Guinée : disparition de Thierno Maadjou Sow, figure de la défense des droits de l’homme

Par - à Conakry

Le 28 septembre 2009 à Conakry avant que la manifestation pro-démocratie ne tourne au drame. © Idrissa Soumare/AP/SIPA

Il a été de tous les fronts, a tenu tête à tous les régimes politiques pour l’instauration d’une démocratie respectueuse des droits de l’homme en Guinée. C’est finalement un AVC qui aura eu raison, ce jeudi 12 novembre, de Thierno Maadjou Sow, président de l'Organisation guinéenne des droits de l'homme (OGDH). 

À 84 ans et père d’une fille unique, Thierno Maadjou Sow laisse nombre d’orphelins dans sa famille professionnelle. À la maison mortuaire située en banlieue de Conakry, défenseurs et victimes de violation des droits de l’homme, hommes politiques, enseignants, défilent depuis l’annonce du décès.

Ils témoignent du parcours du défunt : enseignant à sa sortie de l’École normale Sibikhotane du Sénégal en 1954, membre fondateur de la section guinéenne du Parti africain pour l’indépendance, PAIG, puis du Parti démocratique de Guinée, PDG-RDA, du premier président de Guinée, Sékou Touré. Il quittera le parti en devenant chef du groupe de revendication de sa démocratisation.

Puis la répression du « complot des enseignants » de 1961, le contraindra à l’exil en Allemagne. Il rentre définitivement au pays en 1970, avec un doctorat de Sciences politiques et économiques. Professeur et chef de chaire à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, Sow renoue temporairement avec l’enseignement avant de se remettre au service de la société civile.

Sa maison était le lieu où se côtoyaient intellectuels, diplomates et jeunes étudiants

Car c’est là qu’il s’épanouie réellement, comme en témoigne son homonyme et demi-frère : « Il a toujours lutté pour la paix, la liberté, la justice. Même en famille. C’est sa nature ». Abdoul Gadiry Diallo, membre du bureau exécutif de l’OGDH, n’a que trois mots pour le décrire : « Tolérant, persévérant et patient ». Des vertus que le défunt a mises, 25 ans durant, au service de l’OGDH, qu’il a créée en 1990, entre autres, avec Bah Oury, Vice-président de l’Union des forces démocratiques de Guinée, qui se souvient : « J’ai appris à connaître la Guinée et les Guinéens en écoutant le vieux sage qu’était devenu Thierno Madjou Sow. Sa maison était le lieu où se côtoyaient intellectuels, diplomates et jeunes étudiants ».

En 2005, Thierno Maadjou Sow est élu président du Forum des Forces vives, « comprenant toutes les forces politiques et sociales du pays dont l’ambition était de faciliter une transition politique apaisée sous le régime militaire du Général Lansana Conté ». Cinq ans plus tard, sa lutte débouche à l’élection à la présidence de la République de l’un de ses compagnons des Forces vives, Alpha Condé. Sow s’en va à un peu plus d’un mois de l’investiture d’Alpha Condé pour un second mandat.