Maroc : nouvelle vague d’ambassadeurs pour améliorer l’image du royaume

Le roi du Maroc, Mohammed VI. © Christophe Ena/AP/SIPA

Le Maroc vient de nommer de nouveaux ambassadeurs issus du monde des droits de l'homme, qui auront pour mission de réduire l'hostilité à la marocanité du Sahara et de convaincre la communauté internationale du bien-fondé des réformes entreprises par le palais.

Le dernier mouvement de la diplomatie marocaine ouvre une nouvelle page de l’histoire politique du royaume. Annoncé le 6 février, lors d’un important conseil des ministres présidé par Mohammed VI à Laâyoune, le changement affectera presque les deux tiers des postes d’ambassadeurs du Maroc à l’étranger avec le choix d’un certain nombre d’activistes des droits de l’homme qui auront pour mission d’aller défendre les intérêts du royaume dans des pays pas vraiment acquis à la cause de la marocanité du Sahara.

Même si cette longue liste d’ambassadeurs n’a pas encore été rendue publique, car elle est dans l’attente de sa réception officielle par le roi (qui aura lieu dans les prochains jours), certains noms circulent avec insistance. Parmi eux, celui de Ahmed Réda Chami, ancien ministre socialiste du Commerce, qui a annoncé quelques heures seulement après le conseil des ministres sa nomination à la représentation permanente du Maroc à Bruxelles, où il devra contrer le lobbying agressif du Polisario, responsable notamment de l’annulation de l’accord agricole entre le royaume et l’Union Européenne.

Anciens prisonniers sous Hassan II

Dans cette fournée d’ambassadeurs d’un nouveau genre, on retrouve Khadija Rouissi, membre fondatrice du Parti authenticité et modernité (PAM) et surtout grande figure des droits de l’homme, qui partirait à Copenhague ; Amina Bouaâyache, ancienne présidente de l’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH), qui irait à Stockholm ; Abdelkader Chaoui, qui quitterait son poste d’ambassadeur au Chili pour aller à Pretoria ; et enfin Abdeslam Aboudrar, président de l’Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC), qui remplacerait Lalla Joumala à Londres. Celle-ci irait à Washington consolider une relation maroco-américaine beaucoup plus détendue que par le passé.

S’il y a bien des points communs entre tous ces profils, c’est qu’ils sont de gauche. La plupart d’entre eux ont été prisonniers dans les geôles de Hassan II avant de faire le choix de soutenir les réformes de son fils Mohammed VI. Et, surtout, tous maîtrisent la communication politique en matière de droits de l’homme. Dans les pays où ils ont été affectés, ils seront donc les meilleurs interlocuteurs possibles pour des gouvernements de gauche acquis à la thèse du droit des peuples à l’autodétermination, et de toutes les ONG qui servent de relais idéologique au Polisario.

Le MAE, une force opérationnelle

En les nommant comme ambassadeurs, le palais veut remédier à ses propres manquements en politique étrangère qui ont écorné son image ces dernières mois (crises avec la Suède, l’Union Européenne…). Il a compris que le métier d’ambassadeur n’est plus obligatoirement confié à des fonctionnaires qui y accèdent par le mérite et l’ancienneté, mais une mission demandant des personnes expérimentées politiquement et surtout pugnaces dans leur discours afin de convaincre la communauté internationale des avancées du Maroc en matière de droits de l’homme.

Au niveau central, pour chapeauter cette nouvelle stratégie, le ministère des Affaires étrangères marocain est devenue une « force opérationnelle », avec la nomination, le 6 février, de Nasser Bourita, ancien secrétaire général du même ministère, au poste de ministre délégué. Il agira aux côtés de M’barka Bouaida, qui est aussi ministre déléguée, et de son ministre en chef, Salahedine Mezouar.

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