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Les dix artistes africains les mieux cotés sont…

Une section de l'oeuvre "Between Earth and Heaven" (Entre terre et paradis) du Ghanéen El Anatsui. © Bebeto Matthews/AP/SIPA

Concocté par le marchand d'art Jean-Philippe Aka, le rapport 2014 sur le marché de l'art africain contemporain vient de sortir. Celui de 2015 est attendu pour le premier semestre 2016.

Fruit de plusieurs mois d’un travail de longue haleine mené par le marchand d’art Jean-Philippe Aka (Handpick), qui a travaillé pour l’occasion avec la société avec Tutela Capital, mais aussi avec le chercheur Sénégalais Malick Ndiaye et plusieurs critiques d’art (Osei G. Kofi, Lionel Manga et NII B. Andrews), le rapport Africa Art Market Report (2014) apporte un point de vue rare sur l’état du marché de la création moderne et contemporaine africaine.

Balayant toutes les régions du continent, il analyse l’évolution de l’ensemble des acteurs (fondations, musées, artistes, galeries, collectionneurs, etc.) sous un angle rarement évoqué – celui des échanges marchands qui le régissent. Il propose aussi un classement des artistes les plus en vue. Selon une méthodologie équilibrée qui prend en compte les ventes sur les marchés primaire (à hauteur de 25%) et secondaire (25%), mais aussi le nombre d’expositions en musées (20%) comme en galeries (20%) et la reconnaissance par la critique (10%) , les auteurs proposent une liste de 100 noms assortie de chiffres précis.

Dans l’ordre, les dix artistes africains les mieux côtés sont selon ce rapport :

1/ El Anatsui (Ghana)

Artiste ghanéen installé depuis des années à Nsukka, au Nigeria, El Anatsui (72 ans) a reçu l’année dernière un Lion d’or à la Biennale de Venise pour l’ensemble de sa carrière. Les créations qui ont assis sa notoriété sont reconnaissables entre mille : d’immenses draperies de métal constituées de bouchons pliés et reliés entre eux par des fils de cuivre. Il les qualifie de « sculptures » et elles sont réalisées dans son atelier avec l’aide de dizaines de « petites mains ». Très recherchées, elles peuvent aujourd’hui valoir nettement plus de 100 000 euros pièce. Selon le rapport, le chiffre d’affaires des œuvres d’El Anatsui en ventes aux enchères a atteint 4,3 millions de dollars en 2014.

2/ Julie Mehretu (Éthiopie)

Née en Éthiopie en 1970, Julie Mehretu est une plasticienne Éthio-Américaine travaillant à New York, où elle partage sa vie avec une artiste australienne, Jessica Rankin. Entre art figuratif et art abstrait, ses immenses tableaux sont des explosions de formes et de couleurs empruntant notamment à l’architecture et jouant sur les effets de transparence. Julie Mehretu a été exposée au Sénégal lors de la dernière biennale de Dakar. Son chiffre d’affaires en vente aux enchères était estimé, en 2014, à 5,9 millions de dollars.

3/ William Kentridge (Afrique du Sud)

Artiste sud-africain né à Johannesburg en 1955, William Kentridge est depuis longtemps dans la liste des artistes africains les mieux cotés. Ancien acteur et metteur en scène, il est connu pour ses films d’animation, souvent réalisés avec des dessins au fusain ou au charbon, à même des livres ou des ouvrages existants. Sortes de palimpsestes où l’écriture, le mouvement, l’environnement social et géographique de l’Afrique du Sud se questionnent, les œuvres de Kentridge se distinguent de l’ensemble de la production issue du continent notamment par une approche formelle très novatrice. Exposant un peu partout dans le monde – un ses ses films était présenté aux Rencontres de Bamako, à la fin de 2015 – le chiffre d’affaires en ventes aux enchères de cet artiste a atteint 1,5 million de dollars en 2014.

4 / Irma Stern (Afrique du Sud)

Iram Stern (1894-1966) doit plutôt être classé dans la rubrique « art moderne ». Née en Afrique du Sud, mais d’origine allemande, c’est dans ce pays qu’elle a étudié et vécu jusqu’en 1920. Grande voyageuse, elle s’est définitivement installée dans son pays natal à partir de 1926. Elle fut l’une des premières à introduire des Sud-Africains noirs dans ses peintures d’inspiration expressionniste. Une grande rétrospective lui a été consacrée à Londres en 1962. Il faut croire que son travail est toujours au goût du jour puisque son chiffres d’Affaires en ventes aux enchères atteignait, en 2014, la somme rondelette de 5 millions de dollars.

