Athlétisme – Sénégal : Papa Massata Diack ne sera pas extradé vers la France

L'immeuble de l'IAAF à Monaco. © AP/SIPA

Recherché par Interpol, le Sénégalais Papa Massata Diack, soupçonné de corruption dans le scandale touchant la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), ne sera pas extradé, vers la France. Le Premier ministre sénégalais a assuré que son pays « ne livr[ait] pas ses enfants ».

Mahammed Boun Abdallah Dionne, le Premier ministre sénégalais, a été clair, jeudi 21 janvier, devant l’Assemblée nationale : « Le Sénégal ne livre pas ses enfants ». Et Papa Massata Diack, fils de l’ancien président de l’IAAF Lamine Diack, soupçonné de corruption passive et active, de tentative d’extorsion de fonds et de blanchiment aggravé, dans le scandale touchant le monde de l’athlétisme, ne sera donc pas livré à la justice française.

« Nous n’allons jamais extrader un fils. Nous avons une convention judiciaire avec la France qui va jouer et le droit sera dit », a insisté Mahammed Boun Abdallah Dionne. La justice française pourrait notamment émettre une commission rogatoire internationale, chargeant alors une autorité judiciaire sénégalaise d’entendre Papa Massata Diack au Sénégal.

Le Sénégalais a été placé par Interpol, à la demande de la France,  sur la liste des personnes les plus recherchées. Il est visé, entre autres personnes, par l’enquête du juge français Renaud Van Ruymbeke au sujet de son père, Lamine Diack, mis en examen pour  « corruption passive » et « blanchiment aggravé ». Le magistrat cherche à l’interroger avant, potentiellement, de lui signifier une mise en examen.

Que lui reproche-t-on ?

Papa Massate Diack, est notamment soupçonné d’avoir monté, avec l’aide de son frère Khalil et de Habib Cissé, conseiller juridique de Lamine Diack, un dangereux jeu de chantage entre la Fédération et des athlètes russes, les patrons monnayant leur silence et promettant de couvrir auprès de l’IAAF les anomalies sur des passeports biologiques

En outre, selon des experts, le circuit financier de ce système de chantage serait passé par Singapour, où une entreprise baptisée Black Tidings servait de société-écran. Cette compagnie appartiendrait à un associé de Papa Massata Diack.

Je n’ai jamais participé à un financement des opposants.

Papa Massata Diack s’est dit prêt à répondre à la justice, mais au Sénégal, «Je suis citoyen sénégalais, mais pas citoyen français », a-t-il déclaré à la radio Futurs médias, évoquant la possibilité d’être entendu comme témoin au Sénégal, grâce à une commission rogatoire.

« Je suis tout à fait serein. Je n’ai jamais participé à un financement des opposants [à Abdoulaye Wade, NDLR]. Je n’ai reçu aucun argent des mains de Valentin Balakhnikev », s’est-il encore défendu.

Que fait-il des déclarations de son père ?

S’il se dit « serein », Papa Massata Diack n’en entre pas moins en contradiction avec les aveux de son propre père, qui a reconnu, selon les procès-verbaux d’audition, l’existence d’un système de corruption autour des athlètes russes et de l’IAAF.

Dans ses aveux aux enquêteurs français de l’Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales, Lamine Diack expliquait en effet comment il avait reçu de l’argent de la part de la fédération russe à des fins politiques. « Il fallait à cette période [lors des élections législatives et présidentielle de 2012, NDLR] gagner la « bataille de Dakar », c’est-à-dire renverser le pouvoir en place », avait-il ainsi déclaré.

« J’avais donc besoin de financements pour louer les véhicules, des salles de meetings, pour fabriquer des tracts dans tous les villages et tous les quartiers de la ville [et] c’est (Valentin) Balakhnichev qui a organisé tout ça », détaillait-il encore.

Papa Massata Diack affirme que les déclarations de son père, âgé de 82 ans, sont dues au « poids de l’âge ».

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