Athlétisme : le Sénégalais Lamine Diack et ses fils soupçonnés d’être au centre d’un réseau de corruption

Le président de l'IAAF Lamine Diack lors de la cérémonie d'ouverture des Championnats du monde juniors à Cali, le 15 juillet 2015. © AFP

La retraite de Lamine Diack, ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme, est en train de virer à l’aigre. Mis en examen par la justice française, le Sénégalais est soupçonné, comme deux de ses fils, d’avoir monté un réseau de corruption ayant couvert des cas de dopage d’athlètes russes.

Il rêvait d’une retraite paisible, affirmant qu’il se rendrait tous les matins à la mosquée et passerait des journées avec ses petits-enfants, dans un entretien à Jeune Afrique en août. Mais les plans de Lamine Diack pourraient bien être contrariés. Mercredi 4 novembre, la justice française a ainsi mis en examen le néo-retraité de 82 ans, ancien patron de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), en compagnie de son conseiller juridique, Habib Cissé, et de l’ex-chef de la lutte antidopage à l’IAAF, Gabriel Dollé.

Accusé de corruption et de blanchiment aggravé, sous le coup d’une enquête du juge d’instruction au pôle financier du tribunal de Paris Renaud Van Ruymbeke, Lamine Diack aurait, selon l’agence Associated Press, touché au minimum 200 000 euros de la Fédération russe d’athlétisme (ARAF) pour passer sous silence des faits de dopage.

« Famille Diack »

Mais, comme un ennui ne vient jamais seul, Lamine Diack est également scruté à la loupe par les experts d’une commission indépendante de l’Agence mondiale antidopage (AMA), créée en décembre 2014, suite aux premières révélations de la chaîne allemande ARD sur le dopage et la corruption organisés dans l’athlétisme russe.

Et ceux-ci, qui enquêtent depuis près d’un an, ne sont pas tendres envers le Sénégalais et ses proches, comme le révèlent les premiers éléments de l’enquête provisoire, qu’ont pu consulter les sites d’informations Lyon Capitale et Mediapart.

Dans ce rapport, les experts décrivent un système de corruption, ordonné par les plus hauts dirigeants de la Fédération et contrôlé par la « famille Diack », associée à Gabriel Dollé, ancien responsable de l’antidopage à l’IAAF, Valentin Balakhnichev, ex-président de la Fédération russe d’athlétisme et ex-trésorier de l’IAAF, et Alexey Melnikov, un des entraîneurs des athlètes russes.

Fils de

Selon Mediapart, tout débute en 2011, lorsque le fils du président de l’IAAF, Papa Massate Diack, conseiller marketing de la fédération, aidé de son frère Khalil et de Habib Cissé, conseiller juridique, récupère la liste des suspectés de dopage de l’IAAF et la transmet à la Fédération russe d’athlétisme, qui communique ensuite aux athlètes suspectés leur présence sur la liste, et leur risque de suspension pour les Jeux olympiques de Londres en 2012.

« Va alors s’engager un dangereux jeu de chantage entre la Fédération et les athlètes, les patrons monnayant leur silence et promettant de couvrir auprès de l’IAAF les anomalies sur les passeports biologiques, en échange de plusieurs centaines de milliers d’euros », explique Lyon Capitale, qui rapporte le cas de la marathonienne Liliya Shobukhova.

L’athlète russe aurait ainsi versé en trois fois 569 000 dollars, entre janvier 2012 et juillet 2012, à l’entraîneur Alexey Melnikov, qui servira d’intermédiaire avec les sportifs.

Un circuit singapourien

Selon les experts, qui ont suivi l’argent, le circuit financier serait passé par Singapour, où une entreprise baptisée Black Tidings servait de société-écran. Cette compagnie appartiendrait à un associé de Papa Massata Diack.

Les principaux conseillers de Lamine Diack, dont son propre fils, étant impliqués, le dirigeant sénégalais pouvait donc difficilement, selon les experts, ne pas savoir. D’autant plus que les employés de l’IAAF auraient en outre alerté à plusieurs reprises leur hiérarchie. Sans effet.

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