Fitch se penche sur les perspectives du Nigeria et de l’Afrique du Sud

La note du Nigeria passe à "B+." © Henry Ray Abrams/AP/SIPA

L’agence de notation financière Fitch Ratings a passé en revue la situation économique, monétaire et budgétaire des pays subsahariens le 08 décembre au cours d'une rencontre organisée à Paris. Retour sur la situation des deux géants anglophones du continent : le Nigeria et l’Afrique du Sud, dans une conjoncture marquée par la chute des matières premières.

Le Nigeria pas si pétrolier que cela

Noté « BB-«  par l’agence, « l’économie nigériane n’est seulement un histoire de pétrole », estime l’analyste Jermaine Leonard, en charge du pays. «  Le pays est moins dépendant au secteur des hydrocarbures que la plupart des pays pétroliers africains, notamment en raison de sa plus grande population et d’une diversification plus prononcée », estime-t-il, en jugeant stable la situation des finances publiques depuis 5 ans.

En dépit de recettes publiques en baisse, le pays garde un faible endettement public (13 % du PIB) par rapport à celui du Gabon (33 %), de l’Angola (41 %) ou du Congo Brazzaville (48 %). Selon lui, l’année 2015 a été plutôt positive pour le géant ouest-africain, avec l’organisation d’élections présidentielles qui se sont passées dans le calme, et la mise en avant d’un agenda anti-corruption par le nouveau gouvernement qui vient d’arriver aux manettes. Et ce même si la situation sécuritaire au nord reste préoccupante avec la présence de Boko Haram.

« Il reste aux nouvelles autorités à détailler et mettre en place des mesures favorables à la croissance et à l’emploi, mais le climat des affaires s’est déjà amélioré selon les investisseurs dans le pays », note Jermaine Leonard. Pour Fitch, le redémarrage des sites pétroliers onshore (à terre) est encore trop timide, et n’attire pas les grandes compagnies internationales, ce qui empêche aussi  l’amélioration de l’électrification du pays qui lui est lié.

La situation monétaire reste toutefois un sujet d’inquiétude, estime le spécialiste, avec un écart important entre le taux de change officiel et celui du marché. Selon Jermaine Leonard, la Banque centrale nigériane sera obligée à moyen terme d’abandonner l’un des trois volets de la politique qu’elle mène, jugée parfois contradictoires : le soutien au naira (la devise nationale), son choix de maintenir les taux d’intérêts bas et la limitation des mouvements de capitaux. Selon Fitch, le gouvernement nigérian devrait laisser davantage fluctuer les taux de change et donc d’accepter de déprécier le naira.

L’Afrique du Sud dans la morosité

Fitch vient de dégrader la note de la Nation arc-en-ciel, passée de « BBB » à « BBB-«  le 4 décembre 2015. Une nouvelle déconvenue pour le pays alors qu’il était notée « BBB+ » de 2005 à 2013.

Derrière cette baisse de l’appréciation de Fitch, « la détérioration de la croissance – de seulement 1,4 % en 2015 –, liée en partie à la morosité du secteur minier ; la faiblesse des infrastructures, en particulier dans le domaine électrique ; mais aussi la situation politique et sociale » égrène Jan Friederich, l’analyste en charge du pays de Nelson Mandela.

« L’ANC perd son soutien populaire. Il n’existe pas de solution facile et de court terme pour remédier à la situation économique et aux inégalités, mais le parti au pouvoir rechigne à prendre des mesures de long terme par peur d’être impopulaire », analyse-t-il. « Le planning de renforcement de la capacité d’Eskom, la compagnie électrique nationale, est constamment repoussé, ce  qui met à mal le secteur industriel et les investissements », regrette Friederich.

L’analyste juge toutefois la Banque centrale sud-africaine bien gérée et faisant preuve d’indépendance, avec un endettement élevé, mais plutôt bien structuré, avec des prêts de long-terme.

 

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici