Libye : l’ancien émissaire de l’ONU Bernardino Leon dans la tourmente

Par Jeune Afrique avec AFP

Bernardino Leon, diplomate espagnol et émissaire onusien pour la Libye, le 14 janvier 2015 à Genève. © Fabrice Coffrini/AFP

L'ancien émissaire de l'ONU pour la Libye, Bernardino Leon a été nommé à la fin de sa mission directeur général de l'Emirates Diplomatic Academy aux Émirats arabes unis. Une suite de sa carrière qui jette le trouble sur son impartialité dans le conflit libyen.

La nomination de l’ancien émissaire de l’ONU pour la Libye, Bernardino Leon, au poste de directeur général de l’Emirates Diplomatic Academy « est une situation des plus équivoques », s’est indigné jeudi 5 novembre Nouri Abou Sahmein, le président du Congrès général national (CGN, basé à Tripoli, ville contrôlée par des milices y compris islamistes), dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

« M. Leon s’avère être extrêmement lié à un État qui se présente comme un acteur principal dans le conflit », poursuit-il. Basée à Abou Dhabi, l’Emirates Diplomatic Academy forme les futurs diplomates du pays et fait la promotion de la politique étrangère des Émirats arabes unis, qui soutiennent les autorités rivales du CGN, le Parlement élu de Tobrouk.

La nomination de Bernardino Leon a été officialisée le 4 novembre. Il doit prendre son nouveau poste à Abou Dhabi en décembre.

« Le moment choisi pour l’annonce de cette nomination alors que l’on presse le peuple libyen d’entériner les propositions de ce médiateur, est un outrage à la mémoire des martyrs libyens et de leurs sacrifices », ajoute Nouri Abou Sahmein. Le président du CGN demande « à M. Ban et au Conseil de sécurité de fournir des éclaircissements sur leurs positions concernant cette nomination qui jette le doute sur la crédibilité de M. Leon en tant que chef de la mission des Nations unies pour la Libye (UNSMIL), mais également sur celle de la mission en général ».

Un emploi à 48 000 euros par mois

Interrogé par le quotidien britannique The Guardian, Bernardino Leon, dont les fonctions onusiennes prennent officiellement fin ce vendredi, a nié tout conflit d’intérêt,  assurant avoir clairement dit, dès le 1er septembre, qu’il souhaitait quitter son poste. Mais selon des emails consultés par The Guardian, Leon s’est vu proposer la direction de l’Émirates Diplomatic Academy en juin. Il aurait négocié son avenir tout l’été avant d’accepter un emploi à 35 000 livres (48 000 euros) par mois et confirmé en août qu’il s’installerait à Abou Dhabi avec toute sa famille.

La neutralité de l’ancien émissaire de l’ONU est d’autant plus remise en cause que dans d’autres emails cités par le journal britannique, Bernardino Leon avoue chercher à affaiblir le Congrès général national à Tripoli, dominé par les islamistes.

L’Espagnol a été remplacé après une année de négociations lors de laquelle il n’aura pas réussi à obtenir un gouvernement d’union nationale. Son successeur est le diplomate allemand Martin Kobler.