Pour BearingPoint, les entreprises françaises prévoient une nette hausse de leurs activités en Afrique

Travaux de construction du pont Henri Konan Bédié, le 23 mai 2013 à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire. © Olivier pour Jeune Afrique

Selon une enquête réalisée par le cabinet de conseil, les entreprises hexagonales prévoient que la part de chiffre d’affaires relative à l'Afrique va augmenter de 75 % au cours des 10 prochaines années. C'est l'un des résultats de la 6e édition de l’Observatoire de développement international, réalisé par BearingPoint.

“Il faut oser l’Afrique maintenant, après il sera trop tard”. Tel est, en quelques mots, l’esprit de la rencontre organisée le 08 décembre à Paris par BearingPoint. Durant son intervention, Jean-Michel Huet, associé au sein du cabinet de conseil, a présenté les résultats de la 6e édition de l’Observatoire de Développement International. Cette année, les équipes de BearingPoint ont planché sur les pratiques et les tendances du développement ainsi que sur les opportunités du marché africain.

L’enquête, menée via internet auprès d’un panel de 3 000 responsables de 800 entreprises françaises et par courrier auprès de 250 membres des directions internationales d’entreprises, a mis en évidence un intérêt certain pour le continent africain. « Si 38 % des entreprises du panel indiquent que l’Afrique représente moins de 5 % de leur chiffres d’affaires, seules 14 % d’entre elles projettent qu’il en sera de même dans cinq ans », relève Jean-Michel Huet.

Pour 19 % des entreprises interrogées, cette part est attendue à plus de 50 % sur cinq ans, dévoile l’étude de BearingPoint. Dans l’ensemble, elles prévoient que « la part de chiffre d’affaires relative à l’Afrique va augmenter de 75% au cours des 10 prochaines années ».

Attractivité

Intitulé “Une Afrique, des Afriques”, ce rapport se garde toutefois de placer tous les États du continent à la même enseigne. Interrogées sur les pays africains les plus attractifs, 50 % des entreprises françaises sondées placent la Côte d’Ivoire au premier rang, devant le Maroc et l’Afrique du Sud (42 %), le Nigeria (36 %), le Kenya et l’Éthiopie (17 %), suivies de la RDC, de l’Algérie et de l’Égypte (11 %). Le Sénégal et le Cameroun, où plus de 60 % des entreprises interrogées sont déjà actives, ne figurent au 1er rang en termes d’attractivité que pour 8 % et 6 % du panel.

Cet enthousiasme prononcé pour les opportunités offertes par la croissance et le dynamisme (démographique, économique et culturel) du continent présage d’une lutte ardue non seulement entre les entreprises occidentales mais aussi face aux concurrents des pays émergents et surtout africains.

À l’instar d’autres études récentes, notamment celle publiée en novembre dernier par le Boston Consulting Group, l’enquête de BearingPoint insiste sur « la montée en puissance des acteurs africains ». Pour les entreprises sondées, 43 % des concurrents rencontrés sur le marché sont d’abord africains « loin devant les concurrents occidentaux ou asiatiques », notent les experts de BearingPoint, faisant écho à l’expansion panafricaine des entreprises marocaines et sud-africaines ainsi qu’au dynamisme marqué de leaders nigérians tels que le conglomérat d’Aliko Dangote.

Retours d’expérience

Outre les résultats de l’enquête, la soixantaine de cadres présents dans les salons de l’aéro-club de France ont pu recueillir les retours d’expérience d’une demi-douzaine de dirigeants français : Richard Bielle, président du groupe de distribution panafricain CFAO, Florence de Bigault, directrice Afrique de l’institut de sondage Ipsos, Etienne Giros, ancien bras droit de Vincent Bolloré sur le continent aujourd’hui président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), Jean-Pierre Marcelli, directeur Afrique à l’Agence française de développement, Francis Meston, directeur général Afrique Moyen-Orient et Inde du groupe informatique Atos, Jean-Luc Ricci directeur Afrique de HEC Exécutive Education et Stéphane Roques, directeur général de Médecins sans frontières (MSF).

Dans son intervention, Richard Bielle (CFAO) est revenu sur l’importance de la “mutualisation des risques” dans le cadre du développement en Afrique. “Nous intervenons dans 34 pays sur au moins quatre secteurs [consommation courante, retail, santé et équipement, Ndlr], a-t-il détaillé. Nous avons par conséquent 120 centres de profits, grâce auxquels nous pouvons contrebalancer les contrecoups par les ‘risques positifs’”, autrement dit une conjoncture heureuse et inattendue sur certains marchés.

Des nouvelles filiales pour Ipsos en Éthiopie et en RDC

Pour Florence de Bigault (Ipsos), dont la société compte ouvrir deux filiales en Éthiopie et en RDC l’an prochain (avant de viser l’Angola), l’important est surtout de bien connaître le marché dans lequel les entreprises comptent intervenir. « C’est crucial, a-t-elle insisté, d’autant plus que dans certains pays africains, les données sont souvent datées – il n’y a pas eu de recensement en Angola depuis 25 ans – mais aussi vite périmées : il n’y a qu’à voir les métamorphoses très rapides induites par la percée de la téléphonie mobile en Afrique ».

Insistant sur un thème repris par plusieurs intervenants sur la nécessité de recruter et de fidéliser des cadres africains (“métisser davantage le groupe”, selon la formule de Richard Bielle”), Jean-Pierre Marcelli a rappelé l’ambition d’Atos de porter le nombre d’ingénieurs du géant français en Afrique francophone de 1 700 à 5 000 d’ici 2020 (3 000 au Maroc contre 1 300 aujourd’hui et 2000 au Sénégal contre 200 à l’heure actuelle).

Clôturant les échanges, Etienne Giros (CIAN) s’est réjoui, lui, de l’ouverture au monde et de la foi en eux des jeunes Africains. “Lorsqu’ils disent ‘l’Europe, c’est fini, on va vous dépasser’. On peut être un peu troublé, a noté le patron français, mais cette confiance est quelque chose de positif et de nouveau, ce n’était pas le cas dans les années 90, par exemple”. Le représentant du CIAN, qui rassemble 150 entreprises en Afrique, a toutefois appelé à la patience et aux engagements de long terme : “Il faut être optimiste à 30-35 ans”.

En somme, l’Afrique représente “un huge win, mais pas un quick win”, a résumé Jean-Michel Huet.