Amadou Ousmane Guitteye, gardien du ciel africain

Amadou Ousmane Guitteye est tombé dans l'aviation civile dès son plus jeune âge. © Asecna

Passionné d'aviation civile depuis toujours, le Malien est en passe de faire entrer un 19e État (le Soudan du Sud) dans l'Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar, qu'il dirige depuis 2011.

« Mon père ne voulait pas que ses enfants aillent à l’école, mais on  n’a pas réussi à me cacher ! » Et comme si le souvenir datait d’ Amadou Ousmane Guitteye éclate de rire. Pourtant, ses débuts d’écolier remontent au milieu des années 1950, à Mopti (Mali). Mais le directeur général de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) se trouve là assez bien résumé. Sexagénaire débonnaire et incorrigible bavard, il a une mémoire d’éléphant et rit volontiers de ses propres histoires. Au gré de la discussion, on relève une incorporation de force dans l’armée après une révolte étudiante, un premier vol au manche d’un Piper PA-28 à la fin des années 1970, la direction de l’aéroport de Bamako pendant douze ans, des conseils prodigués à trois ministres des Transports, un accident d’avion (en tant que passager) à Douala…

Une passion pour l’aviation civile

Depuis son enfance, Amadou Ousmane Guitteye n’a suivi qu’un fil rouge, sa passion pour l’aviation civile. Illettré, son père, surnommé l’aviateur, l’emmenait voir décoller les DC3 et DC4. Aujourd’hui, c’est lui qui se réjouit de voir sa propre fille – il a six enfants – préparer son brevet de pilote à Montréal. Mais contrairement à tant d’autres, Guitteye n’a jamais placé le pilotage au firmament de son ambition. Même pas pilote de chasse ? « J’étais contre l’arrivée des militaires, je l’ai fait savoir, et j’ai depuis gardé cette aversion permanente », dit-il. Ce qu’il voulait, depuis ses dix ans, c’était être ingénieur de l’aviation civile.

Excellent élève admis à l’École nationale de l’aviation civile de Toulouse (France) en 1976, il fit, pendant les vacances scolaires, tous les exercices de mathématiques de la sixième à la quatrième, parce qu’il s’ennuyait… Il serait aussi possible de s’attarder sur ses démêlés avec les ministres en poste à Bamako quand il dirigeait l’aviation civile du Mali. « J’ai une grande gueule. Je ne sais pas mentir, je ne pourrai jamais être un politicien », dit-il.

Incorporé de force dans l’armée, directeur de l’aéroport de Bamako, survivant d’un crash…

Politicien, sans doute pas. Mais homme de pouvoir, oui. Après avoir gravi tous les échelons au sein de l’Asecna, Guitteye l’a quittée en 2005 pour l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci). La retraite, pas vraiment son truc. En 2010, il fait campagne dans les 18 pays de l’Asecna, sur ses fonds propres, pour en prendre la tête.

Le soutien du Mali – c’est-à-dire celui de l’ex-président Amadou Toumani Touré -, il ne l’obtient qu’après s’être lancé dans la bataille avec un programme ambitieux orienté vers l’amélioration de la sécurité de la navigation aérienne et, surtout, celle de la gouvernance et de l’efficacité économique de l’agence. Avec 6 170 agents et un budget de 450 millions d’euros, l’Asecna est en effet une grosse machine qui suscite parfois interrogations et convoitises.

Dégraissage et réorganisation de l’Asecna

« L’Agence n’était pas concentrée sur sa mission première, qui est de fournir des services de navigation aérienne, explique Guitteye. Les ressources n’étaient pas bien utilisées et nous avions une image de richesse qui a pu attirer. » À peine arrivé, Guitteye met en place une nouvelle organisation, fondée sur le « dégraissage de l’appareil de commandement » et la « responsabilisation de chaque centre régional ».

Le recentrage paie : l’Asecna a signé le 11 avril un accord de partenariat avec le Soudan du Sud, pays qui pourrait bientôt devenir le 19e membre. Et son directeur vient de solliciter les bailleurs de fonds à hauteur de 26,7 millions d’euros pour « maintenir l’agence à la pointe de la technologie en la dotant d’équipements de dernière génération ». Guitteye, en poste jusqu’en 2015, conclut dans un éclat de rire : « Je veux seulement rendre ce que j’ai accumulé d’expérience afin de sauvegarder cette maison… pour les cinquante années à venir. »

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici