De retour du Radisson au Mali, il faut continuer à vivre

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Léon Lucide est président du Centre international d'opportunités d'affaires, une entreprise varoise.

Lors de la visite du président IBK au lendemain de l'attaque, la sécurité était renforcée aux abords du Radisson Blu. © Jerome Delay/AP/SIPA

Léon Lucide était à Bamako pour l'inauguration de la filiale Malienne de son groupe, Centre international d'opportunités d'affaires. Il séjournait au Radisson et a vécu l'attaque de l'intérieur. Il a finalement été exfiltré par les forces armées maliennes et l'ONU, aujourd'hui sain et sauf, il témoigne.

La vie c’est cadeau ! Oui, la vie c’est vraiment cadeau. C’est l’enseignement que j’ai tiré de ce tragique épisode, une fois évacué de l’hôtel Radisson de Bamako.

Nos amis Africains sont habitués à entendre cette vérité. Chez eux, elle exprime le peu de valeur qu’a la vie humaine au regard de tout ce qui peut si facilement l’enlever : maladie, fait du prince, banditisme, difficulté économique, maraboutage…

J’ai intégré que pour moi aussi la vie était cadeau, lorsque, reclus dans ma chambre, j’espérais que les rafales à proximité n’étaient pas pour moi, que les pas dans le couloir n’étaient pas en direction de ma porte, que ces fous ne viendraient pas jusqu’à moi.

Je veux dire à mes amis Maliens, eux que j’ai vus désespérés, contrits, honteux même, que nous savons qu’ils ne sont pour rien dans ces folles actions qui ne sont pas d’eux. Qu’ils sachent que notre volonté d’agir à leur coté dans leur pays est intacte. Car pour nous aussi, la vie c’est aussi cadeau, désormais.

La vie c’est cadeau, oui, et pas seulement pour les seuls africains démunis face aux difficultés du quotidien.  Je le sais parce que Dieudonné, ce jeune juriste du Parlement Belge, mon voisin de vol à l’aller qui m’expliquait deux jours avant ce drame, la mission pour laquelle il se rendait auprès  du Parlement Malien : il  est tombé sous les balles de ces usurpateurs de Dieu dont il ignorait tout et qui ignoraient tout de lui. Paix à son âme et courage à sa famille et ses enfants. Pareil pour tous les autres tombés, Maliens, Sénégalais, Canadiens, Chinois…

La folie se fiche maintenant de tout puisqu’elle ne craint même pas la mort

Nous devons désormais prendre conscience que, qui que nous soyons, la vie peut désormais nous être enlevée en un clin d’œil, sans raison, même dans l’hôtel le plus protégé de la ville la plus sûre, de l’État le plus sécuritaire. La folie se fiche maintenant de tout puisqu’elle ne craint même pas la mort. C’est le nouveau paradigme qui s’impose brutalement à nous tous. Nous devrons désormais faire avec.

La vie c’est cadeau, pour nous tous, où que nous soyons, au Radisson Blu, à Bamako ou à Mopti, mais aussi, à Abidjan, à Lomé, à Madrid, à Bruxelles, à Paris…partout.

Alors, puisque la vie est à ce point cadeau, pourquoi, avant qu’elle nous soit enlevée aussi gratuitement qu’elle nous a été donnée, ne pouvons nous pas la mettre à profit pour faire don d’un tout petit peu des talents dont elle nous a gratifiés ? Pourquoi donc ne pas saisir la moindre parcelle de notre existence pour améliorer, agir, faire le bien, partager un tout petit peu de ce qu’elle nous a donné, simplement sourire sincèrement à celui que nous croisons. Nous le faisons déjà ? Faisons le encore plus !

Ainsi, à défaut d’éradiquer les terroristes, coupons leur l’herbe sous les pieds !

Nous améliorerons ainsi l’environnement autour de nous, contribuerons à redonner un tout petit peu d’espérance à ceux que nous ne connaissons pas, surtout les plus faibles que nous, gratuitement, sans rien attendre en retour. Ainsi, à défaut d’éradiquer les terroristes, coupons leur l’herbe sous les pieds ! Mettons tout simplement un peu d’humanité dans la vie. Car, en procédant ainsi, chacun aura le pouvoir d’appeler à la désertion, les futurs soldats de leur armée qui pourraient, sinon demain voler la vie d’autres Dieudonné dans d’autres Radisson, d’autres Bataclan ou d’autres terrasses de café, n’importe où dans le monde.

La vie c’est cadeau. Sachons l’apprécier.

Pour ma part, déjà impliqué avec le Centre international d’opportunités d’affaires (CIOA) dans le développement humain par l’initiative économique, je vois encore plus, encore mieux comment orienter nos capacités et nos actions vers cette utopie inscrite il y a 20 ans dans notre charte et qui devient tous les jours davantage une réalité : « Créer un réseau qui soit capable de permettre à chacun de développer ses capacités pour atteindre une autosuffisance financières dans un cadre favorisant les échanges et la solidarité », pour « donner à tous le moyen d’accéder à l’autosuffisance, sans regard à la race, la religion ou la situation économique et sociale ».