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Maroc – Hakima El Haite : « Avant la COP22, il faut déjà réussir la COP21 »

Une carte du monde au pavillon allemand à la COP21 de Paris. © Francois Mori / AP / SIPA

Alors que les négociateurs planchent encore ce vendredi 4 décembre sur un projet d'accord provisoire, des représentants ont commencé a exprimé publiquement leur mécontentement à la COP21. Avant la deuxième phase de négociations qui débutera la semaine prochaine, la ministre déléguée à l'environnement du Maroc, Hakima El Haite, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Le Maroc est l’un des rares pays à avoir relevé ses ambitions en matière de lutte contre le changement climatique. Pouvez-vous nous rappeler vos objectifs ?

Hakima El Haite: Le Maroc a proposé le 2 juin de réduire de 32% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à un horizon de 2030. Sur ce montant, 13% le seront sans conditions, sur le budget de l’État, et 19% avec conditions, grâce notamment à la participation financière de la communauté internationale. Sa Majesté le Roi a par ailleurs dès le premier jour de la COP21 augmenté  la contribution des énergies renouvelables, les faisant passer de 42 à 52% du mix énergétique d’ici à 2030. Nous avons été le seul pays à le faire.

Au Maroc, le coût de la dégradation de l’environnement a d’ores et déjà été estimé autour de 2 à 4% du PIB

Votre pays veut avoir un rôle de leadership sur le continent. L’Afrique réclame des pertes et dommages. À quels montants les estimez-vous ? Que serviront-ils concrètement à couvrir ?

Dans les engagements des pays développés on parle aujourd’hui de 100 milliards de dollars par an et ce, dès 2020, pour les pays en voie de développement. Pour nous, il est clair que ce n’est pas suffisant et qu’il ne peut s’agir que d’un niveau plancher dès 2020. Ensuite, comment ce montant sera-t-il réparti ? Entre l’atténuation et l’adaptation au changement climatique par exemple. Cela ne peut être défini que dans le cadre du mécanisme de la gouvernance de la finance du climat.

Au Maroc, le coût de la dégradation de l’environnement a d’ores et déjà été estimé autour de 2 à 4% du PIB. Mais ce débat n’a de sens que s’il est replacé dans une dimension mondiale. Entre 2012 et 2014,  800 catastrophes naturelles ont été recensées dans le monde. Les pertes se chiffrent en milliards de dollars. Mais plus intolérable, cela se traduit aussi en pertes de vies humaines. Au niveau mondial, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a procédé à des simulations. Il évoque plusieurs scénarios, les uns avec la mise en place de mesures concrètes, les autres sans. Dans un cas ultime au niveau mondial, la perte économique pourrait représenter jusqu’à 20% du PIB  si les pays ne s’engageaient pas.

L’Afrique est unie bien sûr. Nous défendons les mêmes objectifs, les mêmes positions

Comment avez-vous vu évoluer les positions de l’Afrique au fil des conventions des Nations unies ? Le continent est-il plus uni que jamais ?

L’Afrique est unie bien sûr. Nous défendons les mêmes objectifs, les mêmes positions. Mais à présent, le monde se rend compte que notre continent, qui émet peu, est celui qui est le plus exposé au risque climatique. Il est plus que temps de se mobiliser par un accord et non plus par le seul discours.

Le Maroc accueillera la COP22. Avez-vous déjà posé des jalons en vue de cet événement ?

Oui bien sûr, mais notre objectif est déjà de réussir la COP21. La COP22 sera complémentaire. Elle sera l’occasion de développer  les outils du financement climatique, les axes en matière d’adaptations, d’innovation mis en place pendant la COP21. Mais aussi la suite de la mobilisation pour continuer de changer les comportements, les mentalités.

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