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Les Américains passent à l’attaque

L'américain AES contrôle la société nationale d'électricité camerounaise (ici, la Centrale de Yassa) depuis une décennie. © AES Sonel

Pétrole, télécoms, énergie, infrastructures... Les entreprises d'outre-Atlantique, jusque-là assez timides, font désormais preuve de pragmatisme et sont présentes sur tous les fronts.

Du 6 au 17 février, une petite dizaine d’entreprises américaines ont sillonné le continent africain dans le cadre d’une mission commerciale lancée conjointement par le département d’État et le Corporate Council on Africa (CCA), une organisation privée qui regroupe plus de 160 sociétés et dont l’objectif est de développer les relations entre les investisseurs américains et les secteurs publics et privés du continent. Avec une réussite certaine, puisque, à l’issue de cette visite organisée autour des besoins énergétiques du Mozambique, de la Tanzanie, du Nigeria et du Ghana, Symbion Power est devenu partenaire de l’un des plus importants fournisseurs nigérians d’électricité et que General Electric en a profité pour signer, avec les autorités du même pays, un contrat de 10 milliards de dollars (8 milliards d’euros) pour la construction d’ici à 2020 d’une centrale de 10 000 MW. « Nous sommes fiers de contribuer à apporter la lumière à l’Afrique », s’est enthousiasmé depuis Lagos Paul Hinks, le patron de Symbion, devant les responsables américains de la mission, aux anges.

« Les entreprises américaines doivent prendre conscience des opportunités qui existent aujourd’hui en Afrique »
Jim Wilson, Bureau des affaires africaines du département d’État

« Les entreprises américaines doivent prendre conscience des opportunités qui existent aujourd’hui en Afrique », résume Jim Wilson, présent sur place en tant que responsable des échanges commerciaux au Bureau des affaires africaines du département d’État. « Avant qu’il ne soit trop tard », ajoute Robert Perry, vice-président du CCA. Titillés par l’expansion commerciale de la Chine, au moment même où le continent présente des perspectives de croissance économique à faire pâlir le monde développé, les États-Unis semblent redécouvrir l’Afrique.

Plusieurs pays francophones, comme le Cameroun ou la Côte d’Ivoire, sont aujourd’hui dans le radar des compagnies américaines.

Pascal Agboyibor, avocat pour le cabinet Orrick, qui accompagne de nombreuses sociétés américaines sur le continent, date ce regain d’intérêt au sommet du G20 de Gleneagles en 2005, « lorsqu’a été prise la décision de débloquer des moyens massifs pour équiper l’Afrique en projets de développement ambitieux. Tout le monde a alors compris qu’il fallait en être ».

 

Climat favorable

Selon un pragmatisme très anglo-saxon, les échanges commerciaux avec l’Afrique ont progressé de 35 % depuis 2006, pendant que doublait la part des investissements directs étrangers (IDE) provenant des États-Unis sur le continent. En dehors des hydrocarbures, les capitaux américains se répartissent essentiellement dans quatre autres filières : l’agriculture, les infrastructures, la production d’électricité et les télécoms. Autant de secteurs où « les besoins sont énormes et sur lesquels les compagnies américaines se doivent d’être présentes », a insisté Johnnie Carson, le secrétaire d’État adjoint chargé des Affaires africaines au département d’État, en rentrant de mission. Et si possible dans un maximum de pays de la zone.

Si l’Afrique anglophone, à commencer par l’Afrique du Sud ou le Nigeria, et les producteurs de pétrole, Angola en tête, constituent toujours le coeur de cible, plusieurs pays francophones, comme le Cameroun ou la Côte d’Ivoire, sont aujourd’hui dans le radar des compagnies américaines. À condition de mettre en place un climat favorable aux affaires. « Le cadre réglementaire est crucial pour les Américains », confirme Pascal Agboyibor. Comme le rappelle un membre du CCA, « nos compagnies vont en Afrique pour avoir un retour sur leurs investissements, pas pour faire de l’aide au développement ».

 

De l’énergie à revendre

« AES go home ! » Débarquée au Cameroun en 2001 pour reprendre la Société nationale d’électricité (Sonel), tout juste privatisée, la compagnie énergétique américaine était encore loin de faire l’unanimité un an plus tard, comme le montrait cette inscription lue à l’époque sur les murs de Douala. Aujourd’hui, le contexte semble s’être assagi.
Oubliés les débuts difficiles marqués par des délestages récurrents et des augmentations du prix du kilowattheure, AES Corporation a su inverser la tendance en lançant les investissements nécessaires pour réhabiliter des installations existantes (qui en avaient bien besoin) et s’installer durablement dans le paysage énergétique camerounais en répondant au mieux à la demande du marché. Au point de faire du Cameroun la vitrine de son savoir-faire en Afrique, pour partir à la conquête de nouveaux marchés sur l’ensemble du continent. Celui-ci ne représente encore que 3 % des capacités gérées dans le monde par la compagnie installée en Virginie, mais sa part devrait vite progresser, dans la foulée de la future centrale thermique de 216 MW qui doit démarrer cette année, toujours au Cameroun.

Tropisme
Créé en 2005, ContourGlobal a fait de l’Afrique sa « zone de développement privilégiée » dès l’origine, selon Daniel Miossec, directeur de projets, à commencer par celui de la centrale de 100 MW mise en service en 2010 au Togo.   Tropisme. Depuis, le développeur et exploitant américain a confirmé son « tropisme africain » en signant l’an passé avec le Rwanda le projet KivuWatt. Récompensé en février dernier par le prix de l’accord énergétique de l’année 2011 en Afrique (décerné par Euromoney), il porte sur la réalisation d’une usine d’extraction et de production de gaz méthane et d’une centrale électrique de 25 MW attendue pour début 2013 et dont la capacité devrait ensuite quadrupler. ContourGlobal est également présent au Nigeria et souhaite continuer à diversifier son portefeuille sur le continent. La compagnie serait notamment en pole position pour la construction d’une centrale de 330 MW en Côte d’Ivoire. O.C.

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