Marché de l’armement en Afrique : qui achète quoi et à qui ?

Des troupes nigérianes impliquées contre Boko Haram dans le nord-est du pays, en mars 2015. © str/AP/SIPA

Le marché de l'armement ne connaît décidément pas la crise. L'Afrique n'échappe pas à la règle : si le continent est celui qui importe le moins d'armes au monde, certains pays africains se distinguent par leur achats frénétiques de frégates, sous-marins, et autres hélicoptères de combats.

C’est ce que conclut le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) dans une étude sur la période 2011-2015.

Premier enseignement : les armateurs concluent toujours de juteux contrats sur le continent et la course à l’armement s’accélère. Selon le Sipri, les importations d’armes en Afrique ont augmenté de 19% entre 2011 et 2015 par rapport aux cinq années précédentes.

Quels pays africains importent le plus d’armes ?

En matière d’armement, les années se suivent et se ressemblent. Sans surprise, l’Algérie et le Maroc caracolent donc en tête du classement des plus gros importateurs d’armes. À eux deux, ils représentent en effet 56% des importations d’armes sur le continent :

Si l’Algérie est le plus gros importateur d’armes en Afrique, ses achats à l’étranger ont chuté de 18% par rapport à la période 2006-2010. Des chiffres à mettre en perspective : dans les cinq ans à venir, l’Algérie a prévu d’équiper lourdement sa puissante institution militaire. Parmi les livraisons attendues, l’achat de quatre frégates, 190 tanks, 42 hélicoptères 14 avions de combat, et 2 sous-marins russes.

Quant au Maroc, l’augmentation des importations d’armes est impressionnante. Elles ont bondi de 528% entre 2011 et 2015 par rapport aux cinq années précédentes. Une augmentation foudroyante, mais qui reste en volume inférieure aux achats de son voisin algérien.

Loin derrière, l’Ouganda est le troisième importateur d’armes du continent, avec 6,2% des importations africaines entre 2011 et 2015. Au total, l’Afrique subsaharienne représente 41% des armes achetées hors du continent. Et si l’Ouganda arrive en tête dans la sous-région, le Nigeria et le Soudan suivent de près Kampala.

Où en sont les pays en guerre contre Boko Haram ?

Le Sipri met également l’accent sur les pays militairement engagés contre Boko Haram, dont les importations d’armes restent paradoxalement minimes. Au total, les livraisons d’armes au Cameroun, au Tchad, au Niger et au Nigeria ont en effet compté pour 0,6% des importations totales mondiales entre 2011 et 2015, avance l’institut.

Parmi leurs acquisitions, de nombreux appareils d’aviation militaire, dont quelques drones de combat. Entre 2011 et 2015, la Chine a ainsi vendu cinq appareils de ce type au Nigeria.

Des chiffres à relativiser. « Nous ne comptons que les armes lourdes, pas les armes légères. Or, dans les pays faisant face à des groupes terroristes, les pays achètent davantage d’armes légères pour équiper leurs armées », explique Aude Fleurant, directrice du programme Armement et dépenses militaires au Sipri.

D’où viennent les armes achetées par les Africains ?

La plupart des armes importées sur le continent viennent de Russie. Suivent ensuite la France, désormais à égalité avec la Chine sur le marché :

Dans le secteur de l’armement, la Chine connaît en effet une progression constante. En cause : l’augmentation de ses capacités de production ces vingt dernières années. « La Chine a aussi beaucoup investi pour améliorer la qualité de sa production », souligne la directrice du programme Armement et dépenses militaires au Sipri.

Mais la capacité de production chinoise n’explique pas tout. Ces contrats sont aussi intimement liés à l’influence économique de Pékin sur le continent, explique Aude Fleurant : « Dans certains pays africains où la Chine a tissé de forts liens commerciaux, miniers ou encore énergétiques, la conclusion de contrats d’armement est d’autant plus facile. »