Roch Kaboré : « Ma priorité est de remettre le Burkina au travail »

Par - envoyé spécial à Ouagadougou

Le nouveau président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, avant son élection, le 27 novembre, à Ouagadougou. © Theo Renaut / AP / SIPA

Roch Marc Christian Kaboré a accordé à Jeune Afrique un entretien après son élection à la présidence du Burkina Faso. Grave et serein, il évoque sa volonté de changement et affirme ne pas être dans un esprit de revanche vis-à-vis de Blaise Compaoré et de ses proches.

Jeune Afrique : quels a été votre premier sentiment après votre élection à la présidence de la République ?

Roch Marc Christian Kaboré : D’abord un sentiment de fierté, mais aussi d’humilité parce que je suis conscient de la responsabilité qui m’attend demain. Je voudrais adresser un grand remerciement au peuple burkinabè. Pour la première fois, il a participé à des élections libres et démocratiques, sans aucune pression. Je voudrais également saluer les autres candidats. Chacun a fait preuve de hauteur d’esprit et a travaillé dans l’intérêt du pays. Cela est très important pour moi, car c’est la première élection présidentielle où nous observons une telle attitude des perdants vis-à-vis du gagnant.

Comment expliquez-vous votre victoire dès le premier tour et un tel écart avec votre principal rival, Zéphirin Diabré, le candidat de l’Union pour le progrès pour le changement (UPC) ?

Cette victoire est méritée pour le MPP [le Mouvement du peuple pour le progrès, NDLR] parce qu’elle est le fruit d’un long travail politique. Nous avons créé notre parti il y a moins de deux ans. Il a fallu travailler pour l’implanter sur l’ensemble du territoire, des villages aux provinces en passant par les communes. Ce travail de terrain, nous l’avons mené d’arrache-pied pendant plus d’un an. À titre personnel, j’ai fait le tour de l’ensemble des 361 communes. Dans chacune d’entre elles, nous avons eu l’occasion de présenter la vision du MPP, les raisons de notre départ [du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti au pouvoir, NDLR], ce que nous souhaitions apporter à la population… Tout ce travail a payé. Voici pourquoi, hormis les grandes villes où nous sommes en compétition avec tout le monde, le vote rural a été efficace et massif en faveur de notre parti.

Quelles seront vos priorités durant vos cent premiers jours au pouvoir ?

Ma priorité est de remettre le Burkina au travail. Nous avons fait une insurrection et tout le monde est conscient que l’ancien système politique était gangrené par différents maux. Nous devons veiller à ce que la bonne gouvernance et la réduction du train de vie de l’État soient aussi des priorités, afin de montrer le volonté de changement comportemental des dirigeants. Pour pouvoir demander des efforts aux autres, il faut commencer par la tête.

Nous travaillerons également à une nouvelle Constitution de rupture pour passer à une cinquième République

Nous travaillerons également à une nouvelle Constitution de rupture pour passer à une cinquième République. Enfin, il faudra rapidement répondre aux préoccupations de notre peuple dans tous les domaines : la santé, l’école, l’université, l’habitat, l’énergie… Toutes ces questions sont prioritaires et des urgences doivent être traitées dans l’ensemble de ces secteurs.

Êtes-vous prêt à former un gouvernement d’union nationale et à travailler avec les autres partis politiques ?

J’ai toujours affirmé que nous travaillerons avec ceux qui ont participé à l’insurrection populaire avec nous. Il est évident que nous sommes nombreux et que tout le monde ne pourra être membre du gouvernement. Mais chacun, à différents niveaux, pourra participer à l’oeuvre collective, dont l’objectif est d’apporter un véritable changement dans notre pays.

Y compris votre adversaire, Zéphirin Diabré ?

Cela dépendra de ce qu’il veut jouer comme rôle. Je ne peux pas l’anticiper. Nous avons une vision idéologique et politique : nous sommes sociaux-démocrates et soutenus par un collectif de partis progressistes. Zéphirin Diabré est libéral. Je ne sais pas s’il pourra s’en sortir dans toute cette sauce. C’est à lui de déterminer, avec son parti, le rôle qu’il veut jouer dans le futur Burkina.

Votre victoire est-elle une revanche personnelle vis-à-vis de Blaise Compaoré et de son clan ?

Pas du tout. Nous n’avons pas l’esprit revanchard. Nous avons créé le MPP parce que nous étions en rupture sur le plan de la vision et de l’orientation politique du parti au pouvoir. Au début, certains ont dit qu’il s’agissait d’un épiphénomène, que nous étions des seconds couteaux. Mais nous avons tranquillement continué notre travail politique. Comme vous le voyez, cette campagne n’a pas été une campagne opposée à Blaise Compaoré. Il a fini son travail, il a apporté ce qu’il devait apporter, et aujourd’hui il n’est plus là. Maintenant, à nous de mettre notre pierre à l’édifice. Cela ne sera pas un travail mené en opposition à Blaise Compaoré, mais un travail pour mettre en place un Burkina nouveau.