RSE : un préalable à l’internationalisation des groupes africains ?

Vue du centre de santé de Tongon en Côte d'Ivoire le 22 avril 2013. © Olivier pour Jeune Afrique

S'ils veulent conquérir le continent et l'international, les groupes africains devront mettre davantage l'accent sur la Responsabilité sociale des entreprises (RSE), ont laissé entendre plusieurs dirigeants actifs sur le continent, lors d'une conférence organisée à Paris le 9 février.

La RSE – qui couvre aujourd’hui un certain nombre de normes internationales et de politiques internes aux entreprises – gagne du terrain en Afrique, dans le sillage des opérations africaines des multinationales.

Elle sont peu nombreuses à ne pas faire état d’un programme sanitaire, environnemental ou social qu’elles proposent, voire imposent, à leurs filiales sur le continent. Et plusieurs groupes africains s’y sont pleinement mis à leur tour.

De nombreuses initiatives dans ce  sont enregistrées notamment en Côte d’Ivoire, au Maroc, au Sénégal, au Cameroun, en Afrique du Sud et au Ghana.

Développement

Cette tendance pourrait s’accélérer encore sous le coup du développement continental et international des groupes africains. C’est ce qu’ont laissé entendre plusieurs dirigeants africains à l’occasion d’un colloque organisé à Paris le 9 février par Proparco, la filiale de l’Agence française de développement (AFD) spécialisée dans l’investissement privé.

« Nous commençons à développer la RSE telle qu’elle a été forgée en Occident », a indiqué à cette occasion Jean-Baptiste Satchivi, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin. Le Comptoir de distribution des produits alimentaires (CDPA), le groupe agroalimentaire béninois qu’il préside, est déjà labellisé par la norme ISO-9001 (management de la qualité). Il entend aller plus loin : il est désormais candidat à l’ISO-14001 (management environnemental) et, surtout, à l’ISO 26 000, la première norme internationale à définir les lignes directrices en matière de RSE.

Se mettre aux normes de RSE pour l’avenir de l’industrialisation africaine

« Lorsque nous avons bâti la cimenterie d’Obajana [au sud d’Abuja au Nigeria, inaugurée en 2006, Ndlr], il n’y avait rien aux alentours. Nous avons tout bâti, centrale électrique, routes, écoles ou cliniques. Cela ne s’appelait pas « CSR » [Corporate social responsability, RSE en anglais], mais cela en avait déjà les formes », a rappelé Zouera Youssoufou, directrice de la fondation du groupe industriel nigérian Dangote Industries, également présente au débat hébergé par l’AFD.

Aujourd’hui, le groupe nigérian est présent dans plusieurs pays africains et dans une plus grande variété de secteurs. Une évolution qui rend plus complexe la conduite d’une politique globale de RSE.

« Nous devons nous mettre aux normes pour nous mêmes et pour l’avenir de notre propre industrialisation. Si nous faisons notre entrée sur les bourses de Londres [une cotation qui a été évoquée à plusieurs reprises mais ne s’est pas encore réalisée, Ndlr] ou New York, nous devrons répondre à des normes internationales de RSE », a-t-elle.

« Tropicaliser » la RSE en Afrique

Après un MBA en finance à New York, et un passage chez l’américain CitiGroup, Zouera Youssoufou a occupé des fonctions de responsable pays au sein de la Banque mondiale (pour le Gabon, la Guinée et Sao Tomé-et-Principe), avant de prendre la direction de la fondation Dangote en janvier 2015.

Au moment même où celle-ci a commencé à voler de ses propres ailes après que le fondateur du conglomérat diversifié, Aliko Dangote, lui a fait une donation de 1,2 milliard de dollars. Alors que depuis sa création en 1994, elle était partie intégrante du groupe et le bras armé du géant industriel en matière de RSE.

« Charge désormais à chacune des business unit de conduire sa propre politique de RSE », a précisé Zouera Youssoufou.

De là à plaider pour un copier-coller des normes internationales aux entreprises africaines, il y a toutefois un pas.

« Le social est une réalité quotidienne d’un groupe africain, qui a préexisté à l’arrivée des normes de RSE internationales », a nuancé Jean-Baptiste Satchivi. Qui a appelé à « tropicaliser » ces normes, à « adapter leur process aux contextes africains ».

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