Burundi : les ambassadeurs du Conseil de sécurité de l’ONU à Bujumbura

Par Jeune Afrique avec AFP

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power. © Julio Cortez/AP/SIPA

Les ambassadeurs du Conseil de sécurité de l'ONU ont décollé mercredi pour le Burundi. Ils vont tenter de persuader le gouvernement d'ouvrir un dialogue avec l'opposition et d'accepter le déploiement d'une force de l'Union africaine.

Quelle est l’objectif de cette mission ?

C’est la deuxième visite des 15 ambassadeurs en moins d’un an, organisée conjointement par les États-Unis, la France et l’Angola, et préparée pendant des semaines. Celle-ci espère, lors d’une rencontre vendredi 22 janvier, persuader le chef de l’État, Pierre Nkurunziza, d’accepter la proposition de l’Union africaine (UA) de déployer une force de 5 000 hommes, afin d’endiguer des violences qui ont déjà fait plus de 400 morts et contraint à l’exil plus de 200 000 personnes, selon l’ONU.

Toutefois, le gouvernement burundais n’a pas caché qu’il n’accueillerait pas ses visiteurs à bras ouverts et le pouvoir a récemment qualifié les hypothétiques troupes de l’UA de « force d’invasion et d’occupation ». Le Conseil « a la possibilité de mettre tout son poids derrière ce que l’UA a déjà proposé », a toutefois expliqué Samantha Power, l’ambassadrice américaine, membre de cette mission.

Les ambassadeurs vont également rencontrer jeudi 21 janvier des dirigeants de l’opposition et de la société civile afin de plaider pour un dialogue politique faisant cesser la violence et de préservant les accords d’Arusha qui ont mis fin à la guerre civile. Pour l’instant, le camp présidentiel s’y refuse, privilégiant le dialogue interne lancé mardi et non reconnu par l’opposition.

Quelle est la marge de manœuvre de l’ONU ?

Le Conseil de sécurité avait adopté à l’unanimité en novembre une résolution condamnant la violence au Burundi et appelant l’ONU à renforcer sa présence dans le pays. Toutefois, plusieurs pays, notamment la Russie, la Chine, l’Égypte, l’Angola et le Venezuela, rechignent à exercer de plus fortes pressions, rendant l’action onusienne plus ardue.

« C’est aux Burundais eux-mêmes » d’organiser un dialogue et le Conseil ne poussera pas le gouvernement à partager le pouvoir, a ainsi affirmé le représentant permanent adjoint russe Peter Iliichev.

« Nous avons raison d’être inquiets », a quant à elle déclaré l’ambassadrice américaine Samantha Power à la veille de ce voyage. « Chaque jour, on entend parler d’attaques à la grenade ou de cadavres trouvés dans la rue au petit matin [et] l’histoire montre qu’une étincelle peut mettre le feu et [que] les choses peuvent alors empirer très très vite », a-t-elle ajouté.

Quelles seraient les modalités de la force de l’UA ?

Les ambassadeurs du Conseil de sécurité rencontreront les responsables de l’UA lors d’une escale à Addis-Abeba samedi 23 janvier. Selon des diplomates, le déploiement se ferait en plusieurs étapes. Les premiers à se déployer seraient des observateurs militaires. Une manière, dans un premier temps, d’éviter l’envoi de troupes « combattantes » proprement dite, dans le cadre d’une mission de maintien de la paix, que Bujumbura a catégoriquement refusées.

« L’envoi d’une mission de paix ne se justifie que quand il y a deux forces belligérantes qui s’accordent sur une force d’interposition. (…) Ce n’est pas le cas ici, car nous faisons face à un problème de sécurité. Ce n’est pas une question politique, car celle-ci a été réglée par les élections », a ainsi déclaré Pierre Nkurunziza. « Les contours précis de cette force peuvent être discutés », a indiqué Samantha Power.

Des observateurs pourraient également se positionner à la frontière avec le Rwanda, afin d’empêcher une escalade entre les deux pays. Bujumbura a en effet souvent accusé le Rwanda de soutenir des groupes armés d’opposition.

Des diplomates à l’ONU craignent en outre que, si la crise échappe à tout contrôle, le Rwanda, marqué par le génocide de 1994, ne soit tenté d’intervenir, au risque de déclencher un conflit régional. Pour l’ambassadeur français François Delattre, qui avait conduit une première délégation du Conseil au Burundi en mars 2015, il faut avant tout « éviter que le génie des violences ethniques ne sorte de sa bouteille ».

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