Centrafrique : ce que les leaders religieux espèrent de la visite du pape François

Par - à Bangui

Le pape François à son arrivée en Ouganda, le 27 novembre 2015. © Andrew Medichini / AP / SIPA

Après le Kenya et l’Ouganda, le pape François doit se rendre en Centrafrique, dimanche et lundi. Alors que le pays est plongé dans un conflit inter-communautaire qui a revêtu une dimension confessionnelle, les leaders religieux voient la venue du pontife comme un geste d'espoir, tant politique que spirituel.

Dans la cour de la mosquée centrale, l’imam Tidjani Moussa Nahibi dit s’être « personnellement assuré que tout se passera bien lors de la visite du pape. » Après tout, poursuit-il, « ce ne sont pas seulement les chrétiens que le pape est venu rencontrer, mais les Centrafricains. »

Pour préparer cette visite pontificale, l’imam et l’archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, se sont rencontrés plusieurs fois dans la mosquée centrale, située au cœur du quartier PK5, enclave à majorité musulmane encerclée par des miliciens anti-balaka. Depuis fin octobre, la situation est si précaire que l’accès humanitaire a dû y être limité.

Là et dans d’autres quartiers de Bangui, les risques sont tels que le ministère français des Affaires étrangères a plusieurs fois déconseillé au pape de s’y rendre. Et, si son arrivée est a priori maintenue, le Vatican maintient la possibilité d’annuler ou d’écourter son voyage à la dernière minute.

Médiateur de dernier recours ?

Mais le révérend Nicolas Guerekoyame-Gbangou, président de l’alliance des évangéliques en Centrafrique, refuse de croire à une éventuelle annulation, attendant le pape comme un médiateur de dernier recours pour un conflit qui semble oublié par la communauté internationale. « Si le Saint-Père lui-même ne vient pas, qui pourra nous réconcilier ? », lance-t-il, attablé à la Faculté théologique des évangéliques de Bangui, où le pape se rendra dimanche. « Les diplomates se diraient que ce n’est même plus la peine d’essayer… »

L’archevêque de Bangui tient un discours plus mitigé : « Cette visite est un honneur, mais le pape n’est pas un magicien », prévient-il. « Si nous ne nous attelons pas à nous unir et à faire la paix, ses mots auront été vains. »

Une influence sur le déclin

Selon la plupart des observateurs, le pape est attendu avec impatience par les Centrafricains de toutes confessions, otages d’un conflit dont les racines puisent davantage dans les tensions inter-communautaires que les dissensions religieuses. Le danger vient plutôt des groupes armés et des bandits qui pourraient exploiter la visite du pape pour semer le trouble dans la capitale, alors que celle-ci reçoit des milliers de fidèles venus des provinces centrafricaines voire de pays alentours.

Les mots d’apaisement des leaders religieux suffiront-ils à assurer la tranquillité de la capitale pendant la visite du pape ? Selon Thierry Vircoulon, chef du programme Afrique centrale de l’International Crisis Group, « après deux ans de violences, leur influence décline. Les médiateurs naturels de la crise centrafricaine ont de moins en moins d’emprise. »