Comores : le handicap de son colistier vaut à Hachim Saïd Hassane l’invalidation de sa candidature

Hachim Saïd Hassane et son colistier. © DR

La Cour constitutionnelle des Comores a invalidé la candidature d'Hachim Saïd Hassane à l'élection présidentielle car son colistier ne possède pas de carte d'électeur biométrique. Ce dernier, handicapé, se déplace à l'aide de ses mains et ses empreintes digitales sont donc élimées.

La décision prise en décembre par la Cour constitutionnelle des Comores, d’invalider la candidature d’Hachim Saïd Hassane à l’élection présidentielle qui démarre le 21 février, pourrait prendre des proportions que n’avaient pas soupçonnés les sages. Ces derniers ont en effet recalé le président de la Fondation des Comores : « parce que [son] colistier pour la vice-présidence n’a pas de carte d’électeur biométrique. C’est une mascarade », s’emporte Hachim Saïd Hassane. Pour le moins, une terrible maladresse.

Pas d’empreintes digitales

Saïd Mchaoicha n’a pu obtenir le document, car, handicapé physique, il utilise ses mains pour marcher et a donc élimer ses empreintes digitales. Ce qui ne l’a pas empêché de réussir socialement, puisque ce menuisier de formation est, à 58 ans, à la tête d’une PME sur la Grande-Comore et jouit d’une popularité certaine dans l’île. Sur laquelle comptait bien surfer Hachim Saïd Hassane pour se retrouver parmi les trois heureux élus désignés lors des primaires pour en découdre au second tour organisé le 10 avril.

Depuis deux ans qu’il se préparait à ce scrutin, jamais il n’aurait imaginé une telle issue et crie depuis au scandale. Il en est sûr. À travers son colistier, c’est lui qui est visé. Son invalidation n’a pas fait autant de bruit aux Comores que celle de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi, mais il fait tout son possible ces dernières semaines pour lui donner une plus grande résonance sur la scène internationale. Et il peut compter pour cela sur son nom.

Carte de visite et carnet d’adresses

Hachim Saïd Hassane est en effet, à 45 ans, l’héritier d’une longue lignée de responsables politiques comoriens. L’un de ses aïeul, Sultan Ahmed Mugni Mku est considéré comme l’un des père-fondateur de la nation comorienne deux siècles plus tôt. Son père Sultan Saïd Hassane Saïd Hachim, a été député en France sous la colonisation, puis ancien gouverneur de Grande-Comores, avant de devenir ministre des Affaires étrangères au début des années 90 et ambassadeur en France ensuite.

En plus de la carte de visite, Saïd Hassane dispose aussi du carnet d’adresses qui va avec. Comme l’a montré la lettre d’invitation personnelle qu’il a reçu de l’Elysée pour assister à la cérémonie officielle donnée le 27 novembre en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre aux Invalides. Ami de Claude Guéant, soutien d’Alain Juppé, proche, comme son père, de Jacques Chirac, cet ancien conseiller de Jacques Peyrat lorsque celui-ci était maire de Nice, sait utiliser ses appuis pour frapper aux bonnes portes.

Alerter la communauté internationale

En quelques jours, voyageant entre Paris, Genève et Bruxelles, il vient de saisir le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, la Commission internationale des juristes, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et Handicap International. Il dit également être en contact avec le Quai d’Orsay en France ainsi qu’avec la Commission européenne des Droits de l’homme à Bruxelles, « pour alerter la France et l’Union européenne, car elles financent l’actuel processus électoral aux Comores », explique Hachim Saïd Hassane.

À quelques semaines du scrutin, il est trop tard pour inverser la décision de la Cour constitutionnelle et le candidat originaire de la Grande-Comores risque de devoir patienter une quinzaine d’années avant de pouvoir se représenter dans le cadre de l’actuelle constitution qui prévoit une présidence tournante entre les trois îles.