Pour vous, Habiba Ghribi est la sportive africaine de l’année (et voici pourquoi vous avez raison)

Habiba Ghiribi, à Pékin, en 2015. © David J. Phillip/AP/SIPA

Les lecteurs de Jeune Afrique ont désigné la Tunisienne Habiba Ghribi comme sportive africaine de l’année 2015, devant l’Ivoirien Yaya Touré et le Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang. Voici, en toute partialité, pourquoi ils ont eu raison de choisir la native de Kairouan.

Parce qu’elle a établi sa meilleure performance en 2015

Si son fait d’arme le plus mémorable date de 2012 et des Jeux olympiques de Londres, avec une seconde place sur 3 000 mètres steeple*, la première médaillée olympique tunisienne de l’histoire a réalisé sa meilleure performance sur la distance cette année.

C’était à Bruxelles, lors du Mémorial Van Damme le 11 septembre 2015.  Avec un temps de 9 minutes, 5 secondes et 36 centièmes, meilleure performance mondiale de l’année et record d’Afrique à la clé, elle a devancé la Kényane Hyvin Jepkemoi de près de cinq secondes et l’Éthiopienne Sofia Assefa de plus de sept.

*Arrivé deuxième, elle récupérera la première place en janvier 2015, suite à une décision de la commission d’éthique de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme qui a retiré à la Russe Yuliya Zaripova son titre pour une affaire de dopage.

Parce qu’elle est la meilleure chance de son pays à un an des Jeux olympiques

Alors que les Jeux olympiques 2016 de Rio, au Brésil, se profilent, Habiba Ghribi reste la meilleure chance de son pays. Avec un record sur 3 000 mètres steeple établi en septembre 2015 et une maturité évidente sur cette distance, elle essaiera de décrocher une nouvelle médaille olympique, dans la peau d’une favorite pour le titre suprême.

Pour ce faire, Habiba Ghribi pourra compter sur le soutien du président Béji Caïd Essebsi, qui l’a décorée en septembre des insignes d’officier de l’ordre de la République. La championne a affirmé au terme de la cérémonie que l’hommage que lui a rendu le chef de l’État représentait « une motivation pour accomplir de nouvelles consécrations mondiales, notamment lors des Jeux olympiques au Brésil ».

Parce qu’elle a été élue « femme arabe de l’année »

La sportive tunisienne a été nommée, début décembre, « femme arabe de l’année », lors d’un évènement se déroulant annuellement aux Émirats arabes unis. Ce prix constitue récompense les femmes arabes qui ont brillé dans différents domaines, comme le sport, les affaires, ou l’éducation…

« Fière de représenter [sa] Tunisie et la femme tunisienne », Habiba Ghribi était également présente au Women’s Forum Global Meeting, à Deauville du 14 au 16 octobre, au sein de la délégation tunisienne et aux côtés d’Amina Bouzguenda-Zeghal, directrice générale de l’Université Dauphine Tunis, Donia Ellouze, avocate, Asma Ben Hamida, fondatrice d’Enda Inter Arab

Parce qu’elle a également reçu la médaille d’or de la paix et le Flambeau olympique

L’année 2015 a été riche en distinctions pour l’athlète tunisienne, qui s’est vue propulser au rang de star de la nouvelle République de Tunisie. Elle a ainsi reçu, le 12 octobre, la médaille d’or de la paix par l’Association internationale des soldats de la paix, affiliée à l’ONU.

Le Comité national olympique lui a quant à lui décerné le Flambeau olympique, récompensant les sportifs tunisiens qui se sont distingués lors de la saison 2014-2015. Tout sauf un hasard alors qu’elle provoque l’ire des islamistes à chaque course.

Parce qu’elle agace les islamistes

Enfin, Habiba Ghribi est devenu le poil à gratter des islamistes tunisiens. Alors qu’elle remportait sa médaille d’argent olympique, elle avait suscité la colère des radicaux, offensés par sa « tenue dénudée et indécente ». Pour l’un d’eux, avec son short, ses cuisses et son ventre nus, Habiba Ghribi faisait « honte à la femme tunisienne ».

La campagne hostile à l’athlète coïncidait alors avec les inquiétudes exprimées par des Tunisiennes sur l’adoption d’un projet d’article de la future Constitution consacrant « la complémentarité » de la femme « avec l’homme » et le débat avait rapidement pris de l’ampleur. Un fan de la championne lui avait même suggérer de « courir en string la prochaine fois pour tuer quelques islamistes de jalousie ».

Involontairement devenu une figure de la nouvelle Tunisie, Habiba Ghribi reste aujourd’hui la cible des islamistes dont certains l’ont même menacé de mort. D’autant qu’elle est également une femme divorcée. Ayant quitté son mari, l’Algérien Khaled Boudhraa, son entraîneur d’origine, après les JO de Londres, elle a ensuite annoncé ses fiançailles avec l’athlète français Bouabdellah Tahri. Une femme moderne, pas tout à fait du goût de certains fondamentalistes.

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