Crash de la Yemenia : « Aucun proche n’a reçu d’indemnités aux Comores »

Rassemblement lors d'une commémoration en mémoire des victimes du crash de la Yemenia à Marseille en 2009. © Claude Paris / AP / Sipa

Dimanche 21 février, se déroulera le premier tour de l'élection présidentielle. Saïd Assoumani, président de l’Association des familles des victimes de la catastrophe aérienne de la Yemenia en 2009, a écrit une lettre en s'adressant directement aux candidats. Il y déplore le blocage des procédures d’indemnisation et souhaite sensibiliser les 25 concurrents à la situation douloureuse que vivent encore plusieurs familles de victimes.

Saïd Assoumani, président de l’Association des familles des victimes de la catastrophe aérienne de la Yemenia en 2009 (AFVCA), se bat pour que chaque proche des victimes puissent obtenir réparation pour les préjudices moraux et patrimoniaux subis. Fin juin 2009, l’avion de la Yemenia, parti de Sanaa au Yémen et rejoignant Moroni, capitale des Comores, s’abîmait en mer aux large des îles des Comores. L’Airbus A310 transportait de nombreux voyageurs français en correspondance.

La compagnie a été condamnée en France et aux Comores. Le tribunal de Moroni a ordonné, le 9 décembre 2014, à la compagnie aérienne Yemenia de verser aux ayants droit quelque 10 millions d’euros. À l’heure d’aujourd’hui, les réparations se font toujours attendre.

À la veille des élections présidentielles de l’Union des Comores du 21 février, Saïd Assoumani a décidé d’écrire une lettre aux 25 candidats. Son but : obtenir des engagements de leur part. « Un appel au secours », a-t-il expliqué à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Pourquoi avoir écrit cette lettre aux candidats ? 

Saïd Assoumani : Aux Comores, aucun proche des victimes n’a reçu d’indemnités, c’est scandaleux ! Aucun responsable politique n’est sensibilisé à ce dossier douloureux. Il y a un manque d’humanité total. Le drame c’est qu’on fait comme si de rien n’était, on continue à vivre. Cette lettre est un appel au secours adressé au futur président pour qu’il s’engage à trouver une solution. On a fait tout notre possible : on a vu l’ambassadeur de France, le ministre de la Justice des Comores, le président du tribunal de Moroni. Tout ce beau monde nous a fait la promesse de débloquer la situation. Pourtant, rien n’a été fait. Notre dernière solution, c’est les candidats.

Il y a un manque d’humanité total »

Avez-vous déjà obtenu des réponses des candidats aux Comores ?

Non. La lettre a été apportée en main propre aux candidats et a été également distribuée dans les meetings de ces derniers mais nous n’avons pas encore eu de retour direct. Pour eux, c’est un sujet gênant car ces candidats sont des personnalités qui étaient là avant, pendant et après l’accident et ils n’ont jamais jouer leur rôle dans cette sombre affaire. Ils ne porteront pas ce sujet sur la place publique si on ne les force pas. On espère que l’on fera bouger les choses.

 Combien de familles n’ont pas encore été indemnisées ?

Vingt familles de victimes à Moroni n’ont pas encore été indemnisées. Ça concerne à peu près 200 dossiers, 200 ayants droit qui demandent à avoir réparation. Cela fait quand même beaucoup de dossiers suspendus, sans que l’on sache pourquoi. Ces familles sont lésées et abandonnées par la justice comorienne. Les autres familles (en France) ont eu droit à une partie, ils ont eu deux tiers de la somme totale promise.

Où en est la procédure en France ? 

Ça avance, même si les familles et proches ont subi ce que j’appellerai « une maltraitance judiciaire ». Depuis le jugement de février 2015, qui était satisfaisant, la Yemenia doit encore verser 11 millions d’euros sur 33. On attend qu’ils versent ce qu’il reste. Je suis optimiste pour les familles en France. On sent que ça évolue, même si ça évolue très lentement.

Et aux Comores ? 

On demande que la lumière soit faite sur les causes de ce blocage et la paralysie de la justice comorienne. Cette lettre ouverte souligne aussi les problèmes du système judiciaire comorien. Les familles des victimes du crash subissent un déni de justice, ça fait plus d’un an. Les autorités comoriennes n’ont jamais pris les souffrances des familles en compte. 

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