Années noires, guerre de libération : quand l’Algérie revisite son passé à coup de polémiques

La sénatrice algérienne Zohra Drif Bitat à Alger, le 24 janvier 2007. © AP / SIPA

Les deux anciens combattants Zohra Drif Bitat et Yacef Saâdi sont accusés d'avoir dénoncé certains de leurs camarades à l'armée française en 1957, en pleine guerre de libération. Une polémique de plus touchant au passé douloureux de l'Algérie.

Des documents confidentiels présentés comme émanant de l’armée française ont été publiés le 17 janvier par le quotidien arabophone En-Nahar. Ils laissent penser que Yacef Saâdi et Zohra Drif Bitat, deux anciens membres du FLN, auraient trahi l’Algérie pendant la guerre d’indépendance en dénonçant, lors d’un interrogatoire subi après leur arrestation par l’armée française, certains de leurs camarades de lutte. 

Ces documents, datés du 8 octobre 1957, sont intitulés : « Les confessions de Yacef Saâdi et Zohra Drif ». Ils listent une quarantaine de militants du FLN dont les noms auraient été donnés par les deux moudjahidines lors de leur arrestation. L’accusation est très grave.

La colère de Zohra Drif Bitat

« Je ne réagirai pas à ces calomnies. Les historiens se chargeront de leur répondre ». Interrogée par Jeune AfriqueZohra Drif Bitat, ancienne sénatrice et ex-vice-présidente du Conseil de la nation, ne veut pas alimenter la polémique sur son passé de moudjahida (combattante). Mais sa colère finit par éclater :  « Je condamne fermement ces basses manœuvres qui visent à porter atteinte à ma lutte pour la libération de l’Algérie. J’attends qu’on me sorte un document reprenant réellement une déclaration de moi et où je balance comme ils disent les noms de mes camarades ».

Coïncidence troublante

De fait, la coïncidence entre ces « révélations » et les dernières prises de position politique de Zohra Drif Bitat est troublante. Depuis sa participation, le 2 novembre, à l’appel des 19-4, une lettre signée par 19 personnalités (dont 4 se sont depuis désistés) demandant audience à Abdelaziz Bouteflika pour vérifier sa capacité à gouverner, cette ancienne proche du président semble être tombée en disgrâce. « Je constate effectivement être la cible d’actions de représailles », concède-t-elle à Jeune Afrique. Qui est derrière ? « Je ne connais pas l’origine de ces documents publiés par le journal En-Nahar. Personne ne se déclare dans ce genre de coups bas. Preuve que notre lettre collective a dérangé », déclare-t-elle.

Les langues des anciens responsables politiques et sécuritaires des années 90 se sont déliées

Le 10 janvier, Zohra Drif Bitat et le même Yacef Saâdi ont été écartés du Sénat à l’occasion du renouvellement du tiers présidentiel. Même si l’ancienne combattante assure « qu’on ne peut pas être sénateur à vie », elle relève néanmoins que sa non-reconduction au Sénat est intervenue après qu’elle a également appelé à faire barrage au projet de projet de loi de Finances 2016, qui abandonne, selon elle, la politique sociale de l’État.

Polémiques sur les années noires

Reste que la polémique sur cette « trahison » supposée s’ajoute à une longue liste de déballages médiatico-politiques qui agitent l’Algérie depuis plusieurs semaines. Les langues des anciens responsables politiques et sécuritaires des années 90 se sont déliées. L’ancien ministre de la défense nationale Khaled Nezzar, le général-major à la retraite Mohamed Betchine sans oublier Abbassi Madani, l’ancien leader du Front islamique du salut (FIS, dissous) qui est sorti de son silence… Non sans arrières-pensées, tous ont provoqué des polémiques en relatant leur version personnelle d’événements particulièrement sensibles de cette période tragique, semant un peu plus le trouble dans l’esprit des Algériens au sujet de leur histoire. 

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici