Le dernier show de Robert Mugabe devant l’Union africaine

Par - envoyé spécial à Addis-Abeba

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, 91 ans, à Harare le 23 janvier 2016. © AP Photo/Tsvangirayi Mukwazhi

Son discours était prévu pour durer 10 minutes. Finalement, il a parlé près d'une heure. Pour sa dernière intervention en tant que président de l'Union africaine (UA) le 30 janvier, le Zimbabwéen Robert Mugabe s'est lancé dans une longue diatribe anti-occidentale entrecoupée d'ovations. Barack Obama, les Nations unies, les Européens... Tout le monde en a pris pour son grade. Extraits.

Sur Barack Obama :

« Aujourd’hui, nous sommes libres. Mais nos ancêtres ne l’étaient pas. On a envoyé des Noirs de l’autre côté de l’atlantique. […] Maintenant, il y a Obama, c’est vrai. Mais qui est-il ? Une voix à qui l’on fait parler leur langage. Qui fait ce qu’ils veulent faire. »

Sur les ONG :

« [Les Occidentaux] sont partout en Afrique. S’ils ne le sont pas directement, c’est par l’intermédiaire d’ONG, d’espions, des imposteurs qui prétendent venir ici pour nous aider. Mais quelle aide nous apportent-ils ? »

Sur les Nations unies :

« Les patrons, au Conseil de sécurité disent : « Vous n’aurez jamais le même pouvoir que nous, les membres permanents. » Nous avons demandé, demandé et demandé : réformez le Conseil de sécurité. M. Ban Ki-moon, vous êtes un homme bon. Mais nous ne pouvons pas faire de vous notre combattant. […] Si les Nation unies doivent survivre, nous devons en être des membres égaux. […] M. Ban Ki-moon, leur avez-vous déjà dit que nous sommes aussi des êtres humains ? »

Sur les Occidentaux

« Laissez-moi dire un mot de mon mépris du sommet sur les migrations de La Vallette avec nos amis européens. J’ai trébuché sur cette expression, mais j’ai finalement réussi à la prononcer… « Nos amis européens ». À la dernière minute, nous avons appris que seuls certains d’entre nous seraient invités. Bien que nous soyons affectés différemment par les migrations, nous devons avoir une approche collective. »

« Le siège des Nations unies [à New-York] est mal placé. Il y a 1,2 milliard de personnes en Inde, 1,3 milliard en Chine, un milliard en Afrique. Mettez les visages blancs avec des grands nez en comparaison… Un pour un… Et ces gens osent encore parler de changement de régime ? Mugabe devrait partir ? Dites leur de fermer leurs bouches. »

Sur son avenir :

« Je réaffirme ma confiance au nouveau président, le chef de l’État tchadien. Je serai là si vous avez besoin de moi. Je le resterai jusqu’à ce que Dieu me rappelle. Jusqu’à ce jour vienne, j’aurai du punch. »