Paludisme : ce que l’on sait du rôle des moustiques mâles (et pourquoi c’est important)

Les moustiques mâles joueraient en fait un rôle dans la transmission du paludisme. © Arnulfo Franco/AP/SIPA

Certains caractères sexuels des anophèles joueraient un rôle dans leur capacité à infecter l'homme avec le parasite Plasmodium falciparum - qui cause le paludisme. Et les moustiques femelles ne seraient plus les seules en cause, les mâles auraient leur part d'influence dans le processus de contamination.

L’aptitude des anophèles -moustiques d’une famille spécifique- à transmettre le parasite responsable du paludisme chez l’homme serait corrélée à certains caractères sexuels de ces moustiques. C’est ce que rapporte une étude parue dans le journal Science au mois de février dernier.

Les anophèles représentent le seul genre de moustique capable de transmettre la maladie. Cette capacité, dite vectorielle, varie grandement selon les espèces pour des raisons encore inconnues. Pour mieux comprendre le phénomène, une équipe internationale de chercheurs a analysé seize espèces géographiquement dispersées.

Ils ont découvert que les caractères de reproduction de ces moustiques ont évolué avec leur disposition à véhiculer le parasite Plasmodium falciparum. Précisément, il s’agit de deux traits sexuels mâles : transférer un gélatineux bouchon spermatique à la femelle lors de la copulation – pour garantir sa paternité – et synthétiser une hormone (appelée 20-hydroxyecdysone ou 20E) contenue dans ce bouchon.

Une adaptation chez les femelles

L’évolution de ces traits ont en retour engendré des adaptations chez les femelles au travers d’un mécanisme appelé co-évolution. L’hormone 20E favorise chez elles la production d’œufs et stimule la ponte. La molécule freine en revanche leurs réponses immunitaires laissant le champ libre pour le développement du parasite dans leur corps. Ce sont donc autant de facteurs qui, stimulés de la sorte, bénéficient à la transmission du parasite.

« Notre étude est la première à révéler les dynamiques évolutives entre les sexes qui sont probablement responsables de l’élaboration de la capacité des moustiques anophèles à transmettre le paludisme à l’homme », déclare Flaminia Catteruccia, professeur agrégé en immunologie et en maladies infectieuses à l’École de santé publique T. H. Chan de Harvard, aux États-Unis, et à l’université de Pérouse, en Italie, également co-auteur de l’article scientifique.

Le rôle des moustiques mâles

Son équipe rapporte aussi que les bouchons copulatoires seraient une acquisition récente, à l’échelle de temps d’évolution des moustiques. Les anophèles d’Amérique du Sud n’en disposent pas, contrairement à quatre espèces de moustique dont les mâles transfèrent de forts taux de 20E et qui sont les principaux vecteurs du paludisme en Afrique et en Inde, les régions les plus exposées à la pathologie.

Ces découvertes scientifiques changent la donne : s’il était jusqu’à présent admis que les femelles étaient seules responsables dans la contamination des êtres humains via le sang qu’elles leur ponctionnent pour se nourrir, les mâles joueraient donc aussi un rôle non négligeable.

La publication scientifique s’avérera utile dans les stratégies de lutte contre le paludisme qui cause, chaque année, environ 600 000 victimes, pour la plupart parmi les enfants africains. Ces résultats pourront en effet contribuer à fabriquer des composés ciblant les facteurs qui favorisent la capacité des moustiques à transmettre le paludisme. Incorporés dans les actuelles technologies de contrôle des moustiques, ces composés pourront en renforcer l’efficacité globale.

En outre, ces découvertes pourraient s’appliquer aux virus de la dengue et du Nil occidental : ils sont respectivement transmis par les moustiques du genre Culex et Aedes dont la biologie de la reproduction s’apparente à celle des anophèles.

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