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Guy-Romain Kinfoussia (Frocad-IDC) : « La présidentielle annoncée au Congo est un artifice »

Guy-Romain Kinfoussia, porte-parole du Frocad et de l'IDC, deux plateformes d'opposition au Congo, le 7 novembre 2015 à Brazzaville. © Trésor Kibangula/J.A.

Au lendemain de l'annonce de la tenue de la présidentielle au premier trimestre 2016, l'opposition dit ne pas se sentir concernée par cette décision du président Denis Sassou Nguesso. Guy-Romain Kinfoussia, porte-parole du Frocad-IDC, les deux principales coalitions anti-Sassou. Interview.

Près de deux mois après la promulgation de la nouvelle Constitution, les nouvelles institutions n’ont toujours pas suivi au Congo-Brazzaville. Lors de son message à la nation, le 22 décembre, au cours duquel il a annoncé que l’élection présidentielle de 2016, prévue initialement pour le mois de juillet, se tiendrait durant le premier trimestre, le président congolais a rappelé « la disposition de précaution » reprise dans l’article 244 de la nouvelle Loi fondamentale :  « Les institutions issues de la Constitution du 20 janvier 2002 fonctionnent jusqu’à la mise en place des nouvelles institutions (…). » Pour le chef de l’État, le pays ne traverse donc pas de crise institutionnelle.

Ce que soutient pourtant l’opposition congolaise. Réagissant à l’annonce de la présidentielle par le chef de l’État, Guy-Romain Kinfoussia, porte-parole du Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique (Frocad) et de l’Initiative pour la démocratie au Congo (IDC), a affirmé à Jeune Afrique que les institutions actuelles, présidence de la République y compris, sont désormais « illégitimes ».

Jeune Afrique : Comment l’opposition congolaise a-t-elle accueilli la décision du président Denis Sassou Nguesso d’avancer la présidentielle, initialement prévue pour le mois de juillet 2016, au premier trimestre ?

Guy-Romain Kinfoussia : Pour nous, ce n’est pas la date de la présidentielle qui compte mais la reconnaissance du fait que les institutions issues de la Constitution du 20 janvier 2002 sont caduques. Cela implique que Denis Sassou Nguesso, président de la République, tombe avec elles.

Denis Sassou Nguesso aurait dû démissionner

Il est donc aujourd’hui dans une situation d’illégitimité. Et il le dit lui-même lorsqu’il déclare lors de son message à la nation [le 22 décembre] que « le bon sens commande que l’élection présidentielle soit, avec le vote de la nouvelle Constitution, le tout premier acte qui consacre l’entrée effective dans la nouvelle République ». Autrement dit, on n’y est pas encore ! Une question se pose donc : « Dans quelle République était Denis Sassou Nguesso lorsqu’il s’est adressé à la nation ? » Visiblement, ni dans l’ancienne ni dans la future. Il aurait dû démissionner.

Où se situe le Frocad et l’IDC ? Sont-ils partants pour entrer dans la nouvelle République annoncée dont le « premier acte » sera l’organisation de la présidentielle ?

Nous n’entrerons pas dans une République que nous ne reconnaissons pas.

Cela signifie-t-il que le Frocad et l’IDC ne participeront pas à la présidentielle ?

Ce n’est pas une vraie élection. La présidentielle annoncée est un artifice pour permettre à Denis Sassou Nguesso de passer de sa situation inconfortable d’aujourd’hui à une situation plus confortable. Un artifice pour basculer d’une Constitution à une autre.

Que comptez-vous faire ?

L’avenir va nous le dire. Pour l’instant, nous refusons de suivre Denis Sassou Nguesso dans cette démarche. D’autant que dans son propre discours, il a démontré que nous sommes dans un État de non droit avec des institutions illégitimes.

L’opposition congolaise continue-t-elle à exiger un dialogue politique ?

Il n’est plus question de dialoguer avec ce pouvoir. Nous allons prendre nos responsabilités autrement. Ce n’est pas le moment d’étaler les actions envisagées.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que l’opposition, divisée par la guerre des chefs, voudrait boycotter la présidentielle annoncée parce qu’elle n’est pas prête à aller aux élections ?

Il ne s’agit pas de ramener la crise politique à une affaire de boycott. Une situation grave vient de se produire au Congo-Brazzaville : un président élu sur la base d’une Constitution s’est entêté à la supprimer pour créer une autre Loi fondamentale rejetée par le peuple congolais, en témoigne le boycott de ce vote. Mais, lui affirme que le peuple l’a adoptée. Et dans la nouvelle Constitution, Denis Sassou Nguesso s’est arrangé pour inclure les éléments de sa survie.

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