Burkina Faso : Amnesty International expose les dernières photos de Leïla Alaoui

La photographe franco-marocaine Leila Alaoui a succombé à ses blessures le 19 janvier à Ouagadougou. © Leila Alaoui

À partir de ce 8 mars, les dernières images que l’objectif de Leïla Alaoui a capturées pour le compte d’Amnesty International avant sa mort tragique sont exposés au Burkina. Des portraits captivants de femmes dont le point commun est de lutter contre les violations de leurs droits.

Malika, Martine, Awa… Des portraits de femmes burkinabè qui luttent pour libérer leurs compatriotes du mariage forcé et de la violence, des regards tournés vers l’horizon, mêlant courage et défi. Comme pour signifier que, derrière chaque peine, il y a toujours un espoir…

On ne peut pas rester insensible devant les photos prises par Leïla Alaoui avant sa mort et celle de son chauffeur Mahamadi dans l’attentat de Ouagadougou qui a fait 30 victimes dans la nuit du 15 au 16 janvier. Ce 8 mars, Amnesty International dévoile les derniers clichés que la photographe franco-marocaine a réalisés dans le cadre d’une exposition qui raconte l’histoire de femmes et de jeunes filles burkinabè dont les droits fondamentaux ont été violés.

Leila Alaoui for Amnesty International

Malika la slammeuse, photographiée le 13 janvier 2016. © Leila Alaoui for Amnesty International

« Ces femmes ont triomphé contre toute attente. Qu’elles aient été mariées de force alors qu’elles étaient encore des fillettes ou aient enduré des épreuves en tant que victimes de discrimination, elles ont toutes lutté pour protéger leurs droits dans l’espoir d’un avenir meilleur « , a déclaré Samira Daoud, directrice adjointe des campagnes pour la région Afrique centrale et Afrique de l’Ouest à Amnesty International. 

Faire ressortir l’espoir

À titre de symbole, l’exposition se tient à Ouahigouya, dans le nord du pays, la dernière ville où Leïla et son chauffeur se sont rendus dans le cadre de leur mission. Sur les 12 portraits exposés, 7 ont été réalisés par la photographe disparue. Elle a longuement rencontré ses modèles afin de bien comprendre leurs activités et leur façon de concevoir la vie. Une méthode de travail lui permet de trouver le ton juste pour chaque portrait et de faire ressortir, en toute sobriété, ce que ces femmes ont de digne et de positif face à la douleur de leur vécu.

Leila Alaoui for Amnesty International

Angèle Gondombo, le 12 janvier. © Leila Alaoui for Amnesty International

Au Burkina, les chiffres sur les mariages forcés sont accablants. Le pays occupe le 7e rang mondial s’agissant des mariages d’enfants. Une fille sur 10 est mariée avant l’âge de 15 ans. « Et plus de la moitié des femmes du pays sont mariées avant 18 ans », s’alarme l’ONG internationale. Par ailleurs, 17 % des femmes seulement utilisent la contraception – l’un des pourcentages les plus faibles au monde.

Les premiers résultats de la lutte

Mais «il y a matière à se réjouir », se félicite Amnesty International. La semaine dernière, le gouvernement burkinabé s’est engagé à fixer l’âge du mariage pour les filles à 18 ans et à garantir la gratuité des soins pour les femmes enceintes, en vue de faire baisser le taux de mortalité maternelle. 

Leila Alaoui for Amnesty International

Awa Ouédraogo, le 13 janvier. © Leila Alaoui for Amnesty International

Un petit mot d’adieu accompagnera cette exposition forte en émotions, qui se déplacera à Ouagadougou le 13 mars : un carnet de route détaillé sur les 5 jours qui ont réuni deux personnes dont les destins ont été immédiatement et à tout jamais liés : Leïla et Mahamadi.