Afrique du Sud : Pravin Gordhan, le nouveau ministre des Finances, tente de rassurer les marchés

Par Jeune Afrique avec AFP

Le ministre des Finances sud-africain Pravin Gordhan, le 14 décembre à Pretoria. © AP/SIPA

Le nouveau ministre sud-africain des Finances, Pravin Gordhan, a tenté lundi de rassurer les marchés, après le cataclysme politique et financier provoqué par une valse de ministres à ce poste-clé dans la première économie industrialisée d'Afrique.

Pravin Gordhan est le troisième homme à occuper ce portefeuille en moins d’une semaine.

Mercredi soir, à la surprise générale, le président Jacob Zuma a remplacé le respecté Nhlanhla Nene par l’inexpérimenté David van Rooyen, plongeant l’économie sud-africaine déjà morose dans l’incertitude.

Vendredi, la devise sud-africaine a atteint son plus bas niveau historique, à 1 dollar contre 16,05 rands et 1 euro contre 17,58 rands.

Dimanche soir, nouveau coup de théâtre : sous la pression des marchés et de son parti, Jacob Zuma limoge David van Rooyen et appelle à la rescousse une valeur sûre, Pravin Gordhan, qui a déjà occupé ce poste de 2009 à 2014.

Gestion budgétaire saine

Lundi, sur le pied de guerre, ce dernier s’est attelé à rassurer les marchés et les investisseurs étrangers et sud-africains déboussolés: « Nous n’allons pas prendre des mesures irréfléchies », a-t-il insisté lors d’une conférence de presse à Pretoria.

« Nous garderons le cap d’une gestion budgétaire saine. Notre plafond de dépenses est sacro-saint », a-t-il affirmé, assurant que « la bonne gouvernance n’était pas négociable ».

La nomination de Pravin Gordhan a été saluée par les marchés lundi : le rand sud-africain reprenait des couleurs, s’échangeant dans l’après-midi à 15,13 pour 1 dollar. Mais la devise restait encore nettement en-dessous de ses valeurs de mercredi (14,59 rands pour 1 dollar), avant l’éviction de Nhlanhla Nene.

« Gordhan appelé à la rescousse. Le bon sens l’emporte », titrait lundi The Star, un des principaux quotidiens sud-africains, résumant le soulagement général dans un pays qui se débat déjà avec une croissance faible et un chômage dépassant les 25 %.

Le retour aux Finances de Pravin Gordhan « est bienvenu et l’industrie bancaire est prête à travailler avec lui pour s’attaquer aux conséquences de la décision initiale » prise par Jacob Zuma, a réagi de son côté lundi l’Association bancaire sud-africaine.

« République bananière »

Le ministre des Finances Nhlanhla Nene a été limogé la semaine dernière sans aucune explication officielle. L’opposition estime cependant qu’il a payé ses critiques envers le chef de l’État.

Il est notamment l’homme qui a refusé la renégociation d’un contrat entre la compagnie aérienne para-publique South African Airways (SAA) et Airbus, jugeant que la transaction n’était pas viable financièrement.

Dans un communiqué singulier, la présidence a cru bon ce week-end de démentir les rumeurs selon lesquelles Jacob Zuma entretenait une relation amoureuse avec la présidente de SAA, Dudu Myeni.

Interrogé sur le dossier SAA lundi, Pravin Gordhan a estimé qu’il était « grand temps que des individus ou des groupes d’individus cessent de jouer avec les entités publiques comme s’il s’agissait de leur petit joujou dont ils peuvent tirer profit ».

Le président Zuma, au pouvoir depuis 2009, sort affaibli de ces changements successifs à la tête du ministère des Finances, estiment les experts.

« Il a perdu le peu de crédibilité qui lui restait », selon Judith February, analyste à l’Institute for Security Studies. « Il a porté atteinte à la crédibilité de l’Afrique du Sud comme personne d’autre avant lui ne l’avait fait depuis 1994 », estime-t-elle à l’AFP.

« Zuma a manifestement montré les limites de son autorité », complète le commentateur Ray Hartley dans le Rand Daily Mail.

Malgré tout, les « probabilités qu’il soit destitué par son parti (le Congrès national africain, ANC) restent très faibles », selon Mark Rosenberg, analyste à l’Eurasia Group, chargé de l’Afrique australe.

« République bananière »

Le rappel de Pravin Gordhan aux Finances est du pain bénit pour l’opposition. L’Afrique du Sud « a eu trois ministres des Finances en une semaine. Si des gens ne pensent toujours pas que nous sommes dans une république bananière, on ne peut rien faire pour eux », a réagi le parti de gauche radicale EFF de Julius Malema, ancien membre de l’ANC et figure montante de la scène politique.

Les élections locales en 2016 constituent le prochain test pour Zuma et l’ANC, qui sera sous pression pour conserver des municipalités clés comme Johannesburg.

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