Ebola : la Guinée célèbre la fin de deux ans d’épidémie

Par Jeune Afrique avec AFP

Ebola a frappé principalement la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. © Abbas Dulleh/AP/SIPA

Deux ans après la mort de la première personne atteinte d'Ebola en Afrique de l'Ouest, un bébé d'un an, la Guinée est désormais considérée comme officiellement débarrassée de l'épidémie.

La fin de l’épidémie en Guinée, qui a fait officiellement 2 536 morts pour 3 804 cas, doit être proclamée mardi 29 décembre dans la matinée par un représentant de l’OMS lors d’une conférence de presse à Conakry. Le dernier patient connu, une petite fille prénommée Noubia, comme l’infirmière qui a aidé sa mère – décédée du virus – à accoucher au centre de traitement d’Ebola de Médecins sans Frontières (MSF) à Conakry, a été déclarée guérie, le 16 novembre.

Un pays est officiellement exempt de transmission d’Ebola au bout de deux périodes de 21 jours – la durée maximale d’incubation du virus – sans nouveau cas depuis le second test négatif sur un patient guéri. Mais le risque persiste au-delà de ces 42 jours, en raison de la subsistance du virus dans certains liquides corporels, en particulier le sperme, où il peut survivre jusqu’à neuf mois.

Les festivités officielles débuteront mercredi matin, avec une cérémonie en présence du président Alpha Condé et des 53 partenaires qui ont contribué à la lutte contre l’épidémie : MSF, OMS, Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), Croix-Rouge … ainsi que les pays donateurs et amis de la Guinée.

Des survivants témoigneront de leur expérience et un hommage sera rendu aux 115 soignants emportés par Ebola, ainsi qu’aux huit membres d’une équipe de sensibilisation assassinés en septembre 2014 à Womey (Sud-Est) dans le Sud forestier, épicentre originel de l’épidémie. Les célébrations se poursuivront dans l’après-midi avec un concert mémorial « Bye bye, au revoir Ebola », rassemblant des artistes africains de renommée internationale : Youssou Ndour, Tiken Jah Fakoly, Mory Kanté, Aïcha Koné, etc… pour saluer les efforts du peuple de Guinée.

Méfiance et théories du complot

L’épidémie a mis à rude épreuve les relations entre pouvoir et population, compliquant encore la lutte contre la propagation. Les réactions à la campagne anti-Ebola – par déni du virus ou rejet de mesures sanitaires perçues comme autoritaires ou attentatoires à leurs coutumes – se sont manifestées très brutalement, culminant avec le massacre de Womey. Ces « réticences » – selon la pudique terminologie officielle – qui poussaient les malades à se cacher et les familles à continuer les pratiques funéraires traditionnelles, malgré les risques de contagion – ont masqué la persistance de chaînes de transmission insoupçonnées.

La méfiance a nourri d’innombrables rumeurs, de trafic d’organes ou de cadavres, et des théories du complot à foison : Ebola serait une création des Blancs pour faire main basse sur les ressources africaines, ou des dirigeants pour capter les fonds de ces mêmes Blancs, quand il ne s’agissait pas de réduire des populations jugées hostiles au pouvoir.