5 /Yinka Shonibare (Nigeria)

Né à Londres en 1962, mais d’origine nigériane, Yinka Shonibare est la star africaine des arts plastiques à Londres (Royaume-Uni). Contraint de se déplacer en fauteuil roulant, il est célèbre pour ses œuvres extrêmement vives et dynamiques, souvent teintées d’humour, qui reprennent des classiques de l’histoire de l’art occidentale en les « africanisant ». Pour ce faire, Shonibare puise allègrement dans un vaste arc-en-ciel d’imprimés wax. Adepte de ces étoffes symbole de l’Afrique, mais originaires d’Indonésie et fabriquées en Hollande, l’artiste aime jouer avec les frontières. Son chiffre d’affaires en ventes aux enchères a atteint 285 000 dollars en 2014.

6 / Marlene Dumas (Afrique du Sud)

Originaire d’Afrique du Sud où elle est née en 1953, Marlène Dumas travaille aujourd’hui en Afrique du Sud. Ses immenses peintures, qui explorent souvent des thématiques ayant trait au corps humain, peuvent valoir plusieurs millions de dollars. Peintre réaliste, Marlene Dumas travaille à partir d’images existantes, qui peuvent être celle d’icônes comme celles de parfaits inconnus, auxquelles elle redonne vie – comme pour nous dire à quel point les clichés dont nous nous abreuvons sont éloignés de la réalité. En 2015, une grande rétrospective lui a été consacrée en Europe par la fondation Beyeler, à Bâle : The image as burden (L’image comme un fardeau). En 2014, le chiffre d’affaires de ses œuvres en ventes aux enchères était de 800 000 dollars.

7 / Wangechi Mutu (Kenya)

Originaire du Kenya, Wangechi Mutu (43 ans) a fait sensation l’année dernière avec une sculpture, un film et une peinture exposés à la Biennale de Venise. Un an auparavant, elle avait aussi présenté l’un de ses films à la biennale de Dakar. Plasticienne installée à Brooklin, elle décline avec différents medias un monde étrange, très personnel, parfois assez effrayant et sombre. Les notions de transformation et de métamorphose sont très présentes dans un travail parfois qualifié d’«Afrofuturiste » où les frontières entre l’animal, le végétal, voire même le mécanique n’existent plus. Son chiffres d’affaire en vente aux enchères en 2014 était de 290 000 euros.

8 / David Goldblatt (Afrique du Sud)

Photographe phare de l’Afrique du Sud, David Goldblatt (85 ans) est connu pour son travail de longue haleine sur l’histoire de son pays. Ayant inspiré nombre de jeunes artistes, il a été et reste un témoin à l’acuité visuelle particulièrement aiguisée. Son travail, essentiellement en noir et blanc, porte sur la vie quotidienne des Sud-Africains, Noirs comme Blancs. Exposé un peu partout dans le monde mais un peu en retrait du monde de l’art contemporain, il est classé par le rapport dans la catégorie « moderne sous évalué » avec un chiffre d’affaires en ventes aux enchères de 45 800 dollars.

9/ Roger Ballen (Afrique du Sud)

D’origine américaine, Roger Ballen (66 ans) vit en Afrique du Sud depuis les années 1970. Avec un goût prononcé pour l’étrangeté, il a commencé par réaliser des portraits d’habitants des zones rurales reculées du pays. Une étrangeté qu’il continue d’explorer aujourd’hui à travers des mises en scènes parfois morbides mettant en scène des poupées. Ballen est aussi connu pour ses collaborations avec le groupe de hip-hop alternatif Die Antwoord. Son chiffre d’affaires en ventes aux enchères pour 2014 n’est pas communiqué.

10 / Cheri Samba (RDC)

Premier francophone de cette liste, peintre congolais âgé de 60 ans, Samba wa Mbimba N’zingo Nuni Masi Ndo Mbasi continue de commenter l’actualité dans de grands tableaux colorés au style faussement naïf, assortis de longs commentaires. Autodidacte vivant entre Kinshasa et Paris, Chéri Samba a été exposé lors de Magiciens de la terre en 1989 et reste un protégé du marchand d’art André Magnin, lequel l’a exposé cette année avec d’autres artistes congolais à la fondation Cartier (Paris), pour Beauté Congo. Son chiffre d’affaires en ventes aux enchères pour 2014 était estimé à 97 000 euros.

Le reste de la liste et le rapport complet sont disponibles ici. Dans les grandes lignes, sur les 100 noms se dessine une nette domination de l’Afrique du Sud (40%), suivie par le Nigeria (12%). Mais l’intérêt du rapport se trouve bien entendu ailleurs que dans ce simple classement. Outre offrir plusieurs pistes d’analyse sur l’ensemble du continent, les auteurs évaluent chaque artiste selon des critères subjectifs et objectifs qui leur permettent de définir – pour de potentiels collectionneurs – des tendances. « Potentiel élevé », « moderne sous évalué », « contemporain sous évalué », « à suivre » sont autant d’indications qui, on l’espère, devraient convaincre des mécènes ou des acheteurs africains de jeter un œil sur leurs artistes… avant que leurs œuvres ne s’en aillent grossir les collections occidentales.