Savimbi dans « Call Of Duty » : quand les jeux vidéos maltraitent les personnages historiques

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

La représentation de Jonas Savimbi, dans le jeu vidéo « Call of duty », mérite-t-elle une condamnation ? La liste des personnalités maltraitées par les créateurs américains est longue, que ce soit dans les jeux vidéos ou à la télé, voire au cinéma…

La réalité dépasse-t-elle la fiction ou la fiction tord-elle le cou de la réalité ? Les créateurs américains ne s’embarrassent pas toujours de nuances historiques, surtout quand les personnalités qu’ils empruntent leur semblent appartenir à l’axe du Mal. Qu’une production revendique le statut de biopic romancé et l’on peut admettre qu’un point de vue éditorialo-artistique soit jeté sur un « dernier roi d’Ecosse » censément peu fréquentable. Mais que dire, lorsqu’il ne s’agit que d’alimenter une galerie de méchants dans un jeu vidéo ?…

Le jeu « Call of duty » n’est pas réputé pour sa finesse mais c’est là, pour les enfants de Jonas Savimbi, son moindre défaut. L’ex-chef rebelle angolais apparaît dans « Black Ops II », l’épisode de la licence américaine consacré au conflit angolais et à l’immixtion de la CIA, en Afrique, durant la Guerre froide.

Gros bêtasson qui veut tuer tout le monde »

Si le réalisme d’un jeu devait être jugé à l’aune du graphisme, celui-ci serait d’une perfection époustouflante. Barbe, béret et fusil-mitrailleur le leader de l’Union nationale pour l’Indépendance totale de l’Angola (UNITA) y apparaît plus vrai que nature. Mais c’est pour des imprécisions éditoriales que trois descendants de Savimbi ont porté plainte contre la filiale française de l’éditeur du jeu, auprès du tribunal de Nanterre. Selon leur avocate, le « Galo Negro » (coq noir) ne serait pas la « brute barbare » et le « gros bêtasson qui veut tuer tout le monde » présentée sur les consoles…

Un autre jeu, « Osama Gotchi », a le mérite du second degré. Présenté comme un « jeux de défoulement » qui consiste à « garder Osama Bin Laden en vie » avant de le « battre, couper ou brûler tel un poulpe croustillant », il ne devrait pas voir défiler les soutiens du fondateur d’Al-Qaïda sur les marches du palais.

L’emprunt de personnalités du monde politique ne se pratique pas que dans le monde obscur des geeks. En 2014, dans le long-métrage satirique The Interview, deux animateurs de talk-show américain se voient proposer d’assassiner Kim Jong-un, à l’occasion d’un entretien soi-disant télévisé. Avant même la sortie officielle du film, en même temps qu’une cyberattaque chez le propriétaire du studio Columbia, le porte-parole du dirigeant nord-coréen demande à l’ONU de sévir contre les comédiens principaux de ce « film minable », James Franco et Seth Rogen. Il conseille la fuite aux gens dont la maison se situe à proximité des lieux de projection…

Le graphiste de « Call of duty » devrait taguer « Ceci n’est pas un barbare »

Pire encore sont les libertés historiques de la création, lorsque celle-ci ne se vêt pas des atours de la légèreté ludique ou de l’impertinence satirique. Ni joueuse ni comique, la sérié télévisée Homeland, dans sa cinquième saison, fait du Hezbollah un personnage à part entière. Déjà, les critiques fusent sur les approximations géopolitiques du feuilleton d’espionnage. La série n’a-t-elle pas embauché assez de conseillers ?

Pas assez de conseillers arabophones, en tout cas. Sur le tournage du second épisode de la nouvelle saison, censé se dérouler au Liban, dans un camp de réfugiés, les tagueurs Heba Amin, Caram Kapp et Don Karl ont glissé dans le décor des messages qui n’ont rien de subliminaux. En arrière-plan, sur des graffitis, on peut lire « Homeland est raciste ». A l’instar du peintre Magritte qui sous-titrait son dessin de pipe « Ceci n’est pas une pipe », le graphiste de « Call of duty » devrait taguer « Ceci n’est pas un barbare ».

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