Congo-Brazzaville : qui face à Denis Sassou Nguesso à la présidentielle ?

Des bulletins de vote lors de la présidentielle de 2002 au Congo-Brazzaville. © Christine Nesbit/AP/SIPA

Ils étaient dix à avoir déposé leur candidature à la présidentielle anticipée du 20 mars, mais le Conseil constitutionnel n'a retenu que les dossiers de huit prétendants et celui de Denis Sassou Nguesso. Qui sont ces candidats face au président sortant du Congo-Brazzaville ?

Élu en 2002, puis réélu en 2009, Denis Sassou Nguesso se représente pour la troisième fois consécutive à la présidentielle depuis sa prise de pouvoir en 1997. Une candidature rendue possible grâce au changement de la Constitution du Congo-Brazzaville à l’issue d’un référendum boycotté par une frange de l’opposition.

Face au président sortant, le Conseil constitutionnel a retenu, le 22 février, huit candidatures, celle de Luc Parfait Tchinigana Mavoungo, commerçant peu connu de la classe politique congolaise, ayant été notamment recalée pour non payement de la caution non remboursable de 25 millions de F CFA. Une somme qui s’élève à environ 38 000 euros – contre quelque 7 600 euros en 2009 – que chaque candidat à la présidence devait payer pour participer au scrutin du 20 mars.

Les cinq candidats du Frocad/IDC

Parmi ces huit candidats retenus, cinq se reconnaissent dans le Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique et dans l’Initiative pour la démocratie au Congo (Frocad/IDC), la coalition de l’opposition congolaise. Le 29 février, ils ont même formalisé leur entente en signant un « pacte de l’unité » par lequel ils s’engagent à soutenir celui parmi eux qui arriverait au second tour.

« Il s’agit de Pascal Tsaty Mabiala, Jean-Marie Michel Mokoko, André Okombi Salissa, Guy Brice Parfait Kolelas et Claudine Munari », énumère Honoré Sayi, porte-parole de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), première force de l’opposition. À l’en croire, les autres ne seraient que des « faire-valoir » du président Denis Sassou Nguessou, des « appendices du PCT », Parti congolais du travail, la formation au pouvoir au Congo-Brazzaville.

  • Pascal Tsaty Mabiala

Pascal Tsaty Mabiala/Facebook

Pascal Tsaty Mabiala, leader de l'UPADS, première force de l'opposition au Congo-Brazzaville. © Pascal Tsaty Mabiala/Facebook

À la tête de du Frocad et de l’UPADS, parti de l’ex-président Pascal Lissouba, depuis 2006, Pascal Tsaty Mabiala devra, comme tous les autres candidats de l’opposition, se qualifier pour le second tour avant d’espérer le soutien total de la coalition.

Mais pour le premier tour, l’ancien ministre de la Défense (1992-1997) compte sur la capacité de mobilisation de sa famille politique, l’une de rares à disposer de moyens financiers et humains pouvant permettre à son candidat de déployer sa campagne sur l’ensemble du territoire national. Et surtout dans le « Niboland », fief électoral de son mentor Pascal  Lissouba, situé dans le sud du pays et constitué de trois grands départements (le Niari, la Bouenza et la Lékoumou).

  • Jean-Marie Michel Mokoko

Issouf Sanogo/AFP

Le général congolais Jean-Marie Michel Mokoko, candidat déclaré à la présidentielle du 20 mars 2016 au Congo-Brazzaville. © Issouf Sanogo/AFP

Ancien chef d’état-major de l’armée, Jean-Marie Michel Mokoko est également dans la course. Le « général en disponibilité » – comme il l’aime le répéter – est présenté par beaucoup d’observateurs comme le principal rival de Denis Sassou Nguesso dont il était jusqu’à quelques mois encore le conseiller spécial en charge des questions de paix et de sécurité. Le président congolais a même fait de lui le représentant spécial de la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA) en Centrafrique, poste qu’il occupait encore avant de se décider à concourir pour la présidentielle dans son pays.

Fort de sa réputation d’homme de paix – ébranlée récemment par une vidéo embarrassante – et jouissant d’une certaine popularité, le général Mokoko, bientôt âgé de 69 ans, croit fermement à ses chances de remporter la présidentielle. Mais son principal handicap demeure l’absence de parti politique qui porte sa candidature.

