Six questions pour comprendre la présidentielle aux Comores

Le président sortant des Comores, Ikililou Dhoinine, lors du sommet Inde Afrique à New Delhi en octobre 2015. © Saurabh Das/AP/SIPA

À un mois jour pour jour de la présidentielle du 21 février, la campagne officielle a débuté aux Comores ce jeudi.

L’année 2016 s’annonce décisive pour l’Union des Comores. Après avoir fêté ses quarante ans d’indépendance l’an dernier, le pays s’apprête dans les prochains mois à élire le septième président de son histoire mouvementée, marquée par près d’une vingtaine de tentatives de coups d’État entre 1975 et 2009, date de la dernière crise séparatiste de l’île d’Anjouan.

Vingt-cinq candidats sur les 28 postulants ont été retenus fin décembre par la Cour constitutionnelle pour participer à la prochaine élection présidentielle, dont la campagne démarre officiellement le 21 janvier. En jeu, la succession d’Ikililou Dhoinine, chef de l’État depuis 2011 et dans l’impossibilité constitutionnelle de se représenter. Gros plans sur les principaux thèmes abordés lors de ce scrutin au mode d’emploi aussi singulier que complexe.

1/Comment fonctionne le scrutin ?

Depuis 2001 et la mise en place de la fédération comorienne, suite aux tentatives séparatistes d’Anjouan et de Mohéli, la constitution prévoit une présidence tournante entre les trois îles membres de l’Union. Après l’élection du Grand-Comorien Azali Assoumani en 2002, de l’Anjouanais Ahmed Abdallah Sambi en 2006, puis celle du Mohéliens Dhoinine cinq ans plus tard, c’est au tour d’un ressortissant de la Grande-Comore d’occuper le palais de Beit Salam, installé à Moroni, la capitale. Le premier tour, attendu le 21 février, ne concernera donc que le corps électoral de la principale île de l’archipel qui désignera les trois candidats autorisés à participer au second tour, organisé le 10 avril, cette fois sur l’ensemble du territoire. Parallèlement au président de la République, seront également élus les gouverneurs des trois îles. Tous les candidats sont donc originaires de la principale île de l’archipel, où vit plus de la moitié de la population.

L’ancien président Sambi a bien tenté ces derniers mois de jouer sur le flou constitutionnel de l’article 13 qui, selon lui, n’expliciterait pas clairement que le président de l’Union doit être originaire de l’île à laquelle revient la fonction, avant d’être rappelé à l’ordre par les sages de la Cour constitutionnel qui ont invalidé sa candidature.

Déjà accusé depuis quelques semaines aux Comores comme à l’étranger « de mettre en péril la stabilité du pays », l’ex-chef d’État a renoncé à faire appel de la décision. Il a préféré adouber Fahmi Saïd Ibrahim, son ancien ministre des Relations extérieures, aujourd’hui leader du Parti de l’entente comorienne (PEC) dont les colistiers sont tous membres du parti Juwa de Sambi.

2/Qui sont les favoris ?

Fort de ce soutien, Fahmi Saïd Ibrahim apparaît comme l’un des favoris des primaires de la Grande-Comore, en compagnie du candidat de la Convention pour le renouveau des Comores (CRC), Azali Assoumani, auteur du coup d’État de 1999 et devenu le premier président de l’Union des Comores trois ans plus tard, après avoir géré la transition démocratique du pays.

Ils devancent dans les derniers sondages réalisés sur place, les deux principaux candidats proches du président. À commencer par Mohamed Ali Soihili, alias Mamadou, vice-président de l’Union, en charge de l’économie, des finances, du budget et du commerce extérieur, et candidat officiel de l’Union pour le développement des Comores (UPDC), le parti de l’actuelle majorité présidentielle.

L’inamovible ministre des finances et homme de confiance du président Ikililou, semble plomber par la situation économique catastrophique du pays ainsi que pour les nombreuses rumeurs de corruption et de scandales qui entachent son nom. Pendant que l’actuel gouverneur de Grande-Comores et ami de longue date du chef de l’État, Mouigni Baraka Saïd Soilihi, n’arrive pour l’instant pas à rassembler sur sa candidature.

3/Qui sont les autres candidats de premier plan ?

D’autres responsables politiques et personnalités de premier plan se sont également lancés dans la course, du maire de Moroni, le très actif Mohamed Daoud, à Hamidou Bourhane, président de l’Assemblée nationale jusqu’en janvier 2015, en passant par l’ancien chef d’état-major, le général Mohamed Amiri Salimou ou l’avocat et principal opposant d’Azali, Saïd Larifou. Sans oublier, la candidature, non retenue, du journaliste mahorais Hakim Ali Saïd.

4/La question mahoraise

Comme à chaque échéance électorale, la question de Mayotte, la quatrième île de l’archipel, restée au lendemain de l’indépendance dans le giron de la France,  promet de s’imposer dans la campagne. Si le problème semble être définitivement réglé du côté français depuis la départementalisation de l’île en 2011, les autorités de Moroni revendiquent toujours la souveraineté de l’île. Comme l’a rappelé le boycott des athlètes comoriens en août dernier, aux derniers Jeux des Iles de l’océan Indien, pour protester contre la décision de la délégation mahoraise de défiler derrière la bannière tricolore avec leurs hôtes réunionnais.

Difficile pour les Comoriens de résister à l’attraction qu’exerce le 101ème département français, perçu comme un îlot de prospérité dans la sous-région, avec un PIB par habitant presque dix fois supérieur à celui de l’archipel. Chaque année, plusieurs milliers de Comoriens tentent de pénétrer clandestinement sur l’île. Au prix d’une véritable tragédie humanitaires puisque pas moins de 12 000 personnes auraient péri en 20 ans lors de la traversée du canal du Mozambique, selon les estimations de l’ONU. Plus de 70 000 sans-papiers comoriens vivraient actuellement sur Mayotte, soit un tiers de sa population.

5/Quelle place pour l’économie dans les débats ?

Malgré un taux de croissance de 3 % en moyenne depuis 2011, l’économie comorienne ne décolle pas. Quelques routes ont bien été réalisées ces dernières années, mais les infrastructures restent, en général, en piteux état et la crise énergétique que connaît le pays depuis près d’une décennie n’en finit pas. Qu’il s’agisse de restructurer l’État et son administration pléthorique pour assainir les dépenses publiques ou de lancer la nécessaire diversification créatrice de richesse et d’emplois dans un pays où un habitant sur deux est au chômage, les différents candidats ont donc fait de la relance économique la priorité de leurs programmes, avec la lutte contre la corruption, endémique sur l’archipel.

6/Quid de la diaspora ?

Dans ce contexte socialement délicat, le vote de la diaspora comorienne, pour la première fois dans l’histoire du pays, était très attendue. Estimée à près de 300 000 personnes, rien qu’en France, elle contribue chaque année à près de 20 % du PIB. Annoncée par la présidence mi-2015, sa participation aux prochains scrutins a été annulée. Officiellement pour « des raisons techniques » selon la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Plus de 120 000 Comoriens établis en France auraient pu voter et se joindre aux 280 000 électeurs recensés sur les trois îles lors des législatives de février 2015.