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Côte d’Ivoire : armistice chez Comium

Les arriérés dus à l'État de Côte d'Ivoire par Comium dépasseraient encore 15 millions d'euros. © Vincent Fournier/J.A.

Déchiré depuis 2009 par une guerre intestine, l'opérateur ivoirien de télécoms Comium voit l'horizon s'éclaircir avec le rachat par Nizar Dalloul des parts d'Eugène Diomandé. Un accord doit être conclu dans les prochains jours.

Pendant huit mois, Eugène Marie Diomandé, 50 ans, a vécu en exil, un peu à Paris, beaucoup à Dubaï et ces derniers temps à Lomé, au Togo. Le 28 avril, le fils de Joseph Diomandé, journaliste proche du président Houphouët-Boigny, est rentré à Abidjan pour conclure la paix des braves avec son partenaire Nizar Dalloul, fondateur de l’opérateur de téléphonie Comium. Sa fuite, Eugène Diomandé ne l’avait pas préméditée. « Après ma garde à vue [soupçonné d’avoir financé le clan Gbagbo, il a été entendu pendant vingt-quatre heures le 3 août 2011, NDLR], je pensais être plus en sécurité à l’étranger », explique-t-il. Des ennuis judiciaires qu’il associe directement à la guerre qu’il livrait à son associé, Nizar Dalloul, pour le contrôle de Comium.

S’il est aujourd’hui à Abidjan, c’est parce que les deux hommes vont enfin régler leur querelle. Toujours détenteur de 13,5 % du capital de l’opérateur, Eugène Diomandé va céder ses parts contre un chèque de 3,8 millions d’euros. Il renonce aussi à son poste de président du conseil d’administration, déjà confié à l’ancien Premier ministre Seydou Diarra.

Choix radicaux

Vers la fin des poursuites judiciaires

Quelques jours encore devraient être nécessaires pour mettre un terme au différend opposant les actionnaires. Après avoir reçu un premier acompte le 4 mai, Eugène Diomandé a abandonné les poursuites intentées en Côte d’Ivoire. Il contestait notamment la régularité de l’augmentation de capital réalisée sans son accord. Mais, prudent, il se réserve encore la possibilité de recourir à un arbitrage. Résultat : dans l’attente d’un ultime rendez-vous, Nizar Dalloul maintient sa plainte concernant un détournement de 2,4 milliards de F CFA. J.C.

Grâce au rachat des parts des actionnaires minoritaires – celles de Diomandé mais sans doute aussi celles de Mohamed Salamé, détenteur de 1,5 % du capital -, Nizar Dalloul pense pouvoir enfin finaliser la venue d’un investisseur. Des pourparlers étaient en cours ces derniers mois avec un homme d’affaires du Golfe. « Si nous ne trouvons pas de partenaire financier, nous devrons faire des choix radicaux », admet Michel Hébert, directeur général de Comium.

L’opérateur revendique 1,87 million d’abonnés, loin derrière MTN, Orange (environ 6 millions chacun) et Moov (près de 4 millions). Il a néanmoins retrouvé, selon sa direction, un niveau de rentabilité encourageant, avec une marge Ebitda (indicateur proche de la marge brute d’exploitation) d’environ 20 %. Son objectif est maintenant d’étendre son réseau pour couvrir 80 % de la population (contre 50 % aujourd’hui) d’ici deux à trois ans. Des projets de services financiers accessibles par téléphone sont également dans les cartons.

Reste pour l’opérateur la question épineuse des dettes. Les arriérés dus à l’État dépasseraient encore 10 milliards de F CFA (15,2 millions d’euros). Nommé en janvier 2011 au poste de directeur général, Michel Hébert a néanmoins remis de l’ordre dans la gestion. Des échéanciers ont été établis pour les paiements aux créanciers. Une situation héritée de l’époque où, main dans la main, Eugène Diomandé et Nizar Dalloul utilisaient une partie du budget communication de l’opérateur pour obtenir le report de quantité de taxes. Ces mauvaises pratiques ont durablement plombé les comptes au point de compromettre la solidité financière de l’entreprise.

Le montant inhabituel de l’augmentation de capital réalisée l’été dernier par Nizar Dalloul, faisant passer les fonds propres de Comium de 200 millions à 50 milliards de F CFA (soit dix fois ceux d’Orange Côte d’Ivoire), n’a pas levé tous les doutes. Bruno Nabagné Koné, ministre des Technologies de l’information et de la communication (TIC), a averti les acteurs du secteur : aucun opérateur ne sera artificiellement maintenu en vie.

 

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