  • Guy Brice Parfait Kolélas

Idem pour Guy Brice Parfait Kolélas, fils de l’ancien Premier ministre Bernard Kolélas, décédé en 2009. Révoqué en août pour s’être opposé au projet de changement de la Constitution, l’ancien ministre de la Fonction publique et de la réforme de l’État semble avoir aussi perdu le contrôle du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) à l’issue d’une bataille fratricide qui l’opposait à Landry Kolélas, son frère cadet, resté pro-Sassou.

Qu’à cela ne tienne, cet ancien proche de Jean-Marie Le Pen, alors président du Front national (FN), comptera sur le soutien à la fois de l’Initiative pour la démocratie au Congo (IDC), regroupement des frondeurs expulsés du camp Sassou, et celui de Sauvons le Congo. « Parmi tous les candidats, Guy Brice Parfait Kolélas est le moins suspect de connivence avec le pouvoir », a confié à Jeune Afrique Paul-Marie Mpouélé, leader de cette dernière plateforme qui rassemble plusieurs associations de la société civile et des partis politiques, tous membres du Frocad/IDC.

  • André Okombi Salissa

André Okombi Salissa/Facebook

André Okombi Salissa, candidat à la présidentielle du 20 mars 2016 au Congo-Brazzaville. © André Okombi Salissa/Facebook

Président de l’IDC, c’est André Okombi Salissa qui était pressenti comme le candidat commun des frondeurs. « Mais l’option choisie a été de laisser à chaque membre du regroupement la faculté de se présenter à l’élection », souffle un cadre de la plateforme.

Plusieurs fois ministre jusqu’en 2012, André Okombi Salissa a soutenu la campagne électorale du président Denis Sassou Nguesso en 2009, en s’appuyant notamment sur le Comité d’action pour la défense de la démocratie-Mouvement de la jeunesse (CADD-MJ), une association de jeunes aux allures de milice dont il était le chef. Aujourd’hui, le transfuge du PCT, se revendiquant « candidat du changement », a d’ailleurs placé la défense des droits de la jeunesse parmi ses priorités. En espérant un coup de pouce de cette dernière en retour.

  • Claudine Munari

Claudine Munari/Twitter

Claudine Munari, seule femme candidate à la présidentielle du 20 mars 2016 au Congo-Brazzaville. © Claudine Munari/Twitter

Née Mabondzot, Claudine Munari est la seule femme candidate à la présidentielle du 20 mars. À la tête du Mouvement pour l’unité, la solidarité et le travail (MUST), elle s’était également prononcée contre le projet de changement de la Constitution. Une prise de position qui avait entraîné son éviction du gouvernement dans lequel elle exerçait les fonctions du ministre du Commerce.

Ancienne directrice de cabinet de l’ancien président Pascal Lissouba, Claudine Munari a d’abord milité au sein de l’UPADS avant de rejoindre l’actuelle majorité présidentielle avec qui elle a finalement rompu en 2015.

Les trois autres candidats

Soupçonné par l’opposition de jouer le jeu du pouvoir, Anguios Nganguia Engambé se présente pour la deuxième fois consécutive à la présidentielle. Cet inspecteur des douanes, investi candidat par le Parti pour l’action de la république (PAR), avait déjà tenté sa chance en 2009, sans grand succès.

Il en est de même pour Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, candidat malheureux aux présidentielles de 2002 et 2009. Lors de ces deux derniers scrutins, cet ancien cadre de l’UPADS, aujourd’hui leader de l’association La Chaîne, est arrivé second sans dépasser la barre des 8 %.

Troisième lors de la dernière présidentielle, Nicephore Antoine Fylla Saint–Eudes, lui, n’y va pas. La Convention des partis républicains (Copar), la coalition qu’il dirige, a désigné fin janvier Michel Mboussi Ngouari pour la représenter. Président du Mouvement national de libération du Congo (MNLC), ce dernier fera-t-il mieux que son prédécesseur qui avait récolté près de 7 % des voix en 2009 ? Réponse le 20 mars.

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