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Mohammed Aitri, un patron marocain inoxydable

En trente-deux ans d'existence, Prominox est devenu une référence dans le travail des métaux, au Maroc et au-delà. Derrière ce succès se cache un entrepreneur pugnace, ancien ouvrier immigré en Allemagne : Mohamed Aitri.

« D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu envie d’être mon propre patron. Mais je ne m’imaginais pas réaliser ce rêve au Maroc. » À bientôt 60 ans, Mohamed Aitri est un entrepreneur dans l’âme. Depuis 1978, l’ancien ouvrier spécialisé immigré en Allemagne a lentement bâti Prominox (Promotion marocaine d’inox), une société de 650 employés affichant un chiffre d’affaires de 19 millions d’euros en 2010, malgré la crise.

Aujourd’hui, rares sont les usines chimiques, agroalimentaires ou automobiles installées au Maroc qui ne font pas appel à l’expertise de sa société dans le travail de l’inox (fabrication et installation de cuves stériles, de tubes et d’autres pièces métalliques complexes). Parmi ses clients : les grandes entreprises marocaines comme l’Office chérifien des phosphates (OCP) ou la Compagnie sucrière marocaine et de raffinage (Cosumar), mais aussi des groupes internationaux tels Renault, Coca-Cola ou Henkel.

Manque de soutien des autorités

Pour en arriver là, le chemin a été sinueux. En mai 1968, à 17 ans, Mohamed Aitri quitte Fès, sa ville natale, pour l’Europe. Il atterrit en France, mais préfère l’Allemagne, plus calme à cette époque… « C’est à Stuttgart que l’aventure a commencé, comme ouvrier spécialisé pour un fabricant de matériels de brasserie. L’apprentissage professionnel à l’allemande m’a offert une possibilité d’évolution que j’ai saisie. J’ai pris du galon, changé d’entreprise, devenant en 1974 cadre technique pour une société d’ingénierie dans le textile et la chimie », explique-t-il.

En 1977, son entreprise l’envoie comme consultant – il a alors 27 ans – auprès de la Société des dérivés du sucre (Soders), à Fès. « J’ai été frappé par l’absence de compétences dans l’inox. Il y avait une niche à développer. J’avais accumulé un savoir-faire industriel et des économies, et je connaissais le terrain. Je me suis dit que je pouvais réaliser mon rêve et voler de mes propres ailes. »

En octobre 1978, il s’installe à Casablanca. Les cinq premières années sont rudes. « Les banques marocaines ne m’ont pas prêté un seul dirham, elles n’ont pas reconnu mon expertise technique malgré mon parcours. Et aujourd’hui leur attitude n’a guère changé », s’indigne-t-il. Et de regretter le peu d’intérêt des autorités pour l’industrie lourde, au seul profit des secteurs à faible valeur ajoutée (textile, électronique…).

Présent jusqu’au Niger

Bon an mal an, pourtant, grâce à l’appui de ses anciens patrons et clients allemands, Mohamed Aitri remplit son carnet de commandes. « Dans mon métier, on fait des affaires en douceur, en montrant son expertise et en saisissant les opportunités », affirme-t-il. Prudent dans sa gestion et dans ses développements, il noue des partenariats de sous-traitance (pour réduire les risques financiers) avec de grandes sociétés internationales comme le canadien SNC-Lavalin ou le français Air Liquide.

Depuis 1993, Prominox part à l’international dans le sillage de ses donneurs d’ordres : « Nous avons désormais une capacité de production équivalant à 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et quand le marché marocain n’est pas suffisant pour atteindre cet objectif, nous n’hésitons pas à partir ailleurs, au Maghreb ou en Afrique de l’Ouest, pour chercher des contrats », indique son patron. Dernier marché à l’export : la mise en place, début février, d’une chaîne de production pour une laiterie au Niger (3 millions d’euros), une première dans ce pays.

Prévoyant, Mohamed Aitri a pensé depuis longtemps à sa succession : son fils unique, Tarik, 30 ans, diplômé d’un Bachelor en management de la prestigieuse Université de Columbia (New York), est dans l’entreprise depuis 2002. Il en prend progressivement les rênes, sous le regard vigilant de son fondateur.

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