pour lui. On pense notamment au vice-Premier ministre François Abiola, au ministre de l’Économie et Finances, Komi Koutché, et à Barthélémy Kassa, député et ancien ministre de l’Énergie et de l’Eau impliqué dans une affaire de détournement de fonds d’un projet financé par les Pays-Bas.

Lionel Zinsou a également formé une alliance avec les deux principaux partis béninois, la Renaissance Bénin (RB) et le Parti du renouveau démocratique (PRD). Cadre de l’opposition, Léhady Soglo, le président de la RB s’était allié à Boni Yayi au lendemain de l’élection présidentielle de 2011 avant de se retirer de la mouvance présidentielle en janvier 2015. Adrien Houngbédji, qui dirige le PRD, a de son côté toujours figuré dans l’opposition à Boni Yayi. Il fut candidat aux présidentielles de 1996, 2001, 2006 et 2011 avant d’être élu au perchoir en 2015.

Patrice Talon

Le parcours

Patrice Talon a bâti un empire cotonnier à partir du milieu des années 1980. En 2005, un an avant l’élection présidentielle, il rencontre Boni Yayi, alors à la tête de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et décide participer au financement de sa campagne présidentielle. Yayi devient chef de l’État en 2006. C’est le début d’une grande proximité entre les deux hommes. Deux ans après, Talon, spécialisé dans l’importation d’intrants cotonniers en Côte d’Ivoire, remporte avec ses usines d’égrenage l’appel d’offres pour la privatisation de la division coton de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra). En 2011, il récupère la gestion du Programme de vérification des importations (PVI) du port de Cotonou.

Mais son idylle avec Boni Yayi s’arrêtera là. Visé par sept plaintes pour crimes économiques, placé en garde à vue à Cotonou en avril 2012, Patrice Talon est entendu à plusieurs reprises. Peu après, le contrat PVI est suspendu unilatéralement tout comme celui de la Société générale de surveillance (SGS), avec laquelle il avait gagné l’appel d’offres. Un mois plus tard, il quitte le Bénin en catimini pour la France via les Seychelles, l’Allemagne et Bruxelles.

Les alliés

Patrice Talon ne bénéficie du soutien d’aucun grand parti, mais de celui de nombreuses personnalités politiques ayant été jusque très récemment des proches de Boni Yayi. Il y a Marcel de Souza, le beau-frère du chef de l’État, mais aussi son cousin et  ancien ministre du Développement, Kogui N’douro. On compte aussi l’ancien chef de la diplomatie, Nassirou Bako Arifari, l’ancien ministre des Transports, Napondé Aké, et l’ex-conseiller de Yayi, Chabi Sika. De même, Pascal Koupaki, candidat malheureux du premier tour, qui a travaillé avec le président Yayi pendant sept ans en tant que ministre puis Premier ministre, a lui aussi annoncé son soutien à la coalition de la rupture.

Enfin, élément central de l’équipe de Talon, le député Candide Azannaï fut secrétaire exécutif de la Renaissance Bénin (RB) et participa à l’élection de Yayi en 2006 et 2011 avant de s’en éloigner lors des législatives d’avril 2015. Un conflit ouvert entre lui et le président éclata même à l’occasion de ce scrutin.

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