Guinée-Bissau : la crise au sein du PAIGC s’éternise à l’Assemblée

Le siège du PAIGC dans la capitale Bissau, le 5 mars 2014, avant l'élection présidentielle. © Sylvain CHERKAOUI pour Jeune Afrique

La séance parlementaire a tourné court lundi en Guinée-Bissau, alors que les députés essayaient une nouvelle fois de voter la confiance au nouveau Premier ministre Carlos Correia.

Insultes et quolibets ont fusé lundi 18 janvier dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale populaire, où l’ambiance était tendue depuis de longues semaines, sur fond de crise au sein du parti présidentiel, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC).

En cause, la fronde de 15 députés PAIGC, parti également majoritaire à l’Assemblée. La crise avait explosé au grand jour le 23 décembre, quand ces 15 parlementaires avaient refusé de soutenir la déclaration de politique générale du Premier ministre Carlos Correia, rejetant ainsi la motion de confiance sollicitée par celui qui est également vice-président du PAIGC.

« C’était très très chaud »

L’ex-parti unique avait alors sévi. Les frondeurs ont été exclus la semaine dernière, et le PAIGC a demandé que ces derniers soient remplacés à l’Assemblée par leurs suppléants pour le vote du 18 janvier. Le Premier ministre, sur la sellette, devait faire adopter sa feuille de route lundi, sous peine de voir le gouvernement démissionner en cas de second échec.

Mais face au cafouillage et à l’ambiance très tendue, le président de l’Assemblée nationale populaire a décidé d’interrompre la séance. « C’était très, très chaud », confirme un ministre qui ne souhaite pas être cité.

Une motion de censure déposée

L’affaire ne s’est pas arrêtée là. Une fois le président de l’Assemblée nationale parti, les frondeurs du PAIGC et des parlementaires du Parti de la rénovation sociale (PRS) – deuxième force politique – ont poursuivi la séance.

« Les députés présents ont voté une motion de censure contre le gouvernement et ont rejeté la confiance sollicitée par le Premier ministre », explique le porte-parole du PRS, Victor Pereira. « La motion a été déposée », poursuit le porte-parole, qui assure que la procédure a été menée dans les règles de l’Assemblée, malgré l’absence de son président.

Vers une nouvelle crise politique ?

Reste que l’action des députés du PAIGC n’est pas reconnue par leur parti, affirme une source gouvernementale. « Ces 15 députés ont perdu leurs mandats, ils ne peuvent pas mener de telles actions », poursuit-il, ajoutant que Carlos Correia est « serein » et toujours en poste.

Il n’empêche : le Premier ministre reste sur la sellette tant que son programme n’a pas été validé par l’Assemblée, dont la prochaine session n’a pas été fixée. Alors que la confusion règne à Bissau sur les suites politiques de cette affaire, la crainte d’une nouvelle crise se fait sentir dans le pays, où l’armée est toujours susceptible de se faire entendre, d’une manière ou d’une autre.