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RDC : « Mwimba Texas », le dernier combat du catcheur albinos

Le catcheur congolais Mwimba Texas. © Soizic Sanson

Le célèbre catcheur congolais Mwimba Texas se démène pour aider les albinos africains à travers sa fondation à Kinshasa, luttant contre les préjugés et l'ignorance. Un documentaire lui rend hommage. Rencontre et portrait.

Deux enveloppes sont posées sur la table. La première, il l’a déjà ouverte : elle contient des portraits en pagaille. Sur tous les clichés, il apparaît lui, le catcheur albinos congolais, toujours invaincu au terme des 652 combats de sa carrière. Mwimba Texas avec d’autres vedettes du ring. Mwimba Texas avec le Malien Salif Keïta, autre star touchée par l’albinisme. Mwimba Texas sous une banderole de la fondation, créée en 1998, qui porte son nom, et qui se bat pour la prise en charge des albinos et autres personnes vulnérables.

La deuxième enveloppe est plus petite. Il sort les photos de façon un peu mécanique, et les détaille sur le ton monocorde de celui qui a dû reproduire les mêmes gestes, les mêmes mots, de bonnes centaines de fois pour convaincre du bien fondé de sa cause. « Là il va falloir être fort, ce sont des gens que nous essayons d’aider à la fondation… mais on a souvent que des pansements pour les soulager. » Les images sont à peine soutenables. Ce sont des portraits d’albinos, la plupart enfants ou adolescents, atteints du cancer de la peau. La maladie a grignoté leur visage. Parfois la peau est trouée. Parfois elle crée des boursouflures monstrueuses et purulentes, recouvrant les yeux, avalant les joues, faisant comme fondre le menton.

Les assassinats d’albinos causent beaucoup moins de morts que les cancers de la peau

« Les albinos ont un déficit de mélanine, et la mélanine joue normalement un rôle protecteur pour la peau, en filtrant les UV, explique Mwimba Texas. Voilà pourquoi ils sont plus facilement atteints par des cancers de la peau. Chez nous en RDC, mais aussi dans beaucoup d’autres pays d’Afrique, les gens ne savent pas qu’il faut se protéger du soleil : mettre un chapeau, des t-shirts à manche longue, de la crème solaire… Chaque mois j’enterre deux de mes « frères » albinos ! »

Voici donc le vrai combat, le plus long et le moins évident, du catcheur. Et c’est celui qu’a mis en avant Soizic Sanson dans un film court qui commence à tourner dans les festivals européens : « Mwimba Texas, catch et albinisme en RDC ». Déjà rédactrice et photographe, cette autodidacte de 25 ans s’est improvisée vidéaste dans le pays. « J’avais découvert Texas sur Internet. Je trouvais le personnage passionnant, surtout le fait qu’il se serve de sa notoriété pour aider sa fondation. Après un entretien fleuve par téléphone, je suis parti à Kinshasa pour le rencontrer en me disant que je ferais peut-être un petit sujet de 5 minutes. Je suis finalement restée deux mois. »

Lutter contre le cancer et la sorcellerie

Le charisme du Noir blanc est évident. Lunettes de marque, bonnet rouge vissé sur le crâne, ce businessman a des allures de sapeur. La route a pourtant été longue pour assumer sa différence. « J’ai eu la chance de naître dans une famille où le frère cadet était aussi albinos, raconte Mwimba Texas, aujourd’hui 52 ans. Il m’a aidé à me décomplexer, à affronter les préjugés. » L’albinisme fait toujours naître de nombreux fantasmes. « On nous considère encore comme des êtres diaboliques, regrette-t-il. Encore aujourd’hui, en entrant dans un taxi, je peux faire fuir les autres clients ! » Au Burundi on dit que manger le sexe d’un albinos apporte la richesse. En Tanzanie, on rapporte l’assassinat de 75 albinos ces 15 dernières années… « Pourtant, ces crimes atroces causent beaucoup moins de morts que les cancers de la peau », souligne Texas, bien décidé à se battre.

Je reste toujours optimiste et jusqu’au-boutiste

Et ça, il sait faire. Encore étudiant en mécanique, Texas se prend de passion pour la castagne. Karaté, self defense, lutte gréco-romaine… le catch le tente. « On me disait : tu ne peux pas, tu es trop fragile… » En 1980, cet ambitieux a déjà son propre club. Il promeut le « catch classique sans grigri » dans un pays où sur les rings, se multiplient les sacrifices de pigeons, de serpents ou les séances d’envoûtement. Mais pour le catcheur, promouvoir un sport sans sorcellerie, c’est aussi une manière de lutter contre les croyances liées à l’albinisme. De match en match, le sportif gagne en notoriété. « Aujourd’hui ce n’est pas possible de faire 50 mètres à Kinshasa sans que quelqu’un le salue », reconnaît Soizic Sanson. Il organise des combats philanthropiques dans des prisons, ou pour les blessés dans les camps militaires, apportant des denrées alimentaires de base, peaufinant son image positive.

Toujours gagnant sur le ring, le « Mandela des albinos », longtemps champion de Kinshasa, n’aspire aujourd’hui qu’à prendre sa retraite pour se consacrer pleinement à sa fondation. Texas a un sens évident du marketing, sait comment utiliser les médias et son réseau. Mais il peine à trouver des fonds. Avec un sourire un peu fatigué, il range à présent ses enveloppes. « Je reste toujours optimiste et jusqu’au-boutiste », clame-t-il. Il remet ses lunettes, rajuste son bonnet. Dehors le soleil est à son zénith.

 

>> Retrouvez l’actualité du film sur le site du film

>> La Fondation Albinos Mwimba Texas

>> À Bruxelles, Paris, et Kinshasa, il est possible de donner vêtements et crèmes solaires directement à l’entreprise KPM Cargo qui se charge du transport.