Élections au Burkina, un signe d’espoir pour les peuples africains

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Cécile Kyenge, originaire de RDC, est députée européenne et ancienne ministre italienne de l'Intégration. Elle a été chef de la mission d'observation de l'Union européenne pour les élections au Burkina Faso, en 2015, et membre observatrice de la délégation du Parlement européen pour la présidentielle de 2016 au Gabon.

Drapeau du Burkina Faso, aperçu le 22 septembre 2015, à Ouagadougou. © GRIFF TAPPER/AFP

Non, l’Afrique n’est pas qu’un continent en proie à la pauvreté, aux coups d’État et au terrorisme.

Ce qui s’est produit ces derniers jours au Burkina Faso en est la plus belle démonstration. Certes, personne ne peut nier les fléaux qui continuent à freiner l’énorme potentiel économique et social des pays africains, mais l’élan extraordinaire qui a accompagné les élections présidentielles et législatives au Burkina est un signe d’espoir immense pour les peuples africains, qui demandent à ce que leurs droits soient respectés et un rappel à l’ordre pour ceux qui veulent les violer.

Certains parlent de miracle burkinabè. En ma qualité de chef de la mission d’observation électorale de l’Union européenne – une fonction que m’a assignée la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini – j’ai eu le privilège d’avoir pu contribuer à l’accomplissement de ce miracle avec l’appui des membres de cette mission. Car je dois l’avouer : les émotions ont été très fortes dimanche dernier lorsque des millions de burkinabè se sont rendus aux urnes dans le calme et la sérénité pour élire le président de la République et les 127 députés qui siégeront à l’Assemblée nationale.

Vent d’espoir et cyclone dévastateur

De l’avis de tous, ces élections étaient d’une importance cruciale. De par sa position géographique, le Burkina Faso est un pays stratégique au Sahel. Sa stabilité politique est déterminante pour l’avenir d’une région dont le développement est mis à mal par une pauvreté chronique et, dans certains cas, une mauvaise gouvernance qui ces dernières années ont contribué à la prolifération des trafics humains, d’armes et de drogue, tout en enrichissant les caisses des groupes terroristes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique.

L’intégrité de la classe dirigeante nationale est un facteur déterminant.

Après la chute du régime de l’ancien président Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014, les citoyens burkinabés sont descendus par milliers dans les rues des principales villes du pays pour célébrer la liberté et la démocratie. Mais le vent d’espoir qu’a traversé le Burkina Faso l’année dernière s’est transformé en un cyclone dévastateur qui aurait pu précipiter le pays dans une guerre civile fatale. La tentative de coup d’État militaire du général Gilbert Diendéré, fort heureusement avortée, a mis à dure épreuve un processus de transition politique sur lequel l’Afrique entière avait les yeux rivés.

Face au climat d’insécurité qui continue à régner dans un certains nombre de pays africains (dont le Burundi, pour ne citer qu’un exemple), la Communauté internationale a suivi, avec une grande attention, la renaissance démocratique du « pays des hommes intègres ». Et l’intégrité de la classe dirigeante nationale est un facteur déterminant pour le succès de la transition politique du Burkina Faso et l’avenir de son peuple.

Règles du jeu

La mission d’observation électorale, que j’ai dirigée et qui a accompagné le processus électoral, depuis le 5 septembre dernier n’a épargnée aucun effort pour soutenir les autorités du pays. Je voudrais rendre hommage aux observateurs européens et à leurs quelques 16 000 collègues nationaux qui – malgré les difficultés logistiques – ont rendu possible ce vote historique.

Il existe des hommes politiques qui savent assumer leurs responsabilités

Je tiens aussi à féliciter la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour l’organisation efficace des élections et le respect de ses objectifs ambitieux qui visait la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle le lendemain du scrutin. Enfin, je veux remercier les partis et candidats qui ont accepté les résultats du scrutin. Les leaders africains devraient s’inspirer de la visite effectuée par Zéphirin Diabré à son rival, Roch Marc Kaboré, élu Président de la République.

Ceci est la preuve qu’en Afrique, il existe des hommes politiques qui savent assumer leurs responsabilités lorsque les règles du jeu sont transparentes. Les autorités démocratiquement élues doivent maintenant assumer la leur en poursuivant le travail de réformes mises en chantier par la Transition. Il n’y pas d’alternative possible. C’est la raison pour laquelle je me suis engagée au Burkina Faso. Afin de renforcer la paix et la liberté d’un pays, d’une région, d’un continent.