Burkina : retour heure par heure sur l’attentat qui a ébranlé Ouagadougou

Par - envoyé spécial

Un policier patrouille vendredi soir juste après l'attaque du Cappuccino. © AP / Sipa

Deux jours après l'attaque d'un commando d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) contre un restaurant et un hôtel du centre de la capitale burkinabè, le scénario de cet attentat inédit et meurtrier se précise. 

Plusieurs zones d’ombre restent à éclaircir. Mais plus de 48 heures après l’attaque qui a coûté la vie à 29 personnes à Ouagadougou, le voile se lève peu à peu sur le déroulement de ce premier attentat jihadiste dans la capitale burkinabè. Vendredi soir, vers 19h30 (heure locale), alors que les Ouagalais sont de sortie en cette fin de semaine, au moins trois hommes armés de kalachnikovs font irruption sur l’avenue Kwame N’Krumah, une des artères les plus fréquentées du centre-ville.

19h30 : les assaillants ouvrent le feu sur la terrasse du Cappuccino

Aux cris d’« Allah Akbar », ils commencent par ouvrir le feu sur la terrasse bondée du Cappuccino, un bar-restaurant fréquenté par la classe moyenne burkinabè et les expatriés. « Ils ont ‘rafalé’ sur tout le monde, sans distinction », raconte Martin, un jeune homme qui a été blessé dans la fusillade. Les assaillants – des Arabes et des Noirs d’une vingtaine d’années, selon les témoins – pénètrent ensuite à l’intérieur de l’établissement, où ils continuent à vider leurs chargeurs sur les clients et les serveurs.

Ils y font un carnage : sur les 29 personnes tuées recensées par les autorités, la majorité étaient présentes au Cappuccino. Deux jours après l’attaque, les vitres criblées d’impacts de balles, les murs noircis par les flammes, et plusieurs carcasses de voitures carbonisées témoignent encore de la violence de l’attaque.

Après 20h : ils se réfugient au Splendid hôtel

S’écoulent ensuite de longues minutes, durant lesquelles les terroristes achèvent les blessés et incendient des véhicules avant que les premières forces de sécurité arrivées les prennent pour cible. Les jihadistes répliquent violemment, puis traversent l’avenue et se réfugient après 20h dans le Splendid hôtel, situé juste en face. Ils y blessent plusieurs clients au rez-de-chaussée mais aucun mort n’est à déplorer.

À l’extérieur, le quartier est progressivement bouclé par les forces de l’ordre, qui commencent à évacuer les blessés vers un poste avancé de secours installé au niveau du ministère de la Fonction publique, en contrebas de l’avenue Kwame N’Krumah. Malgré les tirs sporadiques des assaillants repliés dans le Splendid, des unités de pompiers, protégées par des véhicules blindés, parviennent à s’approcher du Cappuccino pour éteindre l’incendie.

1h : les forces spéciales françaises arrivent en renfort

Vers 1h du matin, des forces spéciales françaises, dépêchées en urgence de Gao, au Mali, où elles étaient en mission, arrivent en renfort. Avec des éléments des forces spéciales américaines, eux aussi venus en soutien, elles aident les troupes d’élite burkinabè à investir le Splendid et à exfiltrer les clients. En tout, plus de 150 personnes seront évacuées durant la nuit.

Jusqu’au petit matin, l’hôtel est passé au peigne fin sans y trouver trace des terroristes. Selon une source sécuritaire, ces derniers auraient pu profiter de l’incendie dans la rue pour aller se barricader à quelques mètres, dans le bar le « Taxi-Brousse ».

5h : intenses échanges de tirs

Après quelques heures d’accalmie, d’intenses échanges de tirs reprennent vers 5h du matin. L’assaut est finalement lancé à l’aube par des colonnes de l’unité spéciale de la gendarmerie et des forces spéciales françaises. « Ils étaient retranchés et n’arrêtaient pas de tirer dans tous les sens », raconte notre source. Trois terroristes sont abattus au niveau du Taxi-Brousse.

7h : un quatrième assaillant est tué, les coups de feu cessent

Les coups de feu cessent enfin aux alentours de 7h, après qu’un quatrième assaillant, réfugié dans les étages de l’hôtel Yibi voisin – vide pour cause de travaux de rénovation – ait été tué.

Reste une interrogation de taille : le commando jihadiste envoyé par Aqmi, qui a revendiqué l’attentat, était-il seulement composé de ces quatre individus ? Plusieurs témoins évoquent en effet un nombre d’assaillants plus élevé. Quant aux enquêteurs, ils n’excluent pas que d’autres terroristes sont passés au travers des mailles du filet.