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Djibouti : du vide à la saturation ?

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Dahabshil Bank International, l'un des quatre établissements islamiques de Djibouti. © Patrick Robert

Depuis 2006, le secteur financier du petit État a explosé. Les autorités cherchent désormais à attirer des acteurs de taille moyenne.

À Djibouti, le paysage bancaire s’est longtemps limité à deux établissements : Banque Indosuez-Mer Rouge (devenue BOA-Mer Rouge après son rachat par Bank of Africa en 2010) et la Banque pour le commerce et l’industrie-Mer Rouge (BCI-MR), rachetée par Bred Banque populaire (Groupe BPCE) en 2007. Mais, ces dernières années, leur nombre a bondi. Le tournant remonte à 2006. « La situation de duopole qui a longtemps prévalu ne favorisait pas la bancarisation, qui n’était que de 5 % en 2002-2003, indique Djama Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti. La Banque centrale a procédé à une première réforme en 2000 afin de s’aligner sur les standards internationaux. Dans un premier temps, nous avons essayé d’ouvrir le secteur, ce qui a permis l’arrivée de petites banques acceptant des clients au revenu mensuel de 50 000 ou 60 000 francs djiboutiens [220 ou 265 euros, NDLR]. Pour les attirer, nous avons supprimé le critère de l’actionnaire de référence détenant 30 % du capital social. »

Onze banques, c’est trop pour un pays de moins de 1 million d’habitants.
Saleh Karman, directeur général de Saba Islamic Bank

Résultat : neuf banques – dont quatre islamiques -, originaires d’Afrique, d’Europe, d’Asie et du Moyen-Orient, se sont implantées, attirées par une réglementation libérale, une monnaie stable et librement convertible, le maintien de la parité fixe avec le dollar – une exception dans la région -, ainsi que par un positionnement géographique stratégique et des infrastructures bancaires modernes.

Concurrence oblige, BCI-MR a élargi son offre pour les particuliers ; l’établissement annonce une progression annuelle du nombre de comptes d’environ 30 %. De plus, depuis 2009, les salariés gagnant au moins 40 000 francs djiboutiens par mois peuvent ouvrir un compte. Résultat : le taux de bancarisation atteint 12 % – l’objectif affiché étant 20 %. « Nous faisons tout pour favoriser cette évolution, notamment pour canaliser l’épargne informelle des femmes commerçantes vers une épargne structurée, souligne Djama Haid. Nous tentons aussi de développer la microfinance [trois établissements ont été agréés dans cette branche]. » La densification du tissu bancaire a entraîné un essor du secteur privé, qui bénéficie de davantage de crédits ; un phénomène renforcé par la baisse des taux d’intérêt et par l’action du Fonds de développement économique de Djibouti, qui vise à soutenir les PME.

 

Durcissement

« Onze banques, c’est trop pour un pays de moins de 1 million d’habitants », nuance Saleh Karman, directeur général de Saba Islamic Bank. Afin de ne pas saturer le marché tout en favorisant les établissements de taille moyenne, les conditions d’obtention d’une licence ont été durcies l’an dernier : le capital minimum sera relevé à 1 milliard de francs djiboutiens d’ici à 2014, et le ratio de solvabilité passera progressivement de 8 % à 12 % d’ici à la fin de 2013.

La Banque centrale a créé un département consacré à la supervision des établissements financiers. Des pôles de compétence ont été développés, notamment pour la comptabilité, la finance islamique, la microfinance et la lutte contre le blanchiment des capitaux. Si les conditions d’obtention des licences ont été durcies, « elles ne sont pas coercitives pour autant », relativise Djama Haid. « Le niveau de capital requis étant désormais assez élevé, cela ne favorise plus la création de petites banques. En revanche, pour les moyennes et les grosses, il y a de la place. » À bon entendeur… 